28.10.2020 à 12:17

Grande-BretagneLes palais royaux enquêtent sur leurs liens avec l’esclavage

L’enquête se penchera sur le passé des bâtiments britanniques parmi les plus célèbres, comme Kensington Palace, la résidence londonienne du prince William.

L’histoire de Kensington Palace sera passée à la loupe. 

L’histoire de Kensington Palace sera passée à la loupe.

KEYSTONE

L’association chargée d’entretenir six des palais royaux britanniques a lancé une enquête sur les liens de ces résidences avec l’esclavage, rejoignant nombre d’institutions s’interrogeant sur leur passé dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, a annoncé mercredi sa conservatrice. «Nous avons beaucoup réfléchi et planifié toutes sortes de changements. Le moment est venu», a déclaré Lucy Worsley, dans un entretien au Times.

L’enquête se penchera sur le passé des bâtiments britanniques parmi les plus célèbres, comme l’emblématique Tour de Londres ou bien encore Kensington Palace, la résidence londonienne du prince William et de son épouse Kate. «Tous ce qui est relié à la dynastie des Stuart va impliquer de l’argent dérivé de l’esclavage», a estimé l’historienne, célèbre présentatrice d’émissions historiques sur la BBC.

Les Stuart ont joué un rôle important dans le commerce esclavagiste, le roi Charles II ayant autorisé en 1663 la création de ce qui allait devenir la Compagnie royale d’Afrique, qui a détenu jusqu’en 1698 le monopole complet sur la traite d’esclaves. L’entreprise, qui n’a cessé le commerce d’esclaves qu’en 1731, avait été fondée par Jacques II, frère de Charles II, qui monta lui-même sur le trône par la suite.

Introspection au Royaume-Uni

Dans le sillage du mouvement Black lives matter après la mort de George Floyd, Américain noir tué par un policier blanc, contestations, questionnements et introspection ont essaimé au Royaume-Uni autour du passé colonial du pays et de sa représentation.

Cela a parfois donné lieu à des tensions dans la société britannique, le Premier ministre Boris Johnson dénonçant des «extrémistes» et appelant à ne pas «censurer le passé» après des manifestations entraînant le déboulonnage de statues ou le tag d’un monument à Winston Churchill avec l’inscription «raciste».

Mi-septembre, le National Trust, association chargée de la conservation de grands sites britanniques, avait indiqué qu’un tiers des monuments historiques dont elle avait la charge présentaient des liens avec le colonialisme ou l’esclavage. Parmi les 93 monuments concernés, on trouve par exemple Chartwell, la maison de Winston Churchill dans le Kent.

Le National Trust était «en avance sur tout le monde», a salué Mme Worsley, regrettant que son organisation n’ait pas lancé plus tôt sa propre enquête. «C’est toujours bénéfique de pousser les gens vers ce qui est inconfortable ou sombre», a-t-elle ajouté, «parce qu’ensuite cela révèle les causes historiques de phénomènes comme l’injustice sociale».

(AFP/NXP)

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