Morale: Les Russes priées de se rhabiller

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MoraleLes Russes priées de se rhabiller

L'Eglise orthodoxe promeut un «code vestimentaire» pour les femmes pratiquantes. Boutiques et créateurs s'engouffrent dans ce créneau prometteur.

par
Nathalie Ouvaroff
Moscou
dr

Partisan du retour aux valeurs traditionnelles de la Russie en opposition avec l'Occident décadent, Vladimir Poutine qui veut reconstruire la société russe s'appuie ouvertement sur l'Eglise orthodoxe. Cette dernière, forte de ses relations étroites avec le chef de l'Etat, s'insinue peu à peu dans toutes les sphères de la vie sociale et privée, jusqu'à la garde-robe des croyants.

«L'indécence vestimentaire d'une partie des jeunes filles provoque des conflits interethniques, elle conduit au malheur, au divorce, à la solitude et à la folie», commente le Père Tchapline, ex-chef du Département des relations de l'Eglise orthodoxe russe avec la société, connu pour ses prises de positions contre le «libéralisme occidental». Le prélat rappelle, un brin menaçant: «L'Empire romain s'est effondré précisément au moment ou le corps féminin dénudé est apparu…»

Chez «La Jeune Chrétienne»

A Moscou, près de la station de métro Kitaï Gorod, à quelques encablures de la place Rouge, «La Jeune Chrétienne» est un magasin pas tout à fait comme les autres. Cette enseigne créée par deux jeunes femmes a débuté par la vente en ligne et s'est spécialisée dans les vêtements pour les femmes de la classe moyenne à la fois actives et pratiquantes qui veulent concilier travail, vie familiale et religion sans toutefois sombrer dans le fanatisme ou ressembler à des épouvantails. «Nous habillons des femmes jeunes, nos clientes ont entre 25 et 35 ans, mais nous avons également des retraitées, elles vont à l'église y compris les jours ouvrables, observent le carême et les Fêtes», explique Eugenia Karousina, l'une des directrices de la boutique, qui ajoute: «C'est leur foi qui dicte leur choix vestimentaire.»

Robes longues et jupons

Chez La Jeune Chrétienne, minijupes et pantalons même larges comme les portent les musulmanes sont complètement bannis car contraires aux canons et à la tradition. Par contre, on trouve de très nombreuses robes, amples, et pour la plupart à la cheville, avec un décolleté sage, les épaules couvertes et bien entendu des manches. Les prix varient entre 70 et 100 francs.

Dans la collection d'été, beaucoup d'imprimés fleuris et quelques modèles avec des dessins géométriques. Le magasin propose également un grand assortiment de foulards de toutes les couleurs pour porter à l'église ou même dans la rue afin de se protéger du froid et du vent, des jupons pour mettre sous les robes transparentes et même des maillots de bain une pièce assortis d'une petite jupette comme celles que portaient les femmes au début du siècle dernier.

Non content d'imposer à ses ouailles un code vestimentaire, le patriarcat de Moscou projette maintenant de gérer ses économies, en créant un système financier orthodoxe qui ne soit pas basé sur l'intérêt assimilé à l'usure.

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