Actualisé 23.03.2012 à 13:41

Arrestation de MerahLes services secrets ne «pouvaient pas aller plus vite»

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) s'est défendue vendredi après les critiques d'une partie de la classe politique dans son traitement de l'affaire Merah.

La DCRI avait surveillé le tueur au scooter après ses séjours de 2010 et 2011 en Afghanistan et au Pakistan.

La DCRI avait surveillé le tueur au scooter après ses séjours de 2010 et 2011 en Afghanistan et au Pakistan.

AFP

Le directeur central du renseignement intérieur (DCRI) Bernard Squarcini a affirmé vendredi au journal Le Monde qu'il était «impossible d'aller plus vite» pour arrêter Mohamed Merah à Toulouse.

«Faille» dans le travail de la DCRI?

«Nous nous posons forcément la question: est-ce qu'on aurait pu faire différemment? Est-ce qu'on a raté quelque chose? Est-ce qu'on a été assez vite? Mais il était impossible de dire dimanche soir: +C'est Merah, il faut aller l'attraper+. Merah »n'avait d'ailleurs pas prévu d'attaquer l'école juive lundi matin. Selon ses déclarations lors du siège par le Raid, il voulait tuer un autre militaire, mais il est arrivé trop tard. Et comme il connaît bien le quartier, il a improvisé et a attaqué le collège-lycée Ozar-Hatorah« (...) Nous sommes soulagés de l'avoir trouvé. Malheureusement, il y a eu des victimes innocentes, mais il y aurait pu en avoir plus. Nous ne pouvions pas aller plus vite. Nous aurions bien aimé».

Voyage en Afghanistan en novembre 2010

«Il se rend en Afghanistan en passant par le Tadjikistan. Il prend des parcours qui sont inhabituels et n'apparaît pas sur nos radars, ni sur ceux des services extérieurs français, américains et locaux. Il arrive le 13 novembre à Kaboul». Il fait l'objet d'un «simple contrôle routier à Kandahar, en novembre 2010, par la police afghane. Ils le remettent aux Américains qui l'ont forcé à remonter dans l'avion pour rentrer à Kaboul. La direction de la sécurité et de la protection de la défense (DPSD), un des services de renseignement des armées, nous a signalé l'incident». A son retour d'Afghanistan, «nous faisons une enquête pour voir ce qu'il vaut. Mais il n'y a rien. Pas d'activisme idéologique, pas de fréquentation de la mosquée».

Voyage au Waziristan, dans les zones tribales du Pakistan, en 2011

Merah «n'est resté que deux mois au Pakistan (...) Il dit alors que c'était pour chercher une épouse. Lors du siège par le Raid, il nous a dit qu'il était allé au Waziristan et qu'il y avait encore là-bas d'autres Français comme lui. Mais à l'époque, ni les services pakistanais, ni les Américains, ni la DGSE ne nous ont alertés». «Il a déclaré au Raid qu'il avait bénéficié d'un entraînement particulier au Waziristan par une seule personne. Et pas dans les centres de formation, où il aurait pu se faire repérer puisqu'il parlait français». Merah a été convoqué en novembre 2011 par la direction régionale du renseignement intérieur (DRRI) de Toulouse «parce que nous voulons recueillir des explications sur son voyage en Afghanistan. C'est un entretien administratif sans contrainte, puisque nous n'étions pas dans un cadre judiciaire (...) Des dispositions ont été prises, la DCRI l'a notamment inscrit au fichier des personnes recherchées pour être informé en cas de contrôle et de déplacements».

Le dialogue de Merah avec le Raid

Merah «a souhaité parler avec le policier de la DRRI de Toulouse qui l'avait rencontré en novembre 2011». «Il est intervenu au cours des négociations. Mohamed Merah semblait avoir un rapport de confiance avec lui. Il s'est confié, il a coopéré. Il nous a dit où était le scooter ou les deux voitures. Le courant passait bien. Non sans cynisme. Il a même dit à ce policier: «De toute façon, je devais t'appeler pour te dire que j'avais des tuyaux à te donner, mais en fait, j'allais te fumer». C'est un Janus, quelqu'un qui a une double face».

Personnalité et profil de Merah

«Il faut remonter à la cassure de son enfance et à ses troubles psychiatriques. Pour avoir fait ce qu'il a fait, cela relève davantage d'un problème médical et de fanatisme que d'un simple parcours jihadiste. Selon le policier de la DRRI, c'est sa deuxième personnalité qui a parlé, mercredi. Il lui a raconté la deuxième tranche de vie qu'il n'a pas voulu lui évoquer en novembre» 2011 (...) «C'est quelque chose d'atypique, d'irrationnel et de violent. Mohamed Merah, c'est quelqu'un qui a un comportement violent dès sa petite enfance, qu'on ne peut rattacher à aucune typologie».

(AFP)

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