Les plateformes de streaming en pleine ébullition

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À flux tendusLes plateformes de streaming en pleine ébullition

Les unes avancent leurs pions, les autres les reculent, d’autres attendent tapis dans l’ombre… Entre Netflix, Amazon Prime Video, HBO Max et consorts, rien ne va plus.

par
Christophe Pinol
Netflix promeut «The Grey», le dernier blockbuster en date exclusif à la plateforme. Dans le même temps, le service teste en Amérique latine son nouveau système chargé de réguler le partage de mot de passe

Netflix promeut «The Grey», le dernier blockbuster en date exclusif à la plateforme. Dans le même temps, le service teste en Amérique latine son nouveau système chargé de réguler le partage de mot de passe

IMAGO/Future Image

Depuis les soucis de santé de Netflix rencontrés il y a trois mois avec une première perte de 200’000 abonnés, auxquels s’ajoute aujourd’hui la volatilisation de près d’un million de comptes supplémentaires durant le deuxième trimestre 2022, c’est tout l’univers du streaming vidéo qui s’en retrouve malmené. Les plateformes n’en finissent plus de se fendre de communiqués, ici pour signaler l’abandon de tel projet ou là, la fusion avec telle société…

HBO Max ronge son frein

Aujourd’hui, c’est HBO Max qui crée la surprise en mettant un frein à sa conquête de l’Europe, probablement échaudé par les mauvais résultats du géant au N rouge. La plateforme de la Warner avait pourtant annoncé vouloir poser ses valises dans 190 pays d’ici 2026 et surtout consolider d’ici l‘an prochain son emprise sur l’Europe, entamée en mars dernier sur une quinzaine de territoires. Pourquoi ce soudain désistement? Tout simplement à cause de la récente fusion entre WarnerMedia et Discovery, pour former le 3e service de streaming mondial (200’000 heures de programmes annoncées), juste derrière Netflix et Disney+. Pour se concentrer sur la mise en place d’une nouvelle plateforme regroupant Discovery+ et HBO Max, mais aussi pour mettre à exécution un vaste plan de restructuration, estimé par Variety à 3 milliards de dollars, la décision a donc été prise de geler la plupart des projets.

De toute façon, l‘arrivée de HBO Max dans nos contrées, sous forme de plateforme à part entière, n’était pas à l‘ordre du jour. En Suisse, les droits de HBO (et donc de HBO Max) appartiennent pour l’instant à l’opérateur OCS pour ce qui est de la Romandie (inclus à l‘offre Canal+) et à Sky pour la Suisse alémanique. Et ce jusqu’à la fin 2024, en tout cas pour ce qui est de Sky. C’est donc vers ces opérateurs qu’il faudra se tourner pour regarder le très attendu spin-off de «Game of Thrones», «House of the Dragon», le 22 août prochain.

Netflix riposte

Du côté de Netflix, pour endiguer l’hémorragie d’abonnés, la firme de Redmond entend maintenant se concentrer sur son nouveau système chargé de réguler le partage de mot de passe. Rappelons qu’un compte Premium permet de se connecter à la plateforme depuis 4 appareils distincts, et que rien ne vous empêche donc de transmettre vos codes à des amis pour leur permettre d’y accéder gratuitement. Mais depuis quelques mois, la société teste en Amérique latine un algorithme chargé de proposer aux abonnés utilisant leur forfait hors de leur foyer pendant plus de deux semaines l‘ouverture d’un ou plusieurs sous-comptes à un tarif qui devrait tourner autour des 3.00 fr. chacun. Sous peine de voir son abonnement principal bloqué. La mesure doit entrer en vigueur le 22 août au Pérou, au Guatemala ou encore au Honduras et devrait plus tard être déployée dans le reste du monde.

En dehors de ça, la plateforme planche toujours d’arrache-pied sur son service d’abonnement plus abordable mais incluant de la publicité, et vient notamment d’annoncer s’être allié à Microsoft pour en gérer le contenu publicitaire. Une annonce surprise, dans la mesure où le géant de l’informatique n’est pas un spécialiste du domaine. Mais selon l’analyste Laura Martin, experte des mouvements financiers de la plateforme, ce partenariat cacherait en réalité un rapprochement stratégique. «Netflix pourrait ainsi se chercher une porte de sortie, expliquait-elle sur la chaîne Yahoo Finance: aborder Microsoft dans l’espoir de se faire ensuite racheter». Il est vrai qu’avec le récent rachat d’Activision-Blizzard, pape du jeu vidéo, pour la somme colossale de 68,7 milliards de dollars, Microsoft a prouvé qu’il était prêt à sortir son chéquier. Et la société pourrait très bien cette fois avoir envie de s’offrir un contenu premium de la vidéo.

Disney+ gamberge

Quant à Disney+, pas d’annonce tonitruante au programme. Mais le flop du dernier Pixar au cinéma, «Buzz l’éclair» (le film va tout juste rentrer dans ses frais avec un budget dépassant les 200 millions de dollars), pourrait néanmoins avoir des répercussions sur le fonctionnement de la plateforme. Le relatif désamour du public risque en effet de conforter le studio dans son choix de diriger la sortie de ses films uniquement sur Disney+. En ligne de mire: «Elemental», le nouveau Peter Sohn («Le voyage d’Arlo»), dont la sortie est prévue en été 2023. En attendant, «Buzz l’éclair» débarquera à son tour sur la plateforme le 3 août.

Amazon Prime Video fait le beau

Non, finalement, le seul à rester droit dans ses bottes est encore Amazon Prime Video. Au moment où celui-ci est sur le point de lancer la série la plus chère de toute l’histoire de la télévision, «Le seigneur des anneaux: les anneaux de pouvoir», le 2 septembre, ce n’est en effet pas le moment de montrer des signes de faiblesse. La plateforme vient surtout d’annoncer une refonte significative de son application. Un coup de polish bienvenu dans la mesure où son design, son ergonomie et son système de navigation vieillissant la plaçaient bien en retrait de la concurrence sur ce point-là.

Ne vous attendez pas pour autant à un lifting révolutionnaire. L’objectif est ici clairement de ne pas bousculer les habitudes déjà en place chez la concurrence. On y retrouve ainsi, dans un premier temps, une navigation principale déportée du côté gauche, avec un empilement vertical de vignettes – «Recherche», «Accueil», «Mes favoris», – pour explorer les différentes catégories. Un Top 10 des plus grands succès de la plateforme va aussi faire son apparition, tout comme un système de vignettes présentant les différents contenus qui s’animeront en passant dessus. Dites-nous si ça vous rappelle quelque chose…

La nouvelle interface est censée être déployée progressivement durant ces deux prochaines semaines pour la plupart des appareils compatibles. Sont ainsi concernés dans un premier temps les téléviseurs connectés, boîtiers vidéo (Apple TV et autres), consoles de jeux et smartphones Android. L’application IOS, tout comme le site primevideo.com, devraient, eux, par contre devoir attendre encore quelques mois. De notre côté, la mise à jour n’avait pas encore été faite au moment de la rédaction de ces lignes mais Amazon a publié une vidéo donnant un aperçu des principaux atouts de la refonte.

Paramount+ en loucedé

À noter, pour conclure, qu’un nouveau venu du streaming, et non des moindres, s’apprête à son tour à se joindre à la danse: Paramount+. La montagne du divertissement («Top Gun», «Star Trek», «Bob l‘éponge», «South Park») rejoindra en effet à la fin de l‘année le giron de Canal+ (en Suisse romande aussi). Plus on est de fous…

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