Retraite: Les Suisses risquent de devoir travailler jusqu'à 67 ans

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RetraiteLes Suisses risquent de devoir travailler jusqu'à 67 ans

Une commission du National a revu la réforme de la prévoyance vieillesse en épousant les vues patronales. L'augmentation de l'âge de la retraite devrait être automatique.

Le Conseil national examinera le dossier en septembre.

Le Conseil national examinera le dossier en septembre.

Keystone

Les Suisses risquent de devoir travailler jusqu'à 67 ans. Une commission du National a revu la réforme de la prévoyance vieillesse en épousant les vues patronales. Elle prône une augmentation automatique de l'âge de la retraite et des économies très peu compensées.

«La réforme n'est pas encore mûre», a relativisé vendredi devant la presse le président la commission de la sécurité sociale Ignazio Cassis (PLR/TI). Beaucoup de décisions ont été prises de justesse et le paquet doit encore être affiné.

Avec la copie issue de 55 heures de travail, les personnes âgées aujourd'hui de 40 à 50 ans, surtout les hommes figureraient parmi les perdants. Certaines femmes d'autres générations avec des bas salaires y gagnent peut-être trop, a estimé M. Cassis.

L'AVS devra trouver 8,3 milliards de francs de plus d'ici 2030 en raison du vieillissement de la population et des mauvais rendements des marchés financiers. Le projet de «Prévoyance vieillesse 2020», proposé par le Conseil fédéral au Parlement, doit garantir les prestations via notamment un relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, un abaissement des rentes du 2e pilier et une augmentation de la TVA.

Retraite flexible

Les assurés pourraient choisir le moment de leur retraite entre 62 et 70 ans, mais avec une perte ou un bonus financier à la clé. Le Conseil des Etats a déjà remodelé le paquet l'an dernier: il veut revaloriser le 1er pilier pour compenser la baisse des rentes de prévoyance professionnelle qui s'explique par une réduction (de 6,8% à 6%) du taux de conversion du capital en rente.

La commission du National ne veut pas mélanger les piliers. Par 13 voix contre 12, elle a biffé le bonus de 70 francs prévu par les sénateurs pour tous les nouveaux rentiers AVS et renonce au relèvement de 150 à 155% du plafond applicable à la rente de couple. Au lieu de manier l'arrosoir, il faut répartir plus justement les charges du système, a justifié le vice-président de la commission Thomas de Courten (UDC/BL).

Peu de personnes verront toutefois la baisse du 2e pilier compensée. Comme le Conseil des Etats, la commission veut que les prestations actuelles ne soient garanties que pour les personnes d'au moins 50 ans le 1er janvier 2018. En outre, les employés devraient commencer à cotiser à la prévoyance dès 18 ans et ceux de 25 à 44 ans cotiser davantage avec un plafond de 16% atteint à 45 ans.

Maigre consolation, les personnes travaillant à temps partiel pourraient recevoir une rente plus élevée grâce à une réduction de la déduction de coordination appliquée à leur capital de 2e pilier. Beaucoup devront toutefois se faire à l'idée de travailler jusqu'à 67 ans pour éviter les pertes.

Travail jusqu'à 67 ans

La commission propose en effet par 13 voix contre 12 un mécanisme qui ferait augmenter automatiquement l'âge de la retraite de deux ans maximum si le fonds AVS ne couvre plus que 80% de ses dépenses et qu'aucune réforme n'est engagée. L'âge de référence serait relevé de 4 mois par an au plus jusqu'à 67 ans et la TVA augmentée parallèlement de 0,4 point de pourcentage. Cela correspond à la position de l'Union patronale suisse et d'economiesuisse.

«Avec nos propositions, cette situation ne se produira pas avant 2028», a précisé M. Cassis. Le peuple devra toutefois se prononcer, car cela nécessite une modification de la Constitution. En attendant, l'économie sort gagnante, car la commission veut limiter d'abord à 0,6 point de pourcentage la hausse de la TVA au lieu que le Conseil des Etats a fixé à 1 point.

Pour compenser le près de 1,5 milliard de recettes perdues avec cette correction, la commission prévoit de nombreuses économies. Elle repêche la réduction des rentes de veuves et de survivants, écartée par les sénateurs.

Biffé en revanche la rente pour enfant, allouée aux rentiers AVS ayant des enfants mineurs ou en formation jusqu'à 25 ans. Selon M. de Courten, elle ne profitait généralement qu'à des hommes riches n'en ayant pas besoin. Les indépendants ne bénéficieront par ailleurs plus d'un taux de cotisation à l'AVS réduit par rapport aux salariés.

Bilan moins bon

Petit sucre, les femmes auront droit à un supplément de rente pour la différence injustifiée entre les salaires des hommes et des femmes. La rente AVS maximale ne sera toutefois pas relevée.

Malgré tous ces coups de canif, la situation financière du premier pilier serait en outre moins bonne en 2030 qu'avec la copie du Conseil des Etats.

Le National examinera le dossier en septembre.

Les décisions de la commission pourraient influencer AVSplus

Les décisions de la commission de la sécurité sociale du National pourraient influencer l'issue de la votation AVSplus le 25 septembre. Généralement, les initiatives perdent des partisans lors de la campagne précédant le vote, mais dans ce cas, l'inverse pourrait se produire.

Les opposants réussissent habituellement à exploiter les failles des textes proposés, a expliqué le politologue Lukas Golder de l'institut gfs.bern à l'ats. Or la décision de la commission pourrait bien inverser ce mécanisme. En effet, «une augmentation de l'âge de la retraite est très impopulaire et pourrait mobiliser des votes de protestation» déclare Lukas Golder.

Les personnes indécises tendraient plus facilement à dire «oui» et à accepter les faiblesses de l'initiative. «En bref, elles préfèrent voter pour des rentes plus élevées que pour une augmentation de l'âge de la retraite», a dit M. Golder.

L'USS ne manque du reste pas de sauter sur l'occasion, décrivant les décisions de la commission comme un «massacre des rentes». Et l'Union syndicale suisse d'appeler à voter pour son texte le 25 septembre.

La commission a réalisé un démantèlement du système social brutal, a déclaré le directeur de l'USS Paul Rechsteiner vendredi devant les médias à Berne. Une réponse claire doit être donnée dans les urnes à cette proposition irresponsable: «il faut dire «oui» à l'initiative AVSplus, qui exige une augmentation des rentes de 10%.»

Conscient d'un risque de déséquilibre, le PDC en appelle lui à soutenir la version du Conseil des Etats, la seule à son sens susceptible d'obtenir le soutien de la population. Cette dernière s'oppose à la hausse de l'âge de la retraite et prévoit une hausse forfaitaire des rentes AVS de 70 francs.

(ats)

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