Yémen : Les rebelles «regrettent» l’incendie ayant tué 44 migrants
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Yémen Les rebelles «regrettent» l’incendie ayant tué 44 migrants

Les rebelles houthis ont exprimé leur «profond regret» après l’incendie d’un centre de migrants à Sanaa, qu’ils sont accusés d’avoir provoqué.

La capitale yéménite, Sanaa, est aux mains des rebelles houthis. Sur cette photo, la fumée monte à la suite d'une frappe aérienne signalée par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, le 7 mars 2021. 

La capitale yéménite, Sanaa, est aux mains des rebelles houthis. Sur cette photo, la fumée monte à la suite d'une frappe aérienne signalée par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, le 7 mars 2021.

AFP

44 morts et 193 blessés : les rebelles houthis du Yémen ont exprimé leur «profond regret» après l’incendie d’un centre de migrants à Sanaa qu’ils sont accusés d’avoir provoqué, a annoncé mercredi leur ministre adjoint des Affaires étrangères.

«Nous exprimons notre profond regret concernant l’accident survenu au centre de détention de migrants à Sanaa», a déclaré Hussein Al-Azi, selon la chaîne Al-Masirah appartenant aux rebelles, précisant qu’une enquête avait été ouverte sur ce drame survenu le 7 mars.

Ces déclarations interviennent au lendemain des accusations de l’ONG Human Rights Watch (HRW) qui a révélé que des agents des Houthis avaient lancé des «projectiles non identifiés» sur le centre de rétention, déclenchant l’incendie. L’ONU a ensuite réclamé une «enquête indépendante».

«J’étais terrifié. Les gens toussaient, le matelas et les couvertures ont pris feu. Les gens ont été «rôtis» vivants. J’ai dû marcher sur des cadavres pour m’échapper», a raconté un migrant de 20 ans à HRW. Une vidéo obtenue auprès d’un témoin et vérifiée par l’AFP montre des dizaines de corps calcinés gisant les uns sur les autres dans un local sombre et délabré, et sur laquelle on peut entendre des cris et des pleurs de survivants.

«Enquête indépendante»

Le centre abritait des migrants, essentiellement éthiopiens, dans la capitale Sanaa qui est aux mains des rebelles Houthis comme la majeure partie du nord du Yémen.

L’incident s’est produit alors que les surveillants du centre tentaient d’arrêter une mobilisation des migrants contre leurs conditions de détention.

Les Houthis avaient dénoncé «l’exagération des chiffres et l’instrumentalisation politique» du drame. Les bilans de plusieurs ONG faisaient alors état de 40 à 60 morts et de plus de 170 blessés.

Malgré la guerre qui dévaste le Yémen, le pays reste un lieu de transit pour les migrants de la Corne de l’Afrique désireux de se rendre dans les riches pays du Golfe voisins. Martin Griffiths, émissaire de l’ONU pour le Yémen, a plaidé mardi devant le Conseil de sécurité pour «une enquête indépendante» sur les causes de cet «incendie horrible et extraordinaire». Les Houthis n’ont pas précisé la nature de l’enquête qui sera menée.

Les rebelles sont régulièrement accusés d’entraver le travail des ONG et du personnel humanitaire sur le terrain, où la population dépend très largement de l’aide internationale en raison de la guerre.

«Vous allez combattre avec nous»

Le conflit au Yémen oppose les Houthis, soutenus par l’Iran, aux forces loyales au gouvernement qui est appuyé par l’Arabie saoudite voisine depuis 2015. Comme le reste de la population yéménite, les migrants subissent de plein fouet ce que l’ONU a qualifié de pire crise humanitaire actuellement au monde.

Les infrastructures déjà fragiles se sont effondrées, les épidémies prolifèrent notamment dans les camps de déplacés et le pays se rapproche plus que jamais d’une famine à grande échelle.

L’Organisation internationale pour les migrations avait demandé la semaine dernière un «accès humanitaire urgent» auprès des migrants. Selon HRW, des hôpitaux de Sanaa sont étroitement gardés par les Houthis, compliquant l’accès du personnel humanitaire aux blessés.

Quelque 140 Ethiopiens ont pu être rapatriés par un vol humanitaire depuis Aden, capitale provisoire contrôlée par le gouvernement yéménite.

A Aden, une trentaine de migrants éthiopiens ont manifesté mardi devant les locaux d’organisations internationales pour exprimer leur colère après l’incendie meurtrier.

Témoin du drame à Sanaa, l’un d’eux, Osmane, raconte qu’ils avaient «fait la grève de la faim pour réclamer leur libération ou leur rapatriement». Selon lui, les Houthis leur ont dit: «On va vous faire manger de force et vous allez combattre avec nous au front».

(AFP)

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