Tabou: «Les règles menstruelles ne sont ni sales ni honteuses»
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Tabou«Les règles menstruelles ne sont ni sales ni honteuses»

La députée bernoise Maurane Riesen réclame des distributeurs de tampons dans les écoles. C'est non au niveau cantonal, mais des communes la suivent.

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lematin.ch
La politicienne de Moutier Maurane Riesen (PSA) réclame des distributeurs de tampons hygiéniques dans les écoles.

La politicienne de Moutier Maurane Riesen (PSA) réclame des distributeurs de tampons hygiéniques dans les écoles.

lematin.ch/Sébastien Anex

Les tampons et les serviettes hygiéniques sont des produits de première nécessité à fournir gratuitement dans les écoles, au même titre le papier de toilettes. Cette motion de la députée bernoise Maurane Riesen n'a pas été acceptée, pas même sous la forme moins contraignante d'un postulat. «Les règles menstruelles ne sont ni sales, ni honteuses», insiste cette militante du Parti socialiste autonome (PSA).

Dans la foulée de son intervention parlementaire, Tavannes a décidé d'installer des distributeur dans ses collèges. L'idée fait son chemin dans d'autres villes, comme Moutier et Bienne. Entretien avec une étoile montante de la politique.

Quand on vous dit «T'as tes ragnagna ou bien?», ça vous agace?

«On le dit souvent sur un ton négatif, en cherchant à décrédibiliser une femme en raison de comportement. Tout dépend du contexte, il s'agit surtout de briser le tabou qui entoure les règles».

Quel tabou?

«Les femmes qui vont aux toilettes cachent souvent leur truc dans la main, alors que le cycle menstruelle est totalement naturel».

Préférez-vous qu'on dise que les Anglais débarquent ou que la Ferrari est devant la maison?

«Nul besoin d'utiliser d'allégories pour dire qu'on a nos règles!».

Quelle expression utilisez-vous?

«Que j'ai mes «trucs», ce qui n'est pas cohérent avec mon message (rire)...».

Un vocabulaire qui vient de loin?

«Même si je cherche à faire avancer les choses, je cache encore mon tampon dans ma main, parce que le montrer n'est pas communément admis. Le fait d'en parler en politique participe à briser un tabou».

L'exemple vient d'où?

«Pour la gratuité dans les écoles? D'Écosse, mais aussi d'Angleterre, du Canada et de Nouvelle-Zélande. Dans le film «Moi, Daniel Blake» de Ken Loach, on voit une femme se faire prendre en flagrant délit de vol de serviettes hygiéniques. Cette scène hyper triste a marqué les gens».

Tandis qu'en Suisse, la TVA pour un tampon hygiénique est fixée à...

«...8%, un taux qui sera abaissé. Mais pour l'heure, un tampon est considéré comme un produit de luxe».

Pourquoi la gratuité pour les écolières et les étudiantes?

«À l'école, il faut réduire au manximum les inégalités. Un tampon ne coûte pas grand chose, mais qu'une fille ne puisse pas aller à l'école à cause de ça, ça ne doit pas arriver. Des filles qui rentrent à la maison parce qu'elles ont taché leur pantalon, c'est arrivé à Tavannes, comme partout ailleurs».

Vous comparez un tampon hygiénique à du papier toilettes...

«Ce sont deux biens de première nécessité. Il y a urgence! Quand on se blesse, on a du sparadrap, quand on a soif, il y a de l'eau».

Pourquoi est-ce si important?

«Si une fille se tache, elle peut être mobbée. C'est très traumatisant. En étant jeune, on nous fait penser que c'est honteux. Toutes les filles ont un jour demandé à leur copine si elle n'avaient pas de trace, comme si c'était le pire truc du monde».

Comment ce discours est-il perçu par les enseignants?

«On m'a dit que des filles se serviraient au distributeur pour prendre les tampons à la maison, comme si elles le faisaient avec le savon ou le papier toilettes...».

Votre démarche est-elle soutenue par toutes les femmes?

«Beaucoup, mais pas toutes... Quelques femmes enfermées dans leur schéma disent qu'il ne faut pas trop en parler, alors que ce n'est pas honteux, ce n'est pas sale! On me dit qu'un enseignante en garde dans une boîte, mais elle n'a pas à les payer de sa poche: il existe de meilleurs systèmes».

Des distributeurs dans les établissement publics?

«Les toilettes en Suisse sont un lieu propre et hygiénique, dont on est fier en arrivant à l'aéroport. Je ne vois pas pourquoi on installe des diffuseurs de parfums et pas des distributeurs de tampons. Les décideurs sont souvent des hommes».

L'hygiène liée à la Covid-19 est-elle votre alliée?

«On met du désinfectant à disposition pour se laver les mains, on réclame des masques gratuits, mais on ne distribue pas de tampons hygiéniques, alors qu'il 'agit aussi de santé publique».

Vincent Donzé

De qui on parle

«Je m’appelle Maurane Riesen, j’ai 29 ans et suis élue au Grand Conseil (le parlement) et au Conseil du Jura bernois (l’assemblée élue pour le Jura bernois). J’ai grandi à Sonceboz, dans le Jura bernois, et suis citoyenne de Moutier. Je partage ma vie entre le Jura bernois et la ville de Berne, où, après avoir terminé mon doctorat en épidémiologie à l’Institut de médecine sociale et préventive (ISPM) de l’Université de Berne, je travaille actuellement à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). J’ai commencé la politique en 2012, en m’engageant au sein du Mouvement universitaire jurassien, dans le cadre de la campagne sur la votation du 24 novembre 2013, qui demandait aux citoyens du canton du Jura et du Jura bernois s’ils voulaient envisager de créer un nouveau canton ensemble. J’étais pour, malheureusement la population du Jura bernois s’y est opposée. Suite à cela, je me suis portée candidate en 2014 au Conseil du Jura bernois (CJB), sur la liste du Parti socialiste autonome. J’ai eu la grande opportunité d’être élue dans cette assemblée à seulement 23 ans! En 2016, j’ai eu l’immense honneur d’être nommée présidente du CJB».

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