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TourismeLes Suisses évitent la Turquie pour les vacances

Des voyagistes ont enregistré une chute de 60% des réservations. Les tensions politiques entre la Turquie et l'UE alimentent les craintes des Suisses.

par
Pascal Schmuck
Zurich
2017 promet d'être une nouvelle année creuse pour le tourisme en Turquie.

2017 promet d'être une nouvelle année creuse pour le tourisme en Turquie.

Keystone

La Turquie offre désormais des destinations à des prix défiant toute concurrence, mais rien n'y fait: les Suisses n'en veulent pas. Les réservations pour la Sublime Porte sont en chute libre dans les agences de voyages, comme l'explique 20 Minuten dans son édition du 16 mars 2017.

«Nous constatons un recul allant jusqu'à 60% comparé à l'année passée», a confirmé Gordana Mrsic, porte-parole de Kuoni. La tendance touche aussi bien les voyages urbains à destination d'Istanbul que les vacances balnéaires.

Chute des prix et des réservations

Les attentats avaient déjà fait fuir les touristes en 2016 mais dorénavant, c'est la situation politique et les tensions provoquées par le régime d'Erdogan qui retiennent les Suisses. Et ce, malgré la chute des prix. «En raison de la très faible demande, les vacances en Turquie sont devenues très avantageuses», a souligné Gordana Mrsic.

Hotelplan Suisse ne peut que constater les dégâts. «Nous avons enregistré à l'automne 2016 un recul de 60% des réservations et pour ce printemps, nous assistons à un nouveau recul de 31%», a indiqué la porte-parole Prisca Huguenin-dit-Lenoir. Ce sont les destinations balnéaires qui sont touchées de plein fouet mais la situation n'est guère meilleure pour Istanbul.

Baisse des capacités

Si réservations il y a, elles se font plutôt à la dernière minute, a souligné la porte-parole d'Hotelplan Suisse. «Nous pensons que les gens veulent prendre en compte jusqu'au dernier moment la situation et la sécurité en Turquie.»

Le voyagiste a déjà réagi et diminué ses capacités dans la région. «Hotelplan Suisse offre moins de places d'avions et a réduit son catalogue d'hôtels», a ajouté la porte-parole, en plus d'une baisse des prix. Il est désormais possible de réserver une semaine à Side dans le sud du pays dans un hôtel cinq étoiles pour 499 francs tout compris.

L'Espagne ou la Grèce ont la cote

TUI a également encaissé le désamour des Suisses pour la Turquie et ses plages, enregistrant une baisse des réservations de 10%, a reconnu sa porte-parole Bianca Schmidt.

Les touristes préfèrent désormais des destinations jugées plus sures comme l'Espagne ou la Grèce. «Bien que la situation dans les stations balnéaires soit calme, nos clients privilégient dorénavant d'autres voyages», a ajouté Bianca Schmidt.

Swiss réduit la voilure

Swiss a également constaté une baisse de la demande. «Nous avons offert des vols vers Istanbul et Izmir dans notre catalogue 2016. Mais nous les avons retirés et Swiss ne vole plus à destination de la Turquie», a confirmé sa porte-parole Meike Fuhlrott, qui a évoqué la détérioration de la situation sécuritaire.

La compagnie semi-étatique Turkish Airlines s'est engouffrée dans la brèche en augmentant ses capacités et en baissant ses prix. Swiss n'exclut toutefois pas de reprendre un jour ses vols vers la Sublime Porte. «Nous rééavaluons constamment nos destinations sur la base de leur potentiel et des réalités du marché.»

Sueurs froides à Ankara

Ankara multiplie les efforts pour garder en vie son secteur touristique duquel vivent des milliers de Turcs. Le gouvernement avait annoncé en 2016 une subvention de 6000 francs en kérosène pour chaque charter à destination de la Turquie. Une décision qui a été reconduite et étendue cette année à tous les vols à destination du pays.

Une mesure peut-être inutile car comme le rappelle dans le Blick Walter Kunz, directeur de la Fédération Suisse du Voyage (FSV), si la demande pour la Turquie a chuté, c'est parce que les touristes évitent le pays en raison du gouvernement.

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