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Naufrage du ConcordiaLes questions sans réponses de la famille d'une victime

Une douleur "intacte", des questions "en suspens": un an après la tragédie, Alain Litzler, père d'une jeune victime française, peine à tourner la page, faute de "savoir ce qui s'est vraiment passé". Témoignage.

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Le bateau italien effectuait une croisière de luxe en méditerranée le 13 janvier 2012 près de l'île de Giglio, au large de la Toscane.

Le bateau italien effectuait une croisière de luxe en méditerranée le 13 janvier 2012 près de l'île de Giglio, au large de la Toscane.

Keystone
Le paquebot transportait plus de 4200 passagers, principalement des touristes (en dehors des 1000 membres de l'équipage), dont 1000 Italiens, 500 Allemands et 160 Français.

Le paquebot transportait plus de 4200 passagers, principalement des touristes (en dehors des 1000 membres de l'équipage), dont 1000 Italiens, 500 Allemands et 160 Français.

Keystone
Les sauveteurs se précipitent vers le bateau pour commencer l'évacuation des 4200 passagers à bord.

Les sauveteurs se précipitent vers le bateau pour commencer l'évacuation des 4200 passagers à bord.

Keystone

"Chaque jour, on y repense. On se demande pourquoi elle n'a pas été évacuée, pourquoi elle n'a pas pu être sauvée", glisse ce technicien en logistique de 56 ans, regard clair, moustache grise. "Un an après, on se pose toujours les mêmes questions", ajoute-t-il en agitant nerveusement les mains devant ses yeux.

Mylène Litzler, 23 ans, vendeuse dans une boutique de sport, avait embarqué le dimanche 8 janvier à Marseille à bord du Costa Concordia avec son compagnon, Mickaël Blémand, 25 ans, pour une croisière d'une semaine en Méditerranée.

Dans un dernier message téléphonique envoyé à leurs parents le soir du drame, vers 23h15, les deux jeunes gens, originaires de Sarcelles, en région parisienne, annonçaient à leur famille avoir enfilé des gilets de sauvetage et s'apprêter à monter dans les canots de sauvetage.

"Mickaël travaillait dans la sécurité, c'était un bon nageur. Mylène était également sportive. On ne comprend pas comment ils ont pu rester coincés. Ils ont peut-être voulu aider des gens...", imagine Alain Litzler, qui a "tenté de récupérer des témoignages" de passagers, "sans succès".

Les corps de Mylène et de Mickaël ont été retrouvés le 22 février, six semaines après le naufrage, au niveau du pont numéro 4, dans la partie immergée du navire. Deux autres victimes se trouvaient avec eux, dont la petite Dayana, cinq ans, dont la disparition avait ému l'Italie.

"A l'origine, les recherches devaient prendre fin le 31 janvier. Il a fallu qu'on se batte pour qu'elles continuent, et que les corps soient retrouvés", assure le quinquagénaire, qui s'est souvent senti "abandonné" par les autorités, "obligé d'agir seul".

Depuis le drame, Alain Litzler, qui vit avec son épouse Brigitte et leur fils handicapé dans un petit pavillon du centre de Sarcelles, n'a repris qu'à mi-temps le travail. Et tarde à reprendre pied dans "la vie normale", "marqué à jamais" par ce 13 janvier 2012.

"Avec mon épouse et avec les parents de Mickaël, on se serre les coudes. On a fait bloc à quatre. Mais c'est difficile de passer à autre chose", confie le père de Mylène, évoquant "le paquebot toujours en place" et "la procédure judiciaire qui n'en finit pas".

Dans le salon de la maison familiale, des photos de la jeune femme ornent les portes vitrées de la commode. "Cette semaine, elle aurait eu 24 ans", lâche M. Litzler, qui en veut "avant tout au commandant Schettino", responsable du navire.

"S'il avait fait son alerte en temps et en heure, beaucoup de vies auraient été épargnées", assure le père de Mylène, "choqué" par l'attitude du pilote. "Aujourd'hui, il fait son cinéma, il fanfaronne... C'est un manque de respect insupportable pour les victimes."

Le Concordia transportait 4.229 personnes, dont plus de 3.200 passagers, lorsqu'il s'est échoué près de l'île du Giglio, en Toscane. Trente deux personnes, dont six Français, ont trouvé la mort, trente corps ont été repêchés.

"Deux personnes gisent toujours dans la mer, il ne faut pas les oublier", dit Alain Litzler, qui se rendra samedi sur l'île de Giglio, en compagnie de son épouse et des parents de Mickaël pour assister à la cérémonie d'hommage aux victimes.

"Ce sera l'occasion de remercier les habitants pour leur hospitalité, car ce sont des gens formidables", assure M. Litzler. "Eux aussi en ont marre de voir le paquebot. Quand il partira, ce sera un vrai soulagement."

vab/ng/alc/ggy

(AFP)

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