22.11.2020 à 22:01

MotocyclismeLes soleils et les nuages de la saison 2020

Qui mérite trois soleils pour une saison parfaite? Qui n’échappe pas à trois nuages de plus en plus noirs, après un exercice 2020 raté? Voici notre bilan d’une saison hors-normes.

von
Jean-Claude Schertenleib

Trois soleils: KTM

En 2016, lorsque Stefan Pierer, le CEO du groupe «mobility KTM», annonce que sa marque va s’engager en MotoGP, qu’elle entend y jouer un rôle aussi important – donc victorieux – que dans les disciplines qu’elle domine (le rallye-raid, le motocross) et qu’elle se donne cinq ans pour triompher, de nombreux observateurs sourient.

Raillent bientôt l’arrogance autrichienne et rappellent qu’il ne faut pas croire qu’une marque qui est essentiellement connue pour ses activités dans le terrain va réussir en si peu de temps de maîtriser les circuits les plus beaux du monde. Dans un délai de cinq ans? Pensez-donc! Et ces censeurs-là ont raison: ce n’est pas en cinq ans que KTM a atteint son but, c’est en quatre!

En confiant les responsabilités de son projet MotoGP non seulement à des ingénieurs de grand talent, mais aussi à des gens qui ont la course dans le sang, comme Pit Beirer et Mike Leitner, en s’appuyant sur son poids industriel et économique, en confiant le développement en piste de la RC16 à des pilotes qui pensent plus à leur mission qu’à leur propre gloriole, KTM va écrire une jolie page de son histoire dès le 9 août 2020, sur le circuit de Brno (victoire d’un rookie de la catégorie, Brad Binder).

Le pilote KTM Miguel Oliveira et son mécanicien en chef Guy Coulon fêtent sur le podium après la victoire au Grand Prix du Portugal.

Le pilote KTM Miguel Oliveira et son mécanicien en chef Guy Coulon fêtent sur le podium après la victoire au Grand Prix du Portugal.

KEYSTONE

Elle va la renforcer deux semaines plus tard sur ses propres terres du Red Bull Ring (succès de Miguel Oliveira), avant de poser la cerise sur le gâteau lors de la finale de ce championnat particulier, via la démonstration totale de ce même Oliveira, lors de «son» GP du Portugal. En 2021, le titre est à la portée des «orange».

Deux soleils: le team Suzuki Ecstar MotoGP

Davide Brivio, un homme de terrain à la tête du team Suzuki Ecstar MotoGP.

Une philosophie saine – «nous formons une équipe de gens heureux» -, des choix techniques qui privilégient une certaine simplicité (notamment face à la recherche permanente mais souvent trop théorique de solutions révolutionnaires, à l’image de ce qui s’est fait chez Ducati), une direction confiée à un homme de terrain (Davide Brivio) et pas à des politiciens de la course qui ont le rare talent de pouvoir vous mentir en vous regardant dans les yeux: le succès de Suzuki, pour qui Joan Mir a offert un titre mondial que la marque de Hamamatsu attendait depuis vingt ans, c’est celui d’un certain esprit.

Et le fait que les «bleu» ont totalement raté la finale du championnat, au Portugal ce dimanche, ne change rien à l’affaire.

Un soleil: Franco Morbidelli

Franco Morbidelli du Petronas Yamaha SRT Team durant les qualifications du Grand Prix du Portugal .

Franco Morbidelli du Petronas Yamaha SRT Team durant les qualifications du Grand Prix du Portugal .

KEYSTONE

Dans le quatuor de stars aligné cette saison par Yamaha – le plus grand de tous, Valentino Rossi; le champion de demain, Fabio Quartararo; celui qu’on avait alors engagé pour succéder à Jorge Lorenzo, Maverick Viñales -, l’Italo-Brésilien Franco Morbidelli n’était que le numéro 4.

Pensez-donc, l’an dernier, il avait été totalement mis sous l’éteignoir par le phénomène Quartararo, il n’y avait aucune raison de le placer à égalité (technique) avec ses trois collègues. Il a donc dû se «contenter» d’une Yamaha 2019 et il ne s’est pas plaint. Pas ouvertement, parce qu’il est beaucoup trop intelligent pour cela.

Non, il a travaillé, dans une entente parfaite avec son chef technicien Ramon Forcada, se découvrant lui-même – ce sont ses mots – des forces qu’il ne croyait pas posséder. Trois victoires, cinq podiums, une deuxième place finale au championnat, Morbidelli a fait mieux que Viñales (6e du championnat), Quartararo (8e) et que celui qu’il appelle son oncle, Valentino Rossi, 15e.

Un nuage: Marc Marquez

Team-manager du HRC, le service compétition de Honda, Alberto Puig est un homme complexe, dont on peine à savoir s’il pratique un humour au vingtième degré, ou s’il ne se rend pas compte que, parfois, il serait préférable de se taire.

