03.03.2016 à 16:21

IrlandeLes résultats définitifs confirment l'impasse

Aucun des deux partis n'a obtenu suffisamment de voix pour prétendre gouverner.

La coalition au pouvoir est arrivée en tête.

La coalition au pouvoir est arrivée en tête.

Keystone

Les résultats définitifs des législatives irlandaises publiés jeudi confirment une dispersion des voix et une impasse politique, aucun des deux grands partis du pays n'étant à même de pouvoir prétendre gouverner.

Selon ces résultats attendus depuis la clôture des bureaux de vote vendredi soir, la coalition au pouvoir arrive en tête, mais sans conserver sa majorité au parlement. Le Fine Gael (centre-droit) du Premier ministre Enda Kenny obtient 50 des 158 sièges, contre 76 lors du précédent scrutin en 2011. Son allié travailliste a davantage souffert et s'effondre en passant de 37 députés à sept.

Même en cumulant leurs scores, les deux partis restent donc bien en deçà des 80 députés nécessaires pour atteindre la majorité absolue et pouvoir former un gouvernement stable.

Politique d'austérité désavouée

Ce résultat constitue un désaveu pour la coalition dirigée depuis 2011 par M. Kenny, qui paie le prix de sa politique d'austérité. Au cours de la campagne, nombre d'Irlandais ont exprimé leur lassitude ne pas ressentir les effets de la reprise économique, qui s'est traduite par une croissance de 7% en 2015 et un chômage retombé à 9%.

Le Fianna Fail (centre-droit), l'autre grand parti du pays, arrive deuxième avec 44 sièges, contre vingt en 2011. Le Sinn Fein (gauche nationaliste), ex-vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), progresse également nettement et devient la troisième force au Parlement avec 23 sièges ( 9).

S'il confirme son ancrage dans le paysage politique irlandais, ce score est toutefois moins élevé que ce qu'espérait le Sinn Fein, concurrencé lui aussi par de petits partis anti-austérité et les candidats indépendants. Ces derniers obtiennent 17 sièges.

Longues tractations

L'absence de vainqueur net plonge le pays dans le flou et ouvre la voie à des tractations en vue de la formation d'un gouvernement, qui pourraient s'éterniser. Fine Gael et Fianna Fail devaient se réunir jeudi chacun de leur côté pour envisager l'avenir. Ils ont jusqu'à la réunion du nouveau Dail (Parlement) le 10 mars pour proposer une solution.

«Il est difficile de prédire ce qui va arriver à ce stade, mais cela va prendre du temps», a déclaré à l'AFP le professeur David Farrell de l'University College de Dublin, tablant sur une «longue période d'incertitude».

Alliance possible

Enda Kenny a déjà déclaré qu'il parlerait à tous les partis, y compris le Fianna Fail, pour tenter de former un gouvernement. Les analystes estiment que l'un des scénarios possibles est une alliance entre les deux ennemis héréditaires, qui se succèdent au pouvoir depuis 1932.

Mais ce serait trahir leurs promesses de campagne de ne pas gouverner ensemble. Cela pourrait fortement déplaire à leurs bases militantes, qui malgré la proximité des programmes des deux partis, continuent d'entretenir un ressentiment lié à leur histoire. Ils sont en effet l'émanation de deux camps opposés de la guerre civile irlandaise (1922-23).

Possible retour aux urnes

En outre, le Fianna Fail sera sans doute réticent à entrer dans un gouvernement comme partenaire minoritaire. Les derniers scrutins en Europe ont en effet montré que cette position est celle qui coûte le plus de voix en cas de non-succès, comme l'ont montré les échecs du Parti libéral (FDP) en Allemagne, des Libéraux-démocrates au Royaume-Uni ou du Labour en Irlande.

La solution pourrait donc être un gouvernement de minorité du Fine Gael soutenu ponctuellement par le Fianna Fail. Ou bien la tenue de nouvelles élections. Un scénario qui guette l'Espagne qui n'a pas réussi mercredi à former un gouvernement plus de dix semaines après les législatives, faute de vainqueur net.

(ats/afp)

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