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Droits humainsLes prisonniers aussi victimes de la crise

Depuis le début de la crise économique, moins d'argent a été consacré aux détenus, selon un rapport du Conseil de l'Europe.

En France, par exemple, la prise en charge d'un détenu coûte près de 100 euros par jour.

En France, par exemple, la prise en charge d'un détenu coûte près de 100 euros par jour.

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Un rapport du Conseil de l'Europe publié ce mercredi 11 février constate que moins d'argent a été consacré aux prisonniers en raison de la crise économique.

Nourriture, encadrement, logement, formation, financement d'activités sportives ou constructions de prisons: les Etats européens ont globalement consacré moins d'argent à leurs détenus depuis le début de la crise, soit 96,7 euros (101,2 francs) en moyenne par prisonnier et par jour, indique le Conseil de l'Europe dans son dernier rapport annuel, SPACE 2013, de données statistiques pénales, publié mercredi.

Il prend en compte les données en vigueur en septembre 2013. Entre 2007 et 2012, les dépenses ont baissé en moyenne de 2,4 euros par jour par détenu. Les Etats qui ont le plus réduit leurs dépenses sont aussi ceux qui ont été les plus frappés par la crise, selon le rapport.

Très peu d'augmentations

«Très peu de pays font état d'une augmentation» des dépenses, a souligné le professeur en criminologie Marcelo Aebi, de l'université de Lausanne. Cette étude tire ses conclusions des données communiquées par une cinquantaine d'administrations carcérales en Europe.

«Les dépenses par détenu dans les prisons d'Europe diminuent depuis le début de la crise économique, ce qui a vraisemblablement affecté la qualité de vie des détenus», a estimé le Conseil de l'Europe.

Pas de chiffres communiqués pour la Suisse

Les Etats qui mobilisent le plus de moyens financiers pour leurs populations incarcérées sont ceux du Nord de l'Europe, notamment la Suède (317 euros de dépenses par détenu/jour en 2012), la Norvège (283 euros), les Pays-Bas (273 euros) et le Danemark (186 euros).

«Les pays qui ont les plus faibles taux de population carcérale sont ceux qui dépensent le plus pour leurs détenus», a souligné le Pr Aebi. «Si vous êtes incarcéré en Europe, vos conditions de vie peuvent être très différentes d'un pays à l'autre», a-t-il commenté.

En France, la prise en charge des détenus était proche de la moyenne, à 96,77 euros/jour, devant l'Espagne (66 euros), mais derrière l'Italie (128 euros) et l'Allemagne (116 euros). Le chiffre pour la Suisse n'a pas été communiqué pour le rapport.

2,17 euros en Russie

Les rapporteurs soulignent toutefois que le niveau réel des dépenses engagées dépend du coût et du niveau de vie de chaque Etat.

En Europe de l'Est, tous les pays, à l'exception de la Slovénie et de la République tchèque, consacraient en 2012 moins de 30 euros, la Russie affichant le chiffre le plus faible avec 2,17 euros.

Autre enseignement tiré de ce rapport: la crise n'a pas eu d'effet sur le nombre de personnes incarcérées. Au 1er septembre 2013, les prisons européennes totalisaient 1,679 million de détenus contre 1,735 à la même date en 2012.

Substituer d'autres peines à la prison

Pour désengorger les prisons, le Conseil de l'Europe recommande de remplacer ces peines par des «mesures de substitution à l'incarcération» destinées à faciliter la réinsertion des auteurs d'infraction.

Le document note néanmoins une faible diminution des prisons surpeuplées sur la période 2007-2012. En 2013, les prisons accueillaient en moyenne 96 détenus pour 100 places contre 99,5 en 2011. L'Italie, la France, la Belgique, la Hongrie et la Roumanie étaient les pays affichant les taux de surpeuplement les plus importants. Le taux en Suisse a atteint 100,3 prisonniers pour 100 places.

En 2013, la durée moyenne des peines purgées par les détenus s'élevait à 9,4 mois avec en tête des délits les infractions liées aux stupéfiants (17,8 %), suivies des vols (15,9 %), des vols avec violences (13,5 %) et des homicides (11,6 %).

(ats)

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