Ainsi, très rapidement, il a voulu minimaliser tout ce que pourraient réussir ses concurrents en déclarant que le titre 2020, en raison de l’absence forcée de Marc Marquez, n’aurait pas une valeur réelle. C’est bien sûr faux puisque, malheureusement, la chute et la blessure sont des ingrédients qui font partie intégrante du sport motocycliste et que Marc Marquez, la valeur référence de ces dernières années, n’a pas été poussé par un adversaire dans le douloureux bac à sable de Jerez de la Frontera.

Il est néanmoins évident que, le numéro 1 désigné absent, tous les autres ont compris que c’était peut-être l’année ou jamais. Reste à savoir si cette situation a «boosté» les énergies positives ou n’a fait qu’augmenter la pression exercée sur tous ceux qui, soudainement, étaient devenus des prétendants.

Deux nuages: Yamaha

Sur les 14 courses MotoGP qui se sont tenues en 18 semaines, Yamaha en a gagné sept, contre trois à KTM, deux à Suzuki et deux à Ducati. Pourtant, que ce soit Valentino Rossi, Maverick Viñales ou Fabio Quartararo, les trois pilotes disposant de la M1 2020 ont tous les trois été incapables d’assurer la régularité nécessaire qui fait les champions du monde.

L’Italien  Valentino Rossi (à dr.)  et l’Espagnol Maverick Vinales ont manqué de régularité tout au long de cette saison 2020. 

L’Italien Valentino Rossi (à dr.) et l’Espagnol Maverick Vinales ont manqué de régularité tout au long de cette saison 2020.

KEYSTONE

L’affaire des moteurs fragiles de Jerez de la Frontera, l’utilisation de soupapes non homologuées d’un second fournisseur et certains mensonges ont fait que, au fil des courses, les questions sont devenues de plus en plus nombreuses. Que des pilotes de la trempe des trois stars déclarent à la veille d’un GP qu’ils n’ont aucune chance pour la victoire est pour le moins inhabituel.

Pour sortir de cette crise, quand bien même le développement sera encore figé ces prochains mois, le grand constructeur japonais va devoir réagir. Pas sûr que des têtes ne tombent pas!

Trois nuages: les Suisses en GP

Troisième de la Coupe F.I.M. de MotoE, remplaçant à quatre reprises chez NTS en Moto2, Dominique Aegerter a fait son job cette saison.

Pour le reste, c’est beaucoup plus décevant. Jesko Raffin ravagé par un virus avant même que le championnat ne se lance dans son rythme infernal, a disparu du paddock.

Jason Dupasquier qui a certes accumulé l’expérience nécessaire à tous les rookies, n’a jamais donné l’impression de passer un cap en termes de performances.

On attendait donc logiquement celui qui était, depuis 2003, une sorte d’assurances tous risques en matière d’exploits, Thomas Lüthi, pour prolonger la tradition de succès de la Suisse en GP, tradition née dans les années soixante avec l’inoubliable Luigi Taveri. C’est raté. Si l’on met entre parenthèses son aventure courte en MotoGP (2018), jamais Thomas Lüthi n’avait connu une telle succession de contre-performances.

«Nous répondrons à toutes les questions que les gens se posent l’an prochain sur la piste.»

Daniel-M. Epp, manager de Thomas Lüthi.

Six top 10 en 15 courses, 0 point lors des quatre dernières (une chute en Aragon, puis un 19e et deux 16e rangs ces trois dernières semaines), c’est bien sûr insuffisant pour un pilote de sa trempe. Deux scénarios, désormais, sont possibles: soit il a déjà fait la saison de trop et sa situation ne peut qu’empirer l’an prochain; soit l’ambiance délétère qui a régné dans son équipe cette année et l‘incapacité de celle-ci de trouver des solutions techniques explique cette longue crise. Daniel-M. Epp, le manager de Tom, le répète à l’envi: «Nous répondrons à toutes les questions que les gens se posent l’an prochain sur la piste.» On aimerait déjà y être...

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3 commentaires
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V8PHIL

23.11.2020 à 13:17

Très beau grand prix, tracé magnifique ! Vraiment content que ce GP ait été remporté par Oliveira sur ses terres !!! Avec le panache en plus, du début à la fin devant ! Superbe !!! Bravo à KTM également ✌✌✌✌ L'hiver va être long, vivement 2021 avec un vrai championnat🙏...

Clisson V

23.11.2020 à 13:11

Encore un article intéressant de JCS. Saison bizarre mais riche en suspens. Beaucoup de bons pilotes mais aucun ne sort vraiment du lot. On voyait Quartararo en un nouveau Marquez, bof... On attendait Dovi... mais ça ne marchait plus avec la Ducati... dommage. Tant mieux pour les KTM usine et Tech3. Bien joué M. Poncharal ! Et surtout bravo à Suzuki avec seulement 2 machines bien pilotées par Rins et Mir.

Anddré

23.11.2020 à 09:02

Belle synthèse d'un grand passionné et connaisseur du sport moto. Bravo!