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EmploiLes salaires auront été en point de mire en 2013

Dans un pays où les employés rechignent à avouer leurs revenus, les salaires auront été l'an dernier en point de mire en Suisse, avec les votes populaires sur les rémunérations abusives puis sur l'initiative 1:12.

Le peuple devra se prononcer, probablement dans le courant de l'année, sur la proposition de l'Union syndicale suisse (USS) pour un salaire minimum à 4000 francs.

Le peuple devra se prononcer, probablement dans le courant de l'année, sur la proposition de l'Union syndicale suisse (USS) pour un salaire minimum à 4000 francs.

Photo d'illustration, Keystone

En février dernier, le parachute doré de 72 millions de francs destiné au président sortant de Novartis, Daniel Vasella, suscite un tollé. En y renonçant sous la pression, le grand patron provoque l'effet d'une bombe à la veille de la votation fédérale sur l'initiative contre les salaires abusifs. Le texte du conseiller aux Etats schaffhousois indépendant Thomas Minder, qui vise l'interdiction des indemnités de départ et d'engagement, est accepté le 3 mars par 67,9% des voix.

Le 24 novembre, l'initiative populaire «pour des salaires équitables», dite 1:12, de la Jeunesse socialiste, récolte en revanche 65,3% de «non». Les Suisses ne sont pas disposés à limiter la liberté d«entreprise en exigeant que, dans une firme, le revenu le plus élevé ne dépasse pas de plus de douze fois le plus modeste.

Faible progression réelle

Entre-temps, l'année 2013 se sera aussi distinguée par une stagnation des salaires nominaux dans la plupart des secteurs, analyse Yves Flückiger, professeur en économie du travail à l'Université de Genève. A l'exception, d'une part, des branches de la santé et des services administratifs, et, d'autre part, de l'industrie pharmaceutique et chimique, qui a bénéficié d'excellentes performances à l'exportation, nuance-t-il.

Sur l'année écoulée, la hausse nominale atteint 0,7%, estime l'économiste, c'est-à-dire la plus faible progression depuis 2008, après 0,8% en 2012 et 1% en 2011. Compte tenu du renchérissement négatif de -0,2% pronostiqué par la Banque nationale suisse (BNS), les salaires réels se sont donc rehaussés de 0,9% en 2013.

Les entreprises déclarent quant à elles avoir relevé l'an passé les rémunérations de 0,9% en moyenne, selon la dernière enquête UBS, soit une augmentation réelle de 1,1%. Le centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich table, lui, sur une hausse nominale de seulement 0,5% et une inflation négative de même ampleur, ce qui au final donne une progression réelle de 1% sur l'année.

Là encore, l'accroissement réel a été nettement plus faible qu«en 2012, où le niveau général des prix avait chuté de 1,1%, rappelle Yves Flückiger. Si la consommation a encore soutenu l'économie l'an passé, la hausse du côté des dépenses obligatoires, notamment des primes de l'assurance-maladie, a pesé sur le pouvoir d'achat des ménages.

Des augmentations de salaires ont certes été accordées, mais, dans les deux tiers des cas, à titre individuel, une tendance systématique en période de conjoncture incertaine, relève le professeur. Des contre-exemples existent aussi, à l'instar de la compagnie aérienne Swiss, dont la direction et les cadres supérieurs ont vu, l'été dernier, leur paie réduite temporairement de 3% à 5%, prix du carburant et franc fort obligent.

Pas de compensation en 2014

Cette évolution générale en demi-teinte découle des incertitudes conjoncturelles qui ont pesé sur l'Europe, explique Yves Flückiger, qui prévoit une meilleure cuvée 2014 pour les salariés en Suisse. Pour le KOF, le renchérissement négatif de 2012 puis de 2013 n'entraînera aucune compensation cette année et les employés gagneront en moyenne 0,9% de plus en termes nominaux, mais 0,4% en termes réels.

Néanmoins, le peuple helvétique devra se prononcer, probablement dans le courant de l'année, sur la proposition de l'Union syndicale suisse (USS) pour un salaire minimum à 4000 francs. Celle-ci ne va pas manquer d«influencer le climat des négociations salariales, et inciter les partenaires à s«entendre, présage Yves Flückiger.

Ainsi, en fixant en octobre dernier un salaire minimum à 4000 francs, le discounter allemand Lidl a lancé un signal fort. Et, selon le projet de loi présenté en novembre, Neuchâtel pourrait être le premier canton à introduire dès 2015 un plancher de 20 francs par heure, soit 3640 francs par mois pour 42 heures hebdomadaires, après l'échec des tentatives genevoise et vaudoise.

(ats)

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