14.05.2020 à 08:44

Les magasins rouvrent mais les Suisses restent prudents

Covid-19

Les mesures de chômage partiel et l'envolée du taux de sans-emploi freinent l'envie de dépenser des ménages, qui préfèrent économiser.

Face à la crise, les Suisses restent prudents et ne se précipitent pas dans les magasins pour dépenser l'argent du ménage.

Face à la crise, les Suisses restent prudents et ne se précipitent pas dans les magasins pour dépenser l'argent du ménage.

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Les magasins ont rouvert, mais les consommateurs n'ont pas le moral. Les mesures de chômage partiel et l'envolée du taux de sans-emploi freinent l'envie de dépenser des ménages, qui préfèrent économiser face aux incertitudes. Selon certains spécialistes, des aides pourraient être nécessaires pour relancer ce pilier de l'économie helvétique.

Le coronavirus a déjà laissé de profondes traces sur le commerce de détail. En mars, les chiffres d'affaires du secteur ont dévissé de 6,2%, selon l'Office fédéral de la statistique (OFS). Le segment non alimentaire a essuyé une chute de 8,6% des ventes, les enseignes hors alimentaire et pharmacies ayant fait l'objet d'une fermeture obligatoire depuis le 17 mars afin de lutter contre la propagation du Covid-19.

Sur l'ensemble de l'année, les ventes du secteur non alimentaire sont attendues en chute de 20%, estiment les économistes de Credit Suisse.

Or, la consommation privée représente plus de 50% du produit intérieur brut (PIB) de la Suisse et arrive en deuxième position après les exportations en matière de création de richesses, soulignent les spécialistes de BAK Economics.

«Avec les exportations, la consommation privée est un moteur essentiel pour l'économie helvétique» et pour l'emploi, a indiqué à AWP Martin Eichler, économiste en chef de l'institut de recherche conjoncturelle bâlois.

Moins de revenu disponible

Selon ses estimations, les dépenses des ménages devraient reculer de 6,4% cette année, avec une chute de 17% entre avril et juin comparé à fin 2019. Si la crise sanitaire est surmontée rapidement, le repli annuel pourrait se limiter à 5%, mais dans le cas contraire la baisse pourrait atteindre 12,1%.

Les pertes sont déjà lourdes pour l'économie suisse. Alors que le taux de chômage est passé en avril sur un mois de 2,9% à 3,3% - un niveau qui n'avait plus été atteint depuis mars 2017 - les mesures de chômage partiel ou la perte d'emploi pèsent sur le pouvoir d'achat.

Selon les estimations de Credit Suisse, les revenus disponibles ont fondu de 4 milliards de francs ou de 1000 francs par ménage depuis le début de la crise. L'argent non dépensé pendant la pandémie a cependant pu être partiellement économisé, la banque aux deux voiles estimant en moyenne à 2000 francs par foyer les montants mis de côté. «Le potentiel de rattrapage (...) est donc présent», a estimé Claude Maurer, responsable de l'analyse conjoncturelle Suisse auprès de la banque zurichoise. Reste à savoir si le consommateur aura envie de dépenser face aux incertitudes.

Selon une porte-parole du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), «le chômage partiel permet de garantir l'emploi lors d'un effondrement à court terme de l'activité économique. Toutefois, les personnes concernées subissent toujours une perte temporaire de revenus, car l'indemnité de chômage partiel ne représente que 80% du salaire». Et en cas de licenciement, le revenu est réduit de manière plus permanente. «Si de plus en plus de ménages n'ont qu'un revenu diminué à disposition, même à moyen terme, ils seront plus limités dans leurs dépenses et la consommation privée sera plus fortement affectée», a-t-elle ajouté.

Le sentiment d'insécurité est également un facteur important, a souligné M. Maurer. D'après ce dernier, «une forte hausse des nouveaux cas de contamination serait du poison en matière de taux de fréquentation» dans les commerces.

Mais même en cas d'amélioration au niveau de la pandémie, la situation ne va pas beaucoup s'améliorer dans les commerces en raison des mesures de précaution qui limitent la fréquentation des boutiques et restaurants, a insisté M. Maurer.

Si le Seco mise sur les stabilisateurs automatiques et des mesures ponctuelles comme le chômage partiel, d'aucuns plaident pour un soutien plus concret à la consommation.

Bons d'achats et transports gratuits

Le spécialiste de Credit Suisse appelle ainsi à l'octroi rapide de contrats publics. Des baisses d'impôt ou des subventions directes par des primes à l'achat ou des rabais pourraient également être activées si la consommation ne repartait pas, a ajouté M. Eichler.

Dans l'immédiat, des initiatives locales voient le jour. La Banque cantonale du Tessin a ainsi annoncé sa participation à un plan de relance pour promouvoir le canton italophone comme destination de loisirs.

L'établissement devrait débourser 6,2 millions de francs, permettant notamment à la population résidente de bénéficier d'une réduction de 20% sur les nuitées passées dans des hôtels tessinois et d'utiliser gratuitement les transports publics.

Dans le Valais, la commune de Monthey a opté pour des bons d'achat offerts aux habitants, la suppression de certaines taxes locales pour les cafés-restaurants et la gratuité de transports publics. La banque cantonale de Thurgovie (TKB) a quant à elle offert à chaque ménage local un bon d'achat d'une valeur de 30 francs.

(ats)

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