09.08.2020 à 11:18

Climat et pandémieLes transports publics devront s’adapter aux changements

Le réchauffement climatique et le coronavirus ont modifié les habitudes des Suisses dans l’usage des transports publics. La crise pourrait coûter plus d’un milliard au secteur.

Le semi-confinement a presque entièrement arrêté la vie publique dans les centres-villes, comme ici à Genève.

Le semi-confinement a presque entièrement arrêté la vie publique dans les centres-villes, comme ici à Genève.

KEYSTONE

La pandémie de coronavirus a clairement modifié l'utilisation des transports publics dans les villes et les communes. L'Union suisse des villes craint que la crise ne leur coûte plus d'un milliard de francs.

Le semi-confinement a quasiment signifié la fin de la vie publique dans les centres-villes avec la fermeture des magasins et des parcs. Le rayon de déplacement des citoyens a été extrêmement réduit. A l'inverse, la vie de quartier a pris un essor jusqu'alors inconnu.

Après le déconfinement, ce sont surtout les villes qui ont profité des droits spéciaux accordés par les autorités, constate Urs Heimer, responsable du domaine architecture de la Haute Ecole de Berne. Sans consultation des riverains, des espaces extérieurs ont par exemple été mis à disposition rapidement et sans bureaucratie pour la restauration.

Retrouver une vie normale

En Suisse romande, les cyclistes ont pu profiter de nouveaux espaces empruntés au trafic motorisé. «De telles démarches durent normalement plusieurs mois ou années et doivent traverser un long processus de participation et de recours», souligne Urs Heimberg.

Lors du déconfinement progressif, le but était de retrouver une vie «normale» dans les villes, explique Renate Amstutz, directrice de l'Union suisse des villes. Ces dernières ont réagi rapidement et fait des essais. De la place a été créée pour des restaurants et bars pop-up. Lucerne a par exemple temporairement végétalisé le parking destiné aux cars de tourisme, resté inutilisé avec la crise.

La Ville de Zurich a aussi pris des mesures inhabituelles: un espace gratuit a été proposé pour les aubergistes. Des places de stationnement ont été mises à disposition du personnel soignant et les magasins ont pu utiliser les trottoirs comme «salle d'attente».

Les marchés bernois ont bénéficié de plus d'espace. Afin d'éviter les rassemblements, la Ville a retiré des bancs à plusieurs endroits. De plus, le Conseil municipal a décidé en mai de créer davantage d'offres de jeux pour les enfants et d'ajouter des éléments dans l'espace public.

Ce sont surtout les communes citadines qui ont pris des mesures afin que les règles de distance sociale puissent être respectées, confirme Christoph Niederberger, directeur de l'association des communes suisses. «L'espace public s'est développé en raison de ces adaptations et des modifications des habitudes de vie.»

Méditerranisation

Avant la crise déjà, le changement climatique a induit une «méditerranisation croissante», selon l'association des communes. La tendance que toujours plus de gens se rassemblent à l'extérieur pourrait toutefois s'intensifier avec le Covid, pense Christoph Niederberger.

L'utilisation plus offensive de l'espace public pratiquée ces dernières années est un signe essentiel d'une ville vivante, sociale et écologique, estime la Ville de Berne