Editorial: Les tireurs lancent un référendum qui mélange les cibles

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EditorialLes tireurs lancent un référendum qui mélange les cibles

En lançant un référendum contre la loi sur les armes, les milieux des tireurs et l'UDC visent surtout le prétendu «diktat» de l'UE qui devrait désarmer la Suisse. C'est effectivement désarmant.

par
Eric Felley
Ce matin à Berne, Jean-Luc Addor (UDC/VS), Sylvia Flueckiger-Baeni (UDC/AG), Luca Filippini, président de la Fédération suisse des tireurs sportifs, Werner Salzmann (UDC/BE) et Jean-François Rime (UDC/FR) ont lancé le référendum contre la loi sur les armes votées par le Parlement.

Ce matin à Berne, Jean-Luc Addor (UDC/VS), Sylvia Flueckiger-Baeni (UDC/AG), Luca Filippini, président de la Fédération suisse des tireurs sportifs, Werner Salzmann (UDC/BE) et Jean-François Rime (UDC/FR) ont lancé le référendum contre la loi sur les armes votées par le Parlement.

Disons-le d'emblée, les tireurs suisses sont les meilleurs du monde. S'ils ne le sont pas, ce sont en tout cas des gens très respectables. Le tir est un sport noble, qui demande une grande maîtrise de soi pour mettre une balle au milieu d'une cible. La gâchette est dans l'ADN de chaque Suisse. Disons-le aussi, la loi sur les armes adoptées par le Parlement au mois de septembre n'empêchera jamais personne de pratiquer cette activité «ancestrale».

En adoptant la directive de Schengen, la Suisse a pu conserver le maintien de l'arme d'ordonnance à domicile. Certes, cette arme devra faire l'objet d'une demande de dérogation en cas de succession. Certes aussi, la détention d'armes semi-automatiques devra faire l'objet d'une demande de dérogation, en particulier celle de justifier la pratique du tir dans une société ad hoc. Enfin les détenteurs devront déclarer leurs armes dans un délai de trois ans. Il n'y a pas de quoi vider les stands de tir de Suisse centrale et du Valais. Où l'on peut donner raison aux référendaires, c'est que cette révision de loi n'était pas spécialement nécessaire en Suisse pour des raisons sécuritaires. Le Conseil fédérale l'a faite pour respecter les accords de Schengen/Dublin et les mesures antiterroristes prises par l'UE après les attentats de Paris. Le monde étant ce qu'il est, la volonté de contrôler les armes est aujourd'hui politiquement inévitable et légitime. Même si souvent dans les faits, ce sont des armes illégales qui tuent les gens.

En réalité, la véritable cible des référendaires est l'Union européenne. D'ailleurs le titre de leur référendum est révélateur: «Non au diktat de l'UE qui nous désarme». L'unique présence d'élus UDC ce matin à Berne pour son lancement n'est pas un hasard. On sent l'envie d'en découdre contre l'UE. En tête, le conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS) attaque cette loi avec une formidable rafale d'adjectifs: «liberticide, inique, inutile, dangereuse et antisuisse". C'est effectivement désarmant.

Pourtant, sur ce coup, on peut dire que la Suisse n'a pas subi un «diktat», mais qu'elle est allée négocier ses particularités. En plus, les chasseurs de ce pays n'auront pas besoin de passer des tests psychologiques, comme il avait été dit à un moment donné. Ce qui avait suscité un tollé monstre qui a fait long feu.

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