19.10.2018 à 20:55

Les scientifiques se déchirent autour de bébés malformés

France

Un institut spécialisé a relevé un taux supérieur de malformations congénitales dans certaines régions françaises. Des scientifiques lui ont retiré son financement.

Photo d'illustration.

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AFP

Des régions françaises où le taux de bébés né avec des malformations serait plus élevé que dans d'autres. C'est la scientifique Emmanuelle Amar, qui dirige le Remera, le plus ancien des six registres des malformations congénitales de France, basé à Lyon, qui a donné l'alerte.

Si elle a reçu le soutien de deux ex-ministres de l'Ecologie, Delphine Batho et Corinne Lepage ainsi que de l'eurodéputée écologiste Michèle Rivasi jeudi lors d'une conférence de presse à Paris, qui la qualifie de «lanceuse d'alerte», elle a de puissants détracteurs également. C'est le cas de l'épidémiologiste Ségolène Aymé, directrice de recherche émérite à l'Inserm, qui fustige carrément les «mensonges» et «l'attitude irresponsable» de Emmanuelle Amar.

Des attaques que l'intéressée juge «calomnieuses». Emmanuelle Amar dirige le Remera fondé en 1973 après le scandale du thalidomide, anti-nauséeux qui avait fait naître des milliers d'enfants sans bras entre 1957 et 1962. Le registre a notamment aidé à montrer les conséquences de la prise de l'antiépileptique Dépakine pendant la grossesse.

En Bretagne et en Loire-Atlantique

Cet été, il a révélé que plusieurs bébés sont nés ces dernières années sans mains, bras ou avant-bras dans un périmètre restreint de l'Ain (7 naissances entre 2009 et 2014). Deux autres groupes de cas ont été observés, en Loire-Atlantique (3 entre 2007 et 2008) et en Bretagne (4 entre 2011 et 2013).

Après enquête, l'agence sanitaire Santé publique France a conclu début octobre que le nombre de cas de l'Ain n'était pas statistiquement supérieur à la moyenne nationale. A l'inverse, il y a bien, selon elle, un excès de cas en Loire-Atlantique et en Bretagne, mais qui restent sans explication.

Le Remera est en danger car il s'est vu retirer deux financements majeurs, dont celui de l'Inserm. Il ne lui reste plus que les fonds de Santé publique France et de l'Agence du médicament (ANSM), soit 115'000 euros par an alors qu'il en faudrait 250'000, selon sa directrice qui sera auditionnée mardi à l'Assemblée nationale. Emmanuelle Amar peut toutefois compter sur le soutien du conseil scientifique du Remera, qui a dénoncé dans un communiqué des «attaques odieuses». «C'est quelqu'un de brillant, qui a du courage et de l'obstination», déclare Elisabeth Gnansia, présidente du conseil scientifique et ancienne directrice du Remera.

(AFP)

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