Suisse: Les produits des colonies échappent au boycott

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SuisseLes produits des colonies échappent au boycott

La Suisse ne reconnaît pas les colonies de peuplement israéliennes mais elle en importe des produits sous l'appellation «Palestine».

La Suisse dispose d'un accord de libre-échange avec Israël et d'un autre avec l'Autorité palestinienne.

La Suisse dispose d'un accord de libre-échange avec Israël et d'un autre avec l'Autorité palestinienne.

Keystone

La Suisse a une position claire sur les colonies de peuplement israéliennes: elle ne reconnaît pas l'autorité d'Israël au-delà des frontières de 1967. Au niveau des douanes suisses, la situation est toutefois plus contrastée.

Bien que la Suisse ne reconnaisse pas les colonies de peuplement israéliennes, et en condamne régulièrement le développement, les transactions en provenance de ces dernières ne sont pas répertoriées. Il n'existe aucune donnée sur les importations en provenance de ces colonies, précise l'Administration fédérale des douanes (AFD). «La statistique du commerce extérieur distingue uniquement entre Israël et Palestine», précise l'AFD à Keystone-ATS.

Les produits venant des colonies de peuplement sont ainsi répertoriés sous «Palestine». De ce fait, l'AFD ne connaît non seulement pas l'ampleur des échanges avec les colonies, mais également avec la Palestine, elle dispose simplement d'un chiffre global pour les deux. Et la somme est modeste, la Suisse a importé pour 346'570 francs de biens en 2017 et a exporté pour près de 29 millions.

A contrario, ses échanges avec Israël sont florissants et atteignent 1,7 milliard de francs. Ce qui fait d'Israël le troisième partenaire le plus important de la Suisse dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA), devancé uniquement par les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite.

Accords de libre-échange

La Suisse dispose d'un accord de libre-échange avec Israël et d'un autre avec l'Autorité palestinienne, mais les produits venant des colonies de peuplement ne bénéficient d'aucun des deux accords. Ils ne sont pourtant pas répertoriés, bien que taxés différemment.

La problématique n'est pas nouvelle. L'AFD a mené une étude comparée des statistiques avec les autorités palestiniennes qui a été publiée en 2014. «Lors de cet examen, il est apparu que l'attestation de l'origine israélienne ou palestinienne des produits se révèle, en pratique, délicate», relève l'AFD. Mais depuis cette date, aucune mesure n'a été prise pour clarifier la situation et aucune mesure n'est prévue, souligne l'AFD.

Grâce à «la pression de la société civile», le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) espère faire diminuer ces importations. C'est déjà le cas chez Coop et Migros, explique Roman Vonwil, membre de BDS Suisse.

Les deux plus grands distributeurs de Suisse déclarent clairement les produits issus de zones de colonisation israélienne, principalement des herbes utilisées en cuisine. L'étiquette de provenance mentionne «Cisjordanie, zone de peuplement israélienne» ou «Jérusalem-Est zone de peuplement israélienne» et non pas seulement «Israël» comme auparavant.

Exercer des pressions

Pour BDS, les bonnes relations commerciales entre les deux pays sont aussi une source d'opportunités. «Israël étant un partenaire commercial important de la Suisse, cette dernière a suffisamment d'occasions pour exercer des pressions sur le gouvernement israélien et de le persuader de mettre fin aux violations des droits humains et du droit international». Il demande cependant à la Suisse d'en faire plus.

«Compte tenu des attaques de l'armée israélienne contre la population civile palestinienne, du blocus militaire de la bande de Gaza et de la détention administrative systématique, nous exigeons en particulier que la Suisse cesse immédiatement sa coopération militaire et technologique en matière de sécurité et toutes les transactions d'armement avec Israël». Des exigences qui ne devraient toutefois pas être prises en considération sous peu.

La Suisse a en effet commandé en 2015 pour 250 millions six drones israéliens d'exploration, non armés, du type Hermes 900, auprès de la société israélienne Elbit Systems. Ces derniers sont encore en phase de test. Et les minidrones israéliens Orbiter 2b sont en lice pour équiper les formations de combat et d'exploration de l'armée suisse d'un système autonome de reconnaissance aérienne.

(ats)

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