Climat: «Les Suisses doivent moins voler»
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Climat«Les Suisses doivent moins voler»

L’aviation civile internationale est réunie à Montréal pour tenter de limiter ses émissions de gaz à effet de serre. Un accord est encore loin du compte, selon les experts.

par
Fabien Feissli
Les Suisses prennent deux fois plus l’avion que leurs voisins. Le WWF propose donc une taxe par vol, pour les sensibiliser.

Les Suisses prennent deux fois plus l’avion que leurs voisins. Le WWF propose donc une taxe par vol, pour les sensibiliser.

NikographerMoment RM/Getty Images

Limiter, puis réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Voilà l’objectif affiché par l’Organisation de l’aviation civile internationale réunie en ce moment à Montréal. Au Canada, les 191 pays présents ont deux semaines pour ratifier un accord en négociation depuis plusieurs années. Le texte demande aux compagnies aériennes de compenser leurs émissions par l’achat de crédits carbone. Une mesure qui devrait leur coûter entre 9 et 25 milliards d’ici à vingt ans. A ce jour, 59 pays représentant 80% des vols internationaux ont accepté de participer au programme.

Pas convaincus

«Nous craignons que le résultat de cette réunion ne soit pas suffisant pour protéger le climat», nuance Pierrette Rey, porte-parole du WWF. Elle regrette notamment que la mesure ne soit basée que sur le volontariat jusqu’en 2035. La fondation n’est pas non plus convaincue par les crédits de compensations. «On ne sait pas toujours ce qui se cache derrière. Ce n’est pas forcément bénéfique pour le climat. Et, même si on les compense, les émissions auront quand même eu lieu», détaille-t-elle.

Christian Zeyer, codirecteur de l’Association Swisscleantech qui défend un développement économique durable, va dans le même sens: «Nous sommes en retard. Il est absolument nécessaire de trouver des solutions dans le domaine du transport aérien», assure-t-il.

L’expert met en avant un problème majeur de l’aviation civile. «Malgré l’exploit de «Solar Impulse», les avions électriques restent inenvisageables, même à moyen terme et spécialement pour les longues distances», explique-t-il tout en précisant que la limite se situe au niveau des batteries. Christian Zeyer souligne toutefois que l’usage de carburants alternatifs est possible.

Helvètes mauvais élèves

Mais, à ses yeux, la solution est aussi à chercher ailleurs. «Aujourd’hui, il y a beaucoup de trafic aérien. Il faudrait se demander si tous ces vols sont nécessaires», invite-t-il. Le codirecteur de Swisscleantech conseille notamment d’avoir recours aux transports terrestres pour les courts trajets. «En Europe, par exemple, les liaisons ferroviaires sont tout à fait efficaces», abonde Pierrette Rey.

Et cela concerne tout particulièrement les Helvètes. «Les Suisses prennent deux fois plus l’avion que leurs voisins. Il faut réduire le nombre de vols», affirme la porte-parole. Pour aller dans ce sens, le WWF propose donc une taxe de quelques dizaines de francs sur les billets d’avion. Un montant qui serait ensuite reversé à l’ensemble de la population. «C’est le principe du pollueur payeur. Cela permettrait de sensibiliser ceux qui prennent l’avion et de récompenser ceux qui ne le prennent jamais», propose Pierrette Rey.

En ce qui concerne les discussions de Montréal, la porte-parole reste sceptique. «Il y a des discussions depuis 15 ans, mais il n’y a toujours rien de fait. Certains pays ont les deux pieds sur les freins.»

Les chiffres

6 milliards de passagers annuels sont attendus d’ici à 2030. Soit deux fois plus qu’aujourd’hui. L’aviation serait alors le secteur le plus important du bilan climatique suisse.

16% des émissions de gaz à effet de serre en Suisse sont dus au trafic aérien. Dans sept ans, ce chiffre pourrait passer à 22% selon le WWF.

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