12.02.2013 à 12:18

Surgelés au chevalLes maillons de la chaîne se rejettent la faute

Les industriels et les distributeurs jouent gros à renvoyer sur leurs fournisseurs ou producteurs toute la responsabilité du scandale des plats cuisinés au cheval estampillés 100% bœuf.

L'affaire vient ternir l'image d'une marque qui revendique un positionnement qualitatif dans le secteur du surgelé.

L'affaire vient ternir l'image d'une marque qui revendique un positionnement qualitatif dans le secteur du surgelé.

AFP

L'affaire a provoqué le retrait de produits Findus, première marque concernée, Picard et de plusieurs marques de distributeurs de la plupart des grandes enseignes françaises.

Tous les maillons de la chaîne de production se sont défaussés sur le maillon situé en amont: Findus sur son sous-traitant Comigel, Comigel sur son fournisseur Spanghero, Spanghero sur l'abattoir roumain d'où la viande incriminée est issue. «Dans une avalanche, aucun flocon ne se sent responsable», a expliqué Yves-Paul Robert, responsable de la communication de crise chez l'agence Havas.

«Dans cette affaire, si l'on suit ce qu'on nous dit, ce n'est pas la faute de Findus, ce n'est pas la faute de Comigel, ce n'est pas la faute de l'industrie, ce n'est pas la faute de l'Etat français, et ainsi de suite.» Cette stratégie risque de causer des dommages durables, au sein d'une filière qui avait réformé ses normes de traçabilité au cours des vingt dernières années, sous le coup du scandale de la vache folle.

Bâtonnets de poisson

Pour le président de l'agence de communication La Matrice, Claude Posternak, l'affaire permettrait pourtant aux industriels comme Findus de «rebondir», à condition de faire «amende honorable» et grâce à une «transparence totale».

«Tout le monde sait que des accidents peuvent arriver au travail, au niveau individuel comme au niveau industriel», remarque M. Posternak. «L'important, c'est d'expliquer exactement ce qui s'est passé et de mettre en place des processus qui garantissent que cela ne se reproduira plus.» «Findus doit endosser la responsabilité morale de sa stratégie industrielle», parce qu'une «marque ne peut plus se réfugier derrière les actes de ses sous-traitants», estime Yves-Paul Robert.

L'affaire vient ternir l'image d'une marque qui revendique un positionnement qualitatif dans le secteur du surgelé. En 2012, Findus a mis en avant dans une campagne d'affichage ses bâtonnets de poisson «made in Boulogne», transformés dans son usine de Boulogne-sur-Mer.

Findus «victime»

Parmi les produits au cheval retirés de la vente ce week-end, les lasagnes vantaient également leur préparation «sans huile de palme», considérée dangereuse pour la santé. Findus a joué la transparence vendredi en alertant les autorités sanitaires, après les résultats surprenants de tests réalisés par la marque sur ses produits au bœuf.

Le groupe a annoncé son intention de porter plainte contre X et s'estime «victime». «Findus a une position très simple: puisque je vous dis la vérité, je ne suis pas coupable. Mais il n'y pas de rapport entre la vérité et la culpabilité», fait valoir M. Robert. «Findus porte la responsabilité de l'ensemble de sa chaîne industrielle», défend-il. «Les Français et les opinions européennes découvrent que le bœuf est devenu une matière première, comme l'or ou le pétrole, et qu'il est géré de la même façon», note pour sa part Claude Posternak, ce qui va renforcer les exigences de traçabilité.

Face à ce scandale, le gouvernement français a annoncé lundi la mise sous surveillance de la filière viande et poisson. Selon le sociologue Eric Donfu, spécialiste des évolutions de la société, ce genre d'épisodes est nécessaire au maintien des mécanismes de régulation. «On ne parle de traçabilité que lorsqu'il y a un scandale», a estimé M. Donfu. «Après ce scandale, le consommateur sera gagnant par de nouvelles garanties qui lui seront apportées.»

La Suède renforce les contrôles

Les autorités sanitaires suédoises ont annoncé mardi renforcer les contrôles sur les plats préparés à base de viande en procédant à des tests ADN.

«Nous allons contrôler sur le marché suédois différents produits qui contiennent de la viande pour vérifier sa nature», a indiqué le responsable de l’Agence de l’alimentation, Peter Braadenmark.

«Nous ferons entre 50 et 100 tests» dans tout le pays, a-t-il précisé. Les résultats sont attendus fin mars. Les produits concernés sont «avant tout ceux qui sont vendus dans les supermarchés, directement aux consommateurs: boulettes de viande, hamburgers, steaks hachés, lasagnes», a-t-il affirmé. Mais les contrôles, effectués au hasard, pourraient s’étendre aux cantines des écoles et des hôpitaux.

Aux Pays-Bas, deux chaînes de supermarchés néerlandais vont procéder à des retraits de produits surgelés suite à l’affaire des plats à la viande de cheval faussement estampillés "bœuf", a-t-on appris mercredi.

Les supermarchés "PLUS ont retiré des lasagnes surgelées de la marque Primafrost des étagères, par précaution", a indiqué Debbie Huisman, porte-parole de la chaîne néerlandaise, ajoutant que ces produits ne présentait pas de danger pour la santé mais pouvait "peut-être" contenir de la viande de cheval sans que cela soit indiqué sur l’emballage.

Un autre supermarché, Boni, a effectué les mêmes retraits, a indiqué Roel Vincken, un porte-parole de l’organisme de surveillance de l’alimentation et de la consommation (NVWA) aux Pays-Bas."C’est une décision que les supermarchés prennent eux même, il faut attendre les résultats de l’enquête pour prendre des décisions officielles", a-t-il ajouté, joint par téléphone.

(AFP)

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