Publié

AfghanistanLes talibans acceptent de participer à des pourparlers de paix

Les talibans afghans ont ouvert mardi un bureau politique au Qatar pour établir des contacts avec le reste du monde, y compris les Etats-Unis.

Un représentant des talibans parle pendant la conférence de presse à l'ouverture officielle de leur bureau politique à Doha, au Qatar.

Un représentant des talibans parle pendant la conférence de presse à l'ouverture officielle de leur bureau politique à Doha, au Qatar.

Les talibans veulent ainsi faciliter des négociations de paix en Afghanistan. Washington a annoncé de son côté vouloir envoyer des hauts responsables à Doha pour rencontrer les rebelles.

Des représentants du Qatar et des talibans ont formellement ouvert «le bureau politique de l'émirat islamique d'Afghanistan» à Doha, dans une villa située dans un quartier huppé. Une dizaine de talibans étaient présents lors de la cérémonie d'ouverture.

Un drapeau blanc de l'émirat islamique, frappé de la profession de foi musulmane, était dressé dans la salle où s'est tenue une conférence de presse. L'ouverture de ce bureau est destiné à nouer des contacts pour favoriser «le dialogue et l'entente avec les pays du monde» en vue d'«un règlement pacifique» en Afghanistan, a déclaré un porte-parole du bureau, Mohamed Naïm.

Dans un communiqué lu à cette occasion, les talibans, en guerre depuis près de douze ans contre le gouvernement de Kaboul et ses alliés de l'OTAN, affirment rechercher «un règlement pacifique de nature à mettre fin à l'occupation de l'Afghanistan et à établir un régime islamique indépendant».

Ils s'engagent par ailleurs à «n'autoriser personne à utiliser le territoire afghan pour menacer la sécurité des autres pays». Ils évoquent aussi «des rencontres avec les Afghans en cas de besoin», selon le communiqué en arabe, en référence au régime de Kaboul.

Refus puis premier pas en 2012

Face à l'enlisement du conflit, un nombre croissant de responsables afghans et occidentaux ont plaidé ces dernières années pour l'ouverture de négociations de paix. Et ce notamment pour éviter une future guerre civile après le retrait de la majorité des soldats de l'OTAN du pays à la fin 2014.

Mais malgré quelques contacts préliminaires, notamment entre talibans et Occidentaux, aucun processus n'a pu être enclenché. Les talibans ont jusqu'ici toujours refusé de participer à de telles négociations tant qu'il restera des soldats étrangers, qu'ils considèrent comme des «envahisseurs», sur le sol afghan.

Mais en janvier 2012, ils avaient fait un premier pas dans cette direction. Ils s'étaient dit prêts à avoir un bureau politique hors d'Afghanistan pour faciliter des négociations de paix.

Guantanamo sur la table

Les Etats-Unis ont rapidement salué mardi l'ouverture du bureau taliban à Doha. De hauts responsables américains ont même affirmé qu'ils allaient rencontrer les rebelles afghans dans «quelques jours». Mohamed Naïm a confirmé de prochains contacts avec les Américains. «Nous allons commencer prochainement le dialogue avec la partie américaine», a-t-il dit.

Il a précisé que la question des dirigeants talibans détenus à la prison américaine de Guantanamo «sera parmi les principaux dossiers à discuter en vue d'un règlement».

Hamid Karzaï hors jeu?

Il est en revanche resté dubitatif sur l'amorce d'un dialogue avec le gouvernement du président afghan Hamid Karzaï, que les talibans ont présenté jusqu'ici comme «une marionnette» des Américains. «Rien (n'est prévu) pour le moment, mais ce sera selon les circonstances», a dit Mohamed Naïm.

Hamid Karzaï tente en vain depuis plusieurs années d'ouvrir des discussions de paix avec les rebelles. Mardi, il a annoncé qu'il allait envoyer des émissaires au Qatar pour discuter avec les talibans et tenter de mettre fin à la guerre.

Un ministre adjoint qatari des Affaires étrangères, Ali Ben Fahd al-Hajiri, s'est dit convaincu que le bureau taliban à Doha allait «contribuer à relancer le processus de paix en Afghanistan (...) loin de toute activité militaire ou acte de violence». Il a averti que le bureau taliban était tenu de respecter les règlements au Qatar.

Le gouvernement afghan a par ailleurs officiellement pris mardi le contrôle de la sécurité du pays à la place de l'OTAN, une étape importante sur la voie du retrait occidental du pays. La force internationale Isaf a achevé dans la matinée de transférer aux forces afghanes la responsabilité de la sécurité des derniers districts dont elle avait la charge dans le pays.

(ats/afp)

Votre opinion