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ActeursLes peuples isolés, obsession des missionnaires évangéliques

La mort d'un Américain qui voulait faire découvrir Jésus à un peuple autarcique des îles Andaman a fait le tour du monde. L'histoire traduit l'obsession toujours vivace des fondamentalistes à vouloir convertir les terres reculées.

par
Cathy Macherel
Une femme Matsé, peuple vivant en Amazonie, à la frontière entre le Pérou et le Brésil. En 1969, ils furent contactés pour la première fois par les missionnaires évangéliques du Summer Institute of Linguistics, organisme d'évangélisation qui a commencé à opérer en Amérique latine dans les années 40. Sédentarisés, ils ne pratiquent déjà plus un grand nombre de cérémonies traditionnelles. Aujourd'hui, des groupes isolés de Matsés vivent encore dans la forêt, mais leur survie est menacée par des projets de prospection pétrolière.

Une femme Matsé, peuple vivant en Amazonie, à la frontière entre le Pérou et le Brésil. En 1969, ils furent contactés pour la première fois par les missionnaires évangéliques du Summer Institute of Linguistics, organisme d'évangélisation qui a commencé à opérer en Amérique latine dans les années 40. Sédentarisés, ils ne pratiquent déjà plus un grand nombre de cérémonies traditionnelles. Aujourd'hui, des groupes isolés de Matsés vivent encore dans la forêt, mais leur survie est menacée par des projets de prospection pétrolière.

En l'espace de trois ans, c'était sa cinquième tentative de rejoindre les rares habitants de l'île des Sentinelles du Nord. Il avait été averti qu'il ne devait pas s'en approcher, mais la nécessité absolue d'évangéliser, comme l'indiquent les écrits de son carnet de bord, était trop forte. Mi-novembre, John Chau, un Américain de 27 ans convaincu qu'il fallait présenter Jésus à cette tribu isolée de l'archipel indien des Andaman, l'a payé de sa vie. À peine arrivé sur l'île, le missionnaire évangélique a été abattu d'une salve de flèches.

Alors que l'histoire faisait le tour du monde, l'ONG Survival International, qui s'emploie à défendre les peuples autochtones, soulignait l'implacable logique de cette fin tragique: «Les habitants des Sentinelles ont montré à maintes reprises qu'ils désiraient qu'on les laisse tranquilles, et leur souhait devrait être respecté. L'occupation coloniale britannique des îles Andaman a décimé les peuples qui y vivaient, tuant des milliers de leurs membres. Seule une petite partie de la population d'origine a survécu. La peur des personnes extérieures chez les Sentinelles est donc tout à fait compréhensible», communiquait l'ONG.

Cette histoire semble sortir de l'ordinaire et, pourtant, ce scénario de rencontres forcées est loin d'être inconnu dans d'autres contrées, où la conversion des peuples les plus isolés demeure l'obsession de fondamentalistes évangéliques. «Aujourd'hui encore, l'action des missionnaires évangéliques constitue l'un des facteurs de déculturation des peuples autochtones en Amérique latine. C'est tragique, car ce travail d'évangélisation détruit les pratiques rituelles, essentielles à l'identité de ces populations», souligne Fiore Longo, directrice de la branche française de Survival International. L'ONG a documenté de multiples exemples dans lesquels des tribus, lors des dernières décennies, ont été sorties de leur isolement par des missionnaires, avant qu'elles ne soient exposées aux bulldozers.

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