Actualisé 16.06.2020 à 06:03

Les policiers américains entre honte et posture défensive

Polémique

Le malaise va croissant au sein de la police américaine, contrainte plus que jamais de se remettre en question, après la mort de George Floyd.

Genou à terre, le signe de solidarité des policiers américains face aux manifestants.

Genou à terre, le signe de solidarité des policiers américains face aux manifestants.

AFP

Le malaise va croissant au sein de la police américaine, contrainte plus que jamais de se remettre en question après la mort de George Floyd, l'homme noir tué par un policier blanc à Minneapolis. Si certains reconnaissent le besoin de réforme, d'autres peinent à digérer les accusations de racisme institutionnel qui visent les forces de l'ordre.

De la Californie au Massachusetts, les policiers interrogés par l'AFP sont unanimement scandalisés par ce qu'ils qualifient de «meurtre». Mais beaucoup se plaignent d'être injustement comparés aux «brebis galeuses», comme le policier blanc de Minneapolis qui a asphyxié George Floyd en maintenant son genou sur son cou malgré ses suppliques.

«Je ne suis pas Derek Chauvin!», s'indigne Michael O'Meara, président du syndicat de la police de l'Etat de New York. «Il a tué quelqu'un, pas nous. Arrêtez de nous traiter comme des animaux», lançait-il récemment devant des centaines de collègues réunis à Manhattan.

«Honte»

Derek Chauvin a commis «un acte criminel» qui «nous fait honte», déclare à l'AFP Shaun Willoughby, 41 ans, responsable du syndicat des policiers d'Albuquerque, au Nouveau-Mexique. «Mais c'est vraiment frustrant d'être tous mis dans le même panier».

Le même reproche est adressé depuis des décennies par la population noire à la société américaine, où un homme noir est souvent a priori considéré comme un danger potentiel.

La colère des manifestants descendus dans les rues depuis la fin mai dépasse le seul cas de George Floyd. Elle est le fruit d'une «longue histoire de violences infligées aux Américains noirs que les forces de l'ordre, en tant qu'institution, doivent reconnaître», souligne Louisa Aviles, experte en justice criminelle de l'université John Jay à New York.

Les policiers américains tuent en moyenne trois personnes chaque jour, et «au moins la moitié de ces morts ne sont pas nécessaires pour préserver la vie de policiers ou de civils», relève de son côté Franklin Zimring, criminologue à l'université de Berkeley.

«La meilleure arme, c'est la bouche»

Les Noirs sont notoirement surreprésentés dans ces décès et cela ne fait «aucun doute» pour Ben Kelso, 53 ans, responsable de l'antenne locale de San Diego, en Californie, de l'association nationale des policiers noirs.

Disant lui-même avoir subi le racisme depuis son plus jeune âge, il n'a pas de solution miracle pour y remédier, mais insiste sur l'importance du dialogue au quotidien et sur la remise en question de la formation des policiers.

«Nous passons de nombreuses heures à enseigner à conduire, tirer et arrêter les gens, mais pas, loin s'en faut, à apprendre comment parler aux gens», estime-t-il. «Parce qu'au bout du compte, la meilleure arme d'un policier, c'est sa bouche».

De nombreuses villes ont déjà amendé leurs pratiques, notamment pour interdire le recours à des clefs au cou ou renforcer les procédures disciplinaires. Un projet de loi est aussi à l'étude au niveau fédéral.

«Nous n'avons pas peur des réformes ou du changement. Mais nous voulons être associés aux discussions», tranche Michael O'Meara, dont le syndicat défend les intérêts de quelque 40'000 policiers.

Un déclencheur

Ce changement, Branville Bard Jr., chef de la police de Cambridge, dans le Massachusetts, l'appelle de ses voeux depuis longtemps. Il espère que la «mort écoeurante» de George Floyd servira de déclencheur.

«Je ne peux pas vous dire combien de fois j'ai été arrêté au volant. Je montre mes papiers d'identité et la situation ne dégénère pas, mais j'ai toujours peur, car je porte une arme et j'ai la peau noire», explique-t-il.

Pour M. Bard, auteur d'un livre sur le «contrôle au faciès», il faudrait commencer par «augmenter le prix des fautes», en sanctionnant tous les policiers présents lorsque des abus sont commis, même s'ils n'y participent pas activement.

D'autres sont nettement sur la défensive. «En tant que professionnels, nous sommes attaqués», estime Patrick Lynch, 56 ans, président d'un syndicat de policiers de la ville de New York, dont beaucoup ne se sentent pas soutenus par les autorités locales depuis le début des manifestations.

Richard Wells, qui dirige un autre syndicat new-yorkais, affirme que renforcer les sanctions contre les policiers sera contreproductif. «Les flics hésiteront à faire leur boulot, parce que dans n'importe quelle situation ils se diront qu'ils risquent des ennuis», dit-il à l'AFP.

(ats)

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