Actualisé 17.05.2020 à 11:35

Les opposants à la loi sur la chasse sont plus déterminés que jamais

Fédéral

L'ordonnance du Conseil fédéral, qui promet de mieux protéger le loup dans la loi sur la chasse, ne fait pas illusion chez les amis des animaux. «C'est de la poudre aux yeux», selon Pro Natura.

Pour Adèle Thorens (Verts/VD), les propositions du Conseil fédéral «ne changent rien aux problèmes de fond que nous dénonçons dans le cadre de la révision de cette loi: elle constitue, encore et toujours, une attaque frontale contre la protection des espèces et de la biodiversité.»

Pour Adèle Thorens (Verts/VD), les propositions du Conseil fédéral «ne changent rien aux problèmes de fond que nous dénonçons dans le cadre de la révision de cette loi: elle constitue, encore et toujours, une attaque frontale contre la protection des espèces et de la biodiversité.»

istock, Keystone

Ce dimanche 17 mai, on aurait dû voter la nouvelle loi sur la chasse, adoptée par le Parlement et attaquée par référendum, mais l'épidémie du coronavirus en a décidé autrement. Au début mars, la campagne n'avait pas vraiment commencé sur ce thème, qui promet de diviser la Suisse avant son rendez-vous avec les urnes du 27 septembre.

Le Conseil fédéral brouille les cartes

Le 8 mai dernier, la suprise est venue du Conseil fédéral. Il a mis en consultation l'ordonnance d'application, qui semble contradictoire avec l'esprit de la loi adoptée par les Chambres. Celles-ci ont voulu donner des pouvoirs étendus aux cantons pour réguler les espèces à problèmes, notamment le loup.

«Trop souples»

Le Conseil fédéral estime aujourd'hui que les conditions de tir de ce dernier sont «trop souples» dans la nouvelle loi. Il précise que le prédateur ne doit pas être tiré sans dispositif préalable de protection des troupeaux et les cantons seront toujours tenus de justifier auprès de la Confédération la nécessité des tirs.

«Poudre aux yeux»

Cette annonce a suscité l'incompréhension dans les deux camps. Chez les partisans de la loi, on est inquiet de voir le Conseil fédéral prêt à défaire le travail du Parlement. Chez les référendaires, on le soupçonne de vouloir donner des gages aux amis des animaux. Pour le coordinateur de la campagne du non chez Pro Natura en Suisse romande, Leo Richard, cette manoeuvre n'est que de «la poudre aux yeux» et «un leurre au détriment des mammifères et des oiseaux menacés».

«La prévention, c'est tirer le loup»

La conseillère aux Etats Adèle Thorens (Verts/VD) n'en pense pas moins: «Sur le fond, des animaux protégés, en particulier le loup, peuvent être tirés avant même d’avoir créé des dommages et sans que des mesures de protection aient du être prises. Il suffit que les cantons informent les agriculteurs de la possibilité de protéger les troupeaux. Avant la révision de la loi, le tir de loups était conditionné à un certain nombre d’attaques et au fait que ces attaques aient également eu lieu dans des troupeaux qui avaient été protégés. Il y avait une incitation bien plus forte pour les mesures de protection et de prévention. Avec la loi, la mesure de prévention, c’est désormais de tirer les loups. »

Un instrument de campagne

De son côté, le WWF regrette le timing de la mise en consultation de l'ordonnance: «Il est assez courant qu'elle le soit avant la votation populaire, constate sa chargée de communication Océane Dayer, afin que la mise en œuvre puisse ensuite être faite rapidement. Ce qui n'est pas normal c’est que le Conseil fédéral l’utilise comme un instrument de campagne.» Et d'ajouter: «Cette tentative de relativisation complique la communication, c’est certain. Mais en même temps la loi et l’ordonnance restent très claires: des espèces protégées pourront être tirées sans qu’elles n’aient jamais commis de dégâts, seulement parce qu’elles existent.»

Pas seulement le loup

La révision de la loi sur la chasse ne porte pas uniquement sur la gestion du loup, mais aussi des espèces menacées. Leo Richard se souvient: «A l’époque, le Parlement avait inscrit le castor sur la liste des animaux pouvant être tirés, avant de l’en retirer pour des raisons de tactique politique. Or l’ordonnance de la Confédération vient juste de le remettre dans la ligne de mire! La protection du castor, du lynx, du harle bièvre, du cygne tuberculé et du loup est largement affaiblie, mais selon la loi, quelques canards de moins seront tirés... »

«La Confédération peut rétropédaler»

La procédure de consultation de l'ordonnance court jusqu’au 9 septembre prochain. Leo Richard relativise sa réelle portée: «Il faut tenir compte du fait qu’après la votation populaire du 27 septembre sur la nouvelle loi sur la chasse, la Confédération a toute latitude de rétropédaler avec l’ordonnance.»

Eric Felley

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