États-Unis - «Les proches des victimes ont le droit de connaître les causes du drame»
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États-Unis«Les proches des victimes ont le droit de connaître les causes du drame»

Le gouverneur de Floride a annoncé vouloir faire toute la lumière sur le terrible écroulement d’un bâtiment résidentiel survenu jeudi près de Miami.

Le bilan s’élève à quatre morts et 159 personnes manquantes.

Le bilan s’élève à quatre morts et 159 personnes manquantes.

Getty Images via AFP

À la recherche d’«explications», «de réponses»: des proches de victimes jusqu’au gouverneur de la Floride, le besoin se connaître les causes de l’effondrement pour l’instant inexplicable d’un immeuble de 12 étages près de Miami se faisait pressant, vendredi.

Une aile de ce complexe résidentiel, installé face à l’océan, s’est brusquement effondrée jeudi vers 01H30 (07H30, heure suisse), emportant dans un grand nuage de poussière une cinquantaine d’appartements et leurs occupants, dont 159 manquaient encore vendredi à l’appel.

Dès jeudi matin, le maire de la ville se hâtait d’expliquer que des travaux de remise aux normes -- exigé par le comté de Miami-Dade tous les 40 ans -- n’étaient selon toute probabilité par à l’origine de la catastrophe au cours de laquelle au moins quatre personnes ont trouvé la mort.

«Je pense qu’il y a beaucoup de gens dans ce quartier et même dans toute la Floride qui veulent savoir, eh bien, comment un bâtiment peut-il s’effondrer comme ça?» demandait donc vendredi Ron DeSantis, le gouverneur de cet État du sud-est des États-Unis, appelant à des explications «sans tarder» car les familles «ont le droit de savoir».

En écho, Mike Salberg, venu de New York et dont cinq proches habitaient le complexe, exigeait «des réponses» et regrettait le même jour auprès de l’AFP que les familles de victimes soient, selon lui, laissées dans l’ignorance.

Le président Joe Biden a exprimé vendredi sa solidarité dans «un moment très difficile» au lendemain de l’effondrement. «C’est un moment très, très difficile. Il y a tellement de personnes qui attendent, sont-ils vivants, que va-t-il se passer? Alors nous sommes de tout cœur avec eux», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche.

Affaissement des sols ou de l’immeuble?

Une étude de 2020, montrant que cet immeuble avait subi un affaissement «très subtil» dans les années 1990, a vite attiré l’attention des médias américains. Voulant mesurer le tassement des sols des côtes de Floride et de Virginie, afin d’identifier son rôle dans l’accroissement des risques d’inondations, les auteurs de cette étude ont remarqué que le complexe des Champlain Towers s’était affaissé à une vitesse d’environ 2 millimètres par an, entre 1993 et 1999.

L’un des auteurs de l’étude, Shimon Wdowinski, invité sur CNN, a souligné que les données considérées dans son étude dataient d’il y a «20 ou 30 ans» et confié ne pas savoir, en dépit de l’affaissement mesuré, «si l’effondrement était prévisible».

Dans un communiqué conjoint avec son université, la Florida International University (FIU), le chercheur a par ailleurs précisé que l’affaissement des sols ne pourrait pas, seul, causer l’effondrement très localisé d’un immeuble. «Ce n’est pas forcément l’immeuble qui s’est enfoncé dans le sol. Cela peut être l’immeuble qui s’est enfoncé sur lui-même, s’il y avait des dégâts structurels dans le bâtiment», a-t-il ajouté sur CNN.

Ces quelques millimètres auraient-ils pu suffire? Le tassement d’autres régions du monde, également étudiées par Shimon Wdowinski, est parfois beaucoup plus important sans provoquer de sinistres: la capitale mexicaine s’affaisse par exemple de 38,1 centimètres par an -- soit près de 2000 fois plus vite que l’immeuble de Surfside --, selon le communiqué de la FIU.

«Nous n’y avons pas accordé trop d’importance», a confirmé Shimon Wdowinski à USA Today, estimant peu probable que les responsables de la ville aient eu connaissance de l’étude avant l’effondrement.

Un effet «cascade»

Mais quelques millimètres, «quand ils s’additionnent sur de nombreuses années, ça fait un chiffre élevé», explique Matthys Levy, professeur d’ingénierie à l’université de Columbia, cité par USA Today.

Et quelle qu’en soit la cause, lorsqu’une partie d’un bâtiment s’effondre, cela crée souvent une réaction en chaîne, comme aux tours jumelles des attentats du 11-Septembre, relève-t-il. «Ça ne s’arrête pas, c’est impossible à arrêter. (…) Il n’y a pas d’élément (dans la structure) assez solide pour retenir l’écroulement», décrit Matthys Levy, qui évoque un mécanisme de «cascade».

Les médias américains ont également rapporté que le propriétaire d’un des appartements de l’immeuble avait déposé plusieurs plaintes, dont une en 2015, contre le gestionnaire de l’immeuble, accusé de ne pas entretenir un mur extérieur touché par des fissures et un dégât des eaux. L’enquête sur les causes du drame devrait quoi qu’il arrive s’étirer en longueur.

«Dans ce genre de cas, les ingénieurs spécialistes des structures (…) examinent les plans, la façon dont l’immeuble a été construit, prélèvent des échantillons d’acier, de ciment, examinent les signes de corrosion», a décrit un autre expert de la FIU, Atorod Azizinamini, spécialiste en infrastructure. Un processus qui «prend du temps» et ne sera pas terminé au bout de quelques «jours» ni «semaines».

(AFPE)

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