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SyrieLes survivants racontent l'horreur de la torture

Torturé, battu, électrocuté: de nombreux réfugiés en Jordanie ont de terribles souvenirs des prisons du régime.

Manifestation contre Bachar al-Assad au Liban.

Manifestation contre Bachar al-Assad au Liban.

AFP

Abou Zeid frotte ce qui reste de sa main pulvérisée par une grenade parce qu'il avait refusé de se prosterner devant un portrait du président syrien Bachar al-Assad.

Ce père de quatre enfants âgé de 34 ans, qui refuse de dire son vrai nom, a fui son pays en décembre après avoir été torturé pour avoir participé à des manifestations contre le régime. Ils sont ainsi des milliers de Syriens à avoir franchi la frontière jordanienne pour échapper à la répression depuis 11 mois.

«J'ai été torturé, battu et électrocuté dans un sous-sol pendant 15 jours après avoir manifesté contre le régime à Deraa (sud)», près de la frontière jordanienne, raconte ce vendeur ambulant de forte corpulence, soigné par une équipe de Médecins sans frontières (MSF).

Ecoliers

«Les forces d'Assad ont arrêté des écoliers et les ont jetés dans ma cellule. Ils avaient peur et pleuraient sans cesse», poursuit-il. «Je me suis mis en colère en les voyant, et sans réfléchir j'ai insulté Assad».

«Les gardiens m'ont alors apporté un portrait d'Assad, ils m'ont battu et ordonné de me prosterner devant lui. Ils ont fait exploser ma main quand j'ai refusé. Je me suis évanoui et me suis réveillé à l'hôpital», raconte-t-il. Des amis l'ont ensuite fait sortir clandestinement de l'hôpital puis conduit en Jordanie.

Selon une commission d'enquête de l'ONU, plus de 500 enfants ont été tués dans la répression, et plusieurs organisations internationales ont fait état d'abus et de torture contre des enfants et des adolescents en Syrie.

Aveux extorqués

Saïd Heraki, 70 ans, originaire de Herak, dans la province de Deraa, raconte avoir été torturé pendant 22 jours.

«En prison, ils m'ont forcé à boire au moins deux litres d'eau. J'avais besoin d'aller aux toilettes, les gardes savaient que j'étais diabétique. Ils m'ont déshabillé, ont bandé mes testicules avec un élastique épais pour m'empêcher d'uriner», explique le vieil homme.

«Après m'avoir ligoté, ils m'ont laissé seul aux toilettes. La douleur était insupportable. Je leur ai dit que j'étais prêt à faire ce qu'ils voulaient», ajoute-t-il en montrant aussi des contusions sur ses bras.

Il a finalement signé des «aveux» dans lesquels il reconnaissait avoir incendié un commissariat de police pendant une manifestation. Mais il a été libéré après une grâce présidentielle en novembre.

Cependant, «avant de me relâcher, les gardiens ont jeté des charbons ardents sur mon pied gauche puis y ont versé de l'eau bouillante. Mon orteil a été tranché quand l'un des geôliers a marché dessus en me poussant fort. C'était horrible», se souvient-il.

Camp prévu en Jordanie

Le gouvernement jordanien, qui compte installer un camp pour accueillir les réfugiés syriens près de la frontière, a affirmé que 70'000 Syriens avaient fui dans le royaume depuis le début de la révolte. Environ 4000 sont enregistrés comme réfugiés par l'ONU. D'autres sont rentrés en Syrie, ou ont gagné un autre pays.

La Jordanie a en outre accepté 5000 étudiants syriens dans les écoles publiques, les établissements scolaires étant fermés dans de nombreuses villes rebelles syriennes assiégées par l'armée.

Blessés délibérément tués

Dans l'hôpital du Croissant rouge jordanien à Amman, Ibrahim, 26 ans, raconte avoir eu le crâne fracturé et un pied cassé quand les forces du régime l'ont battu avec la crosse de leurs revolvers parce qu'il avait «tenté d'aider un manifestant blessé à parvenir à l'hôpital de Deraa».

«Certains de mes proches et de mes amis arrêtés après la manifestation ont eu les ongles arrachés, les oreilles partiellement découpées et le pénis tranché. Je m'estime heureux», dit cet ouvrier du bâtiment. «Les troupes ont délibérément tué des manifestants blessés. J'ai vu cela de mes propres yeux», insiste-t-il.

«En Syrie aujourd'hui, les blessés et les médecins sont pourchassés et risquent la torture», dénonce le Dr Marie-Pierre Allié, présidente de MSF. «La médecine est utilisée comme une arme de persécution».

Mais malgré la répression brutale, Heraki veut rentrer au pays: «Je veux aider à faire tomber le régime. Je ne peux pas oublier comment ils m'ont torturé, ni comment ils ont achevé les blessés».

(ats)

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