Nicaragua - Les proches d’opposants emprisonnés dénoncent des mauvais traitements
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NicaraguaLes proches d’opposants emprisonnés dénoncent des mauvais traitements

Isolement, interrogatoires quotidiens, menaces, sous-alimentation: au Nicaragua, les proches d’opposants emprisonnés critiquent leurs conditions de détention.

Le leader étudiant Lesther Aleman a été arrêté le 5 août. Sa mère est désespérée de voir son fils qui «peut à peine se mettre debout et marcher» tant, a-t-elle dit à son avocat, ses pieds sont gonflés, tandis qu’il a perdu neuf kilos.

Le leader étudiant Lesther Aleman a été arrêté le 5 août. Sa mère est désespérée de voir son fils qui «peut à peine se mettre debout et marcher» tant, a-t-elle dit à son avocat, ses pieds sont gonflés, tandis qu’il a perdu neuf kilos.

AFP

Au Nicaragua, depuis près de trois mois, un total de 36 opposants au président Daniel Ortega, dont sept qui voulaient se présenter contre lui lors des élections du 7 novembre, ont été arrêtés. Si quelques-uns sont détenus à domicile, la grande majorité l’est dans les geôles de la sinistre prison d’El Chipote, à Managua.

Ils n’ont pu voir leurs proches que la semaine dernière. Un droit de visite limité à 30 minutes. Le candidat à la présidentielle Juan Sebastian Chamorro est apparu pâle et amaigri à sa sœur Ana Maria: il a perdu onze kilos depuis son arrestation, le 8 juin, dit-elle.

«Maigre, pâle, les gestes lents»

«Ce qui est le plus difficile, pour lui, c’est le manque d’informations sur ce qui se passe dehors. On l’interroge tous les jours: 87 jours d’interrogatoires et de torture psychologique. On lui dit des choses qui ne sont pas vraies, qu’ils vont arrêter sa femme, que ses biens ont été saisis», raconte Ana Maria Chamorro. Une bougie éclaire sa cellule jour et nuit, lui faisant perdre ses repères temporels, ajoute-t-elle.

«Mon père est seul, depuis deux mois et demi, dans une petite cellule, où un bat-flanc en ciment sert de lit, avec un fin matelas, sans couverture pour se protéger du froid. Pour faire ses besoins, un trou dans le sol», explique Cristian Tinoco, fille de l’ancien vice-ministre nicaraguayen des Affaires étrangères Victor Tinoco, âgé de 69 ans et qui lui est apparu «maigre, pâle, avec les cheveux blancs, la barbe non taillée, les gestes lents».

Cellule scellée

La leader féministe Tamara Davila est ainsi enfermée «dans une cellule avec une porte boulonnée, sans barreaux. C’est une geôle scellée, elle ne peut voir personne», décrit une proche qui a demandé à rester anonyme. Arrêtée le 12 juin, elle n’a depuis «pu parler avec personne. Il n’y a pas de relation humaine. Elle peut se mettre à parler à un oiseau qui se pose sur la toiture, aux araignées, pour tromper la solitude et le silence».

Lesbia Alfaro, la mère du leader étudiant Lesther Aleman, arrêté le 5 août, est désespérée de voir son fils qui «peut à peine se mettre debout et marcher» tant, a-t-elle dit à son avocat, ses pieds sont gonflés, tandis qu’il a perdu neuf kilos. «Je demande que la Croix-Rouge nous aide, qu’elle intervienne pour qu’un médecin le soigne et qu’on ne le laisse pas mourir de faim», supplie-t-elle.

Réprimer la «trahison à la patrie»

Daniel Ortega, 75 ans, au pouvoir depuis 2007, briguera le 7 novembre un quatrième mandat consécutif. Il a qualifié ses opposants emprisonnés de «terroristes» et d’«agents de limpérialisme yankee» qui «complotent pour renverser son gouvernement».

Les opposants arrêtés sont pour la plupart déjà renvoyés devant la justice, sous l’accusation d’encourager l’ingérence étrangère «au mépris de la souveraineté» du Nicaragua, en vertu de lois adoptées, en décembre, pour réprimer ces actes de «trahison à la patrie».

«Mettre fin aux persécutions»

La Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, a demandé au gouvernement nicaraguayen de «mettre fin aux persécutions contre l’opposition, la presse et la société civile». Elle a également demandé «la libération immédiate et sans condition des plus de 130 personnes emprisonnées» depuis les manifestations antigouvernementales d’avril 2018, dont la répression a fait plus de 300 morts.

La Cour interaméricaine des droits de l’homme a exigé qu’une délégation puisse se rendre au Nicaragua pour «vérifier la situation des personnes arrêtées».

(AFP)

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