07.03.2020 à 19:06

AutricheLes trains de nuit remportent un franc succès

Les trains de nuit ont de plus en plus la cote en Europe. Bien que la Suisse n'échappe pas à ce constat, les CFF ne prévoient pas de réintroduire leurs propres convois nocturnes.

Tiré par une locomotive suisse, un train aux couleurs des chemins de fer autrichiens (ÖBB) arrive en gare de Zurich ce dimanche soir de février. A peine arrêté, les passagers embarquent dans les wagons de ce «Nightjet» à destination de Vienne.

21h40, le train se met en branle. «Notre train est plutôt bien rempli aujourd'hui», confirme Haytham Mohamed, chef du train ce soir-là. Le convoi se dirige vers la frontière autrichienne. C'est ici que prendront congé les contrôleurs et le conducteur suisses, tout comme la locomotive des CFF qui sera remplacée par son équivalente autrichienne.

Avant de rejoindre la capitale autrichienne une dizaine d'heures plus tard, il fera treize haltes. Dont une d'une heure au milieu de la nuit à Salzbourg. Le convoi parti de Zurich se sépare en deux, une partie se dirige vers la République tchèque et la Hongrie. Le train parti de Venise en soirée rejoint les wagons du Zurich-Vienne, qui arrivera à destination juste avant 8 heures.

Trois catégories de billets

Tandis que les cheminots s'affairent à l'extérieur, dans les couloirs du train des panneaux rappellent d'être silencieux, car dans ce train les gens dorment. Mais pas tous au même prix. Le billet le moins cher commence à 29 euros pour une place assise.

En payant davantage, le passager pourra passer la nuit en position allongée: le wagon-couchettes en compartiment de quatre ou six personnes ou la voiture-lit. Cette dernière catégorie propose des cabines privées pour une, deux ou trois personnes. En plus des lits, un petit lavabo privatif. Disponible sur certaines liaisons: la version «Deluxe», qui dispose d'une toilette et d'une douche. De quoi arriver frais le lendemain en ville.

Car c'est l'un des arguments de vente: «En prenant le train de nuit, on arrive reposé au centre-ville et on économise une nuit d'hôtel», souligne Bernhard Rieder, porte-parole des ÖBB. Il constate que les wagons-lits ont le taux d'occupation le plus élevé et sont souvent réservés des semaines à l'avance.

Gros potentiel

Il faut dire que l'entreprise autrichienne a bien compris le potentiel de cette façon de voyager. Elle a lancé la marque «NightJet» en 2016, reprenant ce segment d'activité et les wagons des Deutsche Bahn (DB). L'entreprise ferroviaire allemande avait fait le même constat que les CFF en 2009: les trains de nuit ne rapportent plus.

«Nous avions constaté une baisse des voyageurs de 5%, année après année, entre 2002 et 2009. Par conséquent, nous avons décidé de renoncer aux trains de nuit», explique Ottavia Masserini, porte-parole des CFF, à Keystone-ATS.

Mais depuis, les temps de trajet ont diminué et l'effet «Greta» est passé par là. «Les discussions sur le changement climatique et les voyages respectueux de l'environnement poussent toujours plus de voyageurs à utiliser les trains et les trains de nuit», se réjouit Bernhard Rieder.

Le réseau de la compagnie n'a cessé de s'étendre. Les ÖBB ont inauguré au début de l'année la liaison Vienne-Bruxelles et ajoutera Amsterdam à la liste de ses destinations à la fin de l'année 2020. Tandis qu'en 2022, treize nouveaux trains de nuit devraient rentrer en service.

«Il y a encore du potentiel, nous sommes en discussion avec les CFF, DB et d'autres partenaires.» En 2018, les trains de nuit autrichiens ont transporté environ 1,4 million de passagers, en 2019 1,5 million. Ces convois nocturnes représentent un peu plus de 15% du chiffre d'affaires du trafic longue distance. «Ces derniers mois, nous avons encore pu constater une augmentation significative de la demande», confirment les chemins de fer autrichiens.

Pas de trains de nuit suisses prévus

Pour le porte-parole de ÖBB, cette tendance s'observe dans toute l'Europe. La Suisse n'y échappe pas. Onze liaisons sont disponibles au départ de Bâle ou Zurich. Cette dernière est d'ailleurs le deuxième plus gros hub de trains de nuit, derrière Vienne. «On voit que les Suisses sont des adeptes du train et qu'ils aiment le train de nuit», analyse Bernhard Rieder.

Quant aux CFF, ils constatent eux aussi un intérêt toujours plus grand de la clientèle pour les liaisons internationales. Mais, remettre les trains de nuit sur les voies n'est pas encore à l'ordre du jour de l'ex-régie fédérale, du moins pas les siens. Elle explique avoir renforcé la coopération avec son homologue autrichien et «suivre l'évolution du marché».

«Pour pouvoir réintroduire les trains de nuit, les CFF auraient besoin de moyens, plaide la porte-parole, et ce serait à la politique de mener cette discussion». Fin janvier, pour son premier voyage à l'étranger comme présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga s'est rendue à Vienne... en train de nuit.

(ats)

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