27.04.2018 à 07:06

SociétéLes seniors trop attachés à leur robot?

Alors que des chiens et chats artificiels débarquent en EMS, des spécialistes s’inquiètent du rôle grandissant des robots auprès des seniors.

par
Pascale Bieri
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Nao, un de ces petits robots ludiques qui mettent tous les retraités dans leur poche.

Nao, un de ces petits robots ludiques qui mettent tous les retraités dans leur poche.

BSIP/Getty Images
Elle danse, anime des discussions, donne des leçons de gym. Ce petit robot au féminin est un véritable G.O. que l'on retrouve dans plusieurs EMS romands. Et les aînés l'adorent. Serge Tisseron, psychanalyste et membre de l'Académie française des technologies, explique que «certaines personnes âgées sont plus disposées à suivre les consignes d'un robot que celles d'un humain, car elles n'ont pas l'impression qu'on va les juger». Il constate également que ces machines souvent ludiques ont pour autre particularité d'inciter à la confidence.

Elle danse, anime des discussions, donne des leçons de gym. Ce petit robot au féminin est un véritable G.O. que l'on retrouve dans plusieurs EMS romands. Et les aînés l'adorent. Serge Tisseron, psychanalyste et membre de l'Académie française des technologies, explique que «certaines personnes âgées sont plus disposées à suivre les consignes d'un robot que celles d'un humain, car elles n'ont pas l'impression qu'on va les juger». Il constate également que ces machines souvent ludiques ont pour autre particularité d'inciter à la confidence.

Patrick Martin
Ce robot sous forme d'irrésistible bébé phoque aide à combler les besoins affectifs des personnes âgées. Doté de multiples capteurs, il interagit quand on lui parle ou qu'on le caresse et suscite d'immédiates réactions de sympathie. La maison de retraite de Val Fleury, à Genève, est la première à l'avoir «adopté» en Suisse romande, et on le retrouve aujourd'hui dans de nombreux EMS, où il se montre effectivement très efficace pour sortir les patients de leur isolement, et apaise comme pourrait le faire un animal domestique. Les contraintes en moins.

Ce robot sous forme d'irrésistible bébé phoque aide à combler les besoins affectifs des personnes âgées. Doté de multiples capteurs, il interagit quand on lui parle ou qu'on le caresse et suscite d'immédiates réactions de sympathie. La maison de retraite de Val Fleury, à Genève, est la première à l'avoir «adopté» en Suisse romande, et on le retrouve aujourd'hui dans de nombreux EMS, où il se montre effectivement très efficace pour sortir les patients de leur isolement, et apaise comme pourrait le faire un animal domestique. Les contraintes en moins.

Kim Kyung Hoon/Reuters

Votre grand-mère converse avec un robot à l’EMS ou cajole un bébé phoque, qui en réalité n’est qu’une machine interactive… Étonnant? Inquiétant? Triste? Une chose est sûre, ces êtres factices – au pouvoir très attachant – s’imposent de plus en plus aux côtés des soignants, et ils ne sauraient tarder à envahir le domicile des seniors, tant pour les assister que pour leur tenir compagnie. Face à cette révolution, entre maintien d’un lien social et déshumanisation, des experts lancent le débat et réclament des garde-fous. Parmi eux, Jean-Christophe Bétrisey, psychanalyste genevois, spécialiste du 3e âge.

On voit de plus en plus d’aînés s’attacher à un robot, même s’ils sont conscients qu’il s’agit d’une machine, étonnant, non?

C’est ça le problème. Les robots déclenchent un mécanisme d’attachement, en mimant la réciprocité qu’on peut avoir avec un être vivant. Or, on a tous besoin de s’attacher, et les personnes âgées comme les enfants le font de manière naturelle.

Mais finalement, en quoi est-ce un problème?

Sur le plan éthique, on peut parler de dérive. Certains vont jusqu’à préférer un robot à un être humain, car il incarne une relation idéale: le robot ne vous juge pas, il est toujours à l’écoute, disponible, ne vous contredit pas, il est parfait. Mais ça reste un tonneau sur roulettes, tout est factice.

Cela étant, les retraités sont aussi de plus en plus seuls et un robot est un moyen de sortir de l’isolement…

Effectivement, dans un certain sens. Mais il faudrait qu’ils arrêtent leur robot à certains moments – ou faire en sorte qu’il s’arrête – afin de bien garder à l’esprit que ce n’est qu’une machine. Car le risque, c’est que ce robot merveilleux ne les isole davantage. Qu’ils n’aient plus du tout envie d’interagir avec des humains, car ces derniers ne sont pas aussi idéaux que leur robot. Or, la formidable qualité de l’être humain, c’est justement d’être imprévisible, de nous confronter à d’autres visions que la nôtre. C’est ça la vie!

Reste que les robots peuvent se transformer en de précieux assistants…

Je ne rejette pas tout en bloc. La population vieillit, par conséquent, les robots seront effectivement de plus en plus présents et utiles dans la prise en charge des personnes âgées. On voit par exemple les très belles expériences qui sont faites avec le phoque Paro pour rentrer en contact avec des personnes atteintes de démence. Mais les machines ne devraient en aucun cas remplacer le personnel soignant ou la famille. Il faut qu’elles restent complémentaires. On est face à un large débat de société, où il faudrait instaurer des garde-fous.

Lesquels en priorité?

Il y a toute la question des données. Les robots peuvent recevoir des confidences très intimes. Il faudra donc pouvoir s’assurer de leur discrétion. Il y a de gros risques de manipulations avec les informations qui peuvent être récupérées, comme on le voit déjà avec les objets connectés, que ce soit au niveau commercial, médical ou tout simplement avec la famille. Tout cela devrait être réglementé.

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