Afrique du Sud - Les violences ont fait 72 morts, les pillages s’intensifient
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Afrique du SudLes violences ont fait 72 morts, les pillages s’intensifient

Depuis l’incarcération de l’ancien chef de l’État Jacob Zuma, qui reste populaire en pays zoulou, la violence se déchaîne: 72 personnes y ont perdu la vie, selon un nouveau bilan.

Pillages à Soweto, Afrique du Sud, 13 juillet 2021. 

Pillages à Soweto, Afrique du Sud, 13 juillet 2021.

REUTERS

Le bilan des violences déclenchées en Afrique du Sud par l’arrestation la semaine dernière de l’ex-président Jacob Zuma et qui se sont intensifiées ces derniers jours, est monté mardi soir à 72 morts, a annoncé la police.

«Le nombre total de personnes arrêtées s’élève à 1234, tandis que le nombre de décès s’élève à 72», a-t-elle annoncé dans un communiqué. Un précédent bilan faisait état de 45 morts, principalement dans des bousculades lors de pillages dans plusieurs centres commerciaux. À Soweto, immense township jouxtant Johannesburg, les corps de dix personnes ont été retrouvés dans la soirée, plusieurs heures après qu’une foule pressée a dévalisé le centre commercial Ndofaya.

Le Premier ministre de la province de KZN, Sihle Zikalala, avait indiqué dans la matinée que plusieurs personnes ont trouvé la mort «dans des bousculades dans ce contexte d’émeutes», sans autre précision. Les images des pillages ont montré des foules compactes et désordonnées, chacun se précipitant pour récupérer téléviseurs géants, vélos pour enfant, sièges de bureau, couches ou conserves... Tout ce qui peut être emporté. Dans les magasins mis à sac, les émeutiers se sont servis en nourriture ou équipements à revendre, dans un contexte économique dégradé par les restrictions mises en place fin juin pour limiter les nouvelles infections par le coronavirus.

Les forces de l’ordre, visiblement en minorité, ont tiré des balles en caoutchouc pour disperser les mouvements de foule, suscitant la course paniquée de fuyards sur les parkings de centres commerciaux ou de hangars. Ou encore dans les rues des principales villes touchées, aux trottoirs jonchés de bris de verre et déchets, et bordés de bâtiments et voitures en feu.

En robe de chambre

«La police est débordée», a répété face aux caméras le Premier ministre provincial, en venant constater une partie des dégâts à Soweto. Le président Cyril Ramaphosa, «le cœur lourd», a souligné lundi soir le caractère inédit de ces violences depuis l’avènement de la démocratie postapartheid. Le ministre de la Police, Bheki Cele, s’est engagé à ce que la situation «ne se détériore pas davantage», alors que les pillages se poursuivaient à vive allure, notamment à Soweto où des soldats ont commencé à patrouiller selon l’AFP sur place, et à Pietermaritzburg, la capitale du KZN.

Tôt dans la matinée, les chaînes locales ont montré des dizaines de femmes, certaines en robe de chambre, aux côtés d’hommes et d’enfants débarquant dans une boucherie, dans la zone de Diepkloof à Soweto. Ils ont vidé les chambres froides et sont sortis en courant. Un agent de sécurité privé, seul, se tenait debout, impuissant. La police ne s’est présentée que trois heures plus tard pour disperser et arrêter les derniers pillards. Dans la nuit, policiers et agents de sécurité privée armés jusqu’aux dents ont longuement affronté des émeutiers dans le quartier dégradé de Jeppe, près du centre de Johannesburg, a constaté l’AFP.

Les premiers incidents dans le pays, routes bloquées et camions incendiés, ont eu lieu vendredi, au lendemain de l’incarcération de Jacob Zuma, condamné à une peine de prison ferme pour outrage à la justice. Pillages et incendies se sont ensuite propagés vers la capitale économique du pays. Le président Ramaphosa a rappelé, sévère, que si les «frustrations et la colère» exprimées avaient «des racines politiques», «aucune cause ne peut justifier» ces violences.

(AFPE)

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