Tabou: Les Suisses trop timides pour parler sexe

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TabouLes Suisses trop timides pour parler sexe

Une brochure veut aider les patients à évoquer leur vie intime. Le site Pornhub se lance sur le même créneau. A qui vaut-il mieux se confier?

par
Alexandra Brutsch
«Les patients sont souvent très soulagés une fois qu'ils ont osé se confier», Lorenza Bettoli Musy, responsable de l'Unité de santé sexuelle et planning familial aux HUG.

«Les patients sont souvent très soulagés une fois qu'ils ont osé se confier», Lorenza Bettoli Musy, responsable de l'Unité de santé sexuelle et planning familial aux HUG.

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Selon une étude récente, nous serions 40% à souhaiter que notre médecin nous questionne sur notre vie intime. Pour aider les patients à franchir eux-mêmes le pas, les HUG ont élaboré une brochure format BD contenant des scénarios touchant à des aspects variés de la santé sexuelle: infections sexuellement transmissibles (IST), éjaculation précoce, grossesse, sexe tarifé, violence conjugale, orientation sexuelle…

«Il y a un fossé entre ce que les gens aimeraient aborder avec leur médecin de proximité et ce dont ils parlent réellement, regrette Geneviève Preti, conseillère en santé sexuelle aux HUG. Cette brochure ne contient pas de réponses mais vise à faciliter le dialogue.» Les vignettes brisent en outre certains clichés. Non, les jeunes ne sont pas les seuls à être concernés par les IST. Oui, on peut être une femme accro au sexe. Oui, on peut être enceinte d'un enfant désiré et mal vivre cette grossesse. Pour chaque catégorie de problème, la brochure renvoie à des associations et institutions qui peuvent aider.

Plus difficile pour les hommes

Les femmes seraient toutefois plus enclines que les messieurs à parler sexe à leur médecin. Selon l'étude mentionnée précédemment, elles seraient 20% à le faire contre seulement 10% des hommes. «Elles ont notamment la possibilité d'évoquer ces problèmes lors des consultations avec leur gynécologue», explique Geneviève Preti. Il est probablement plus difficile pour un homme d'aborder un souci d'érection avec son généraliste lors d'une consultation pour une grippe.

Mais s'il serait bénéfique que les patients parlent plus librement, les médecins ne devraient-ils pas également prendre l'initiative? «Lors de l'anamnèse, il est rare que le médecin questionne le patient sur son comportement sexuel, reconnaît Martine Girard-Strohbach, conseillère en santé publique au Service du médecin cantonal. Cela pourrait pourtant être utile: des symptômes grippaux peuvent parfois être un signe d'infection au VIH par exemple.» La psychologue sexologue genevoise Mylène Bolmont vient justement de donner une journée de formation en sexologie à des oncologues. Une autre session à destination des physiothérapeutes est prévue. «Si les soignants ne sont pas formés et a fortiori s'ils ne sont pas à l'aise sur ce terrain, les patients qui souhaitent évoquer le sujet se retrouvent devant une porte fermée», explique-t-elle.

Mission déroutante

Aborder sans tabou la question de la santé sexuelle, c'est aussi la déroutante mission que s'est donnée le site de vidéos pornographiques Pornhub, avec la mise en ligne d'un Centre de bien-être sexuel. Coup marketing certes, mais que pensent les experts de cette initiative? «Je n'y vois pas d'objection puisque le projet est mené par une psychologue clinicienne qui a l'air d'avoir une formation sérieuse», répond Mylène Bolmont.

Lorenza Bettoli Musy, responsable de l'Unité de santé sexuelle et planning familial aux HUG, n'y voit pas de problème non plus. Mais rappelle la plus-value d'une consultation. «Partager ses problèmes par écrit est positif. Cependant, rien ne remplace l'oral: on peut aller plus en détail, donner des réponses personnalisées. Et les patients sont souvent très soulagés une fois qu'ils ont osé se confier.»

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