Evolution: Les maladies du cœur tuent plus les femmes que le cancer du sein

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EvolutionLes maladies du cœur tuent plus les femmes que le cancer du sein

La crise cardiaque et l'AVC sont les premières causes de mortalité dans la population féminine. Et ça ne fait qu'augmenter. La faute, surtout, au mode de vie, que les femmes ont calqué sur celui des hommes.

par
Elisabeth Gordon
Les pathologies cardiovasculaires ont tendance à diminuer chez les hommes tandis qu'elles sont en constante progression chez les femmes – surtout les jeunes.

Les pathologies cardiovasculaires ont tendance à diminuer chez les hommes tandis qu'elles sont en constante progression chez les femmes – surtout les jeunes.

Adiano/fotolia

Les maladies cardiovasculaires ont longtemps été considérées – à juste titre – comme des affections typiquement masculines. Mais ce n'est plus vrai. Elles frappent désormais de plein fouet les femmes, au point qu'elles sont même devenues la première cause de mortalité dans la population féminine, loin devant le cancer du sein. Plus inquiétant encore: alors que ces pathologies ont tendance à diminuer chez les hommes, elles sont en constante progression chez les femmes – surtout les jeunes. La faute au mode de vie.

Les maladies cardiovasculaires résultent d'un resserrement des vaisseaux sanguins qui entraîne un manque d'irrigation, donc des lésions, des organes situés en aval. Elles peuvent affecter non seulement le cœur et les artères coronaires (et conduire à un infarctus), mais aussi les vaisseaux cérébraux (provoquant un accident vasculaire cérébral, ou AVC) ou les artères et veines périphériques.

Les femmes en sont toutefois naturellement préservées par leurs hormones. «Les œstrogènes protègent en effet du «mauvais» cholestérol et dilatent les vaisseaux», explique Danielle Zaugg Longchamp, cheffe de clinique en cardiologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). C'est d'ailleurs pour cette raison que les troubles du cœur et des artères apparaissent le plus souvent après la ménopause qui prive les femmes de ces hormones bénéfiques. «Ils affectent une femme sur trois parmi les plus de 65 ans, contre une sur neuf avant cet âge.»

Ces affections sont toutefois en constante progression et touchent des femmes de plus en plus jeunes. L'explication tient au mode de vie. «L'émancipation féminine a conduit les femmes à adopter un comportement similaire à celui des hommes», remarque la cardiologue. Elles se sont mises à fumer – ce qui est d'autant plus dommageable que la pilule contraceptive augmente de beaucoup les effets nocifs du tabac – et à boire de l'alcool. Faute de temps, elles se nourrissent mal et grignotent, ce qui favorise l'hypertension, l'accumulation dans les artères de «mauvais» cholestérol, l'obésité et le diabète. Surchargées de tâches diverses, elles sont stressées et négligent l'activité physique. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant qu'elles augmentent leur risque de développer des maladies cardiovasculaires.

Pour l'instant, ces pathologies affectent encore très rarement les moins de 35 ans, mais «cela pourrait changer, notamment à cause de l'obésité qui se répand», remarque la spécialiste.

Pourtant les femmes n'ont pas encore vraiment pris conscience de l'ampleur du problème et méconnaissent souvent les signaux d'alerte de la crise cardiaque. Il est vrai que «leurs symptômes sont sournois et peu spécifiques», constate Danielle Zaugg Longchamp. Alors que chez les hommes les signes avant-coureurs de l'infarctus se manifestent souvent par une douleur dans la poitrine irradiant la mâchoire et le bras gauche, ce type de douleur est plus rare chez les femmes. Elles ont plutôt des nausées, un malaise généralisé, une fatigue inhabituelle, un essoufflement à l'effort ou une douleur au milieu du dos. «Du fait de ces douleurs atypiques, les femmes tardent à appeler les secours», remarque la spécialiste du CHUV. Elles hésitent aussi à consulter et, lorsqu'elles le font, leurs généralistes tardent souvent à les envoyer chez un spécialiste. Le diagnostic n'étant pas facile à poser, les médecins de premiers recours se contentent souvent de donner à leur patiente un arrêt de travail ou de lui conseiller du repos. Ou même, estimant qu'il s'agit d'une crise d'angoisse, de l'envoyer chez le psychologue. Danielle Zaugg Longchamp le reconnaît, leur attitude est parfois «un peu sexiste».

Prise en charge tardive

Quoi qu'il en soit, les femmes souffrant de maladies cardiovasculaires sont prises en charge plus tardivement et «elles ne reçoivent pas toujours les traitements adéquats». Conséquence: elles sont plus nombreuses que les hommes à succomber à leur première crise cardiaque (lire encadré).

La situation est toutefois en train d'évoluer dans la bonne direction. Depuis dix ans, en partie grâce aux campagnes d'information, les femmes commencent à prendre conscience que les maladies cardiovasculaires les concernent et les généralistes envoient plus rapidement leurs patientes chez le cardiologue. «Mais il faut continuer la lutte», affirme Danielle Zaugg Longchamp, qui s'emploie à sensibiliser les médecins de premier recours. Il faut en finir avec les idées reçues et reconnaître que la crise cardiaque et l'AVC sont aussi – et de plus en plus – une affaire de femmes.

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