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SantéLes patients, ces victimes de ponctions sans ordonnance

A l'heure des élections fédérales, le problème des coûts de la santé reste un combat connoté «de gauche».

par
lematin.ch
Durant la dernière législature, les assureurs et la droite ont mis la pression sur les patients pour faire augmenter les franchises, limiter le choix du médecin ou les soumettre à la surveillance des caisses.

Durant la dernière législature, les assureurs et la droite ont mis la pression sur les patients pour faire augmenter les franchises, limiter le choix du médecin ou les soumettre à la surveillance des caisses.

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En juin dernier, le Tribunal fédéral a donné raison à un patient zurichois, qui avait séjourné deux jours dans un hôpital. L'établissement avait envoyé une facture de 1696 francs à son assurance. Comme le patient disposait d'une franchise de 2500 francs, la caisse lui avait transmis la facture, mais avec un montant de 1726 francs.

Les patients paient déjà de leur poche 65 % des coûts entre les primes et la participation aux frais, soit la part la plus élevée de l'OCDE

Simon Zurich, vice-président de la Fédération suisse des patients

Un cas exceptionnel

Ces 30 francs supplémentaires étaient libellés comme «frais de séjour». Il a refusé de payer et recouru au Tribunal des assurances sociales du canton, où il a gagné. La caisse a saisi le Tribunal fédéral, où le patient a gagné encore. Tout ça pour 30 francs. Pour le vice-président romand de la Fédération suisse des patients, le socialiste fribourgeois Simon Zurich, ce cas est exceptionnel: «Pour se lancer dans une telle procédure cela demande de grosses connaissances, d'avoir des moyens et du temps pour se battre jusqu'au TF».

Des patients raisonnables

Evidemment, dans la grande majorité des cas, les patients paient. A l'heure des élections fédérales, les associations de défense des patients font un bilan plutôt mitigé des quatre dernières années. Comme l'ont démontré les multiples tentatives de la droite d'augmenter les franchises, le discours politique tend à les culpabiliser: «Les assureurs reprennent cela comme un mantra, regrette Simon Zurich. Mais les Suisses vont peu chez le médecin (3,9 fois par année, contre 6 fois aux Pays-Bas ou près de 10 fois en Allemagne). Ils paient déjà de leur poche 65 % des coûts entre les primes et la participation aux frais, soit la part la plus élevée de l'OCDE».

Une addition qui grimpe à côté des primes

En 2018, la participation aux frais par assuré a été de 531 francs en moyenne pour un total de 4,5 milliards de francs, en augmentation de 25 % en dix ans. Le choix de franchises plus élevées, les 10 % à charge du patient, les «frais de séjours» ou les médicaments non remboursés, tout cela constitue une addition qui grimpe en sus des primes. Mais les Suisses n'en abusent pas pour autant. «S'il faut reconnaître qu'il y a des comportement individuels problématiques, cela reste marginal sur la globalité des coûts», note le vice-président.

Un système qui va dans le mur

La Fédération suisse des patients estime que l'évolution du prix des nouveaux traitements et leur remboursement par les caisses est nettement plus problématique: «Ces nouvelles thérapies deviennent trop chères pour être remboursées à tous les patients. Avec un tel niveau de prix, le système va dans le mur. C'est dorénavant un vrai défi de maintenir tout le monde à égalité. Des propositions sont en cours pour limiter, par exemple, le remboursement d'un traitement à 1000 personnes, mais pour le mille-et-unième ce serait fini...»

Les patients: un combat de gauche ?

La question des nouveaux traitements et de leur accessibilité sera un des dossiers chauds de la prochaine législature, tout comme la limitation du libre choix du médecin ou le renforcement des droits des assureurs. Au Parlement, la défense des patients est connotée comme un combat «de gauche». Pourtant, les patients étant autant de droite que de gauche, la situation pourrait évoluer: «Idéalement, ce serait bien d'avoir une présidence aussi de droite, note Simon Zurich. Au Parlement, nous sommes clairement sous-représentés dans les commissions. Nos arguments font figure de parent pauvre dans le débat à côté des autres lobbies de la santé»

Référendum en vue

Cela s'explique sans doute par le fait que les patients sont les seuls à ne pas gagner d'argent dans le système, mais à en perdre. Les associations de défense s'engagent en tout cas dans cette nouvelle législature avec des convictions. S'il le faut ils feront entendent leur voix par référendum sur les sujets qui viendront sur la table, notamment la réforme du financement de la santé, contestée également par les cantons.

Eric Felley

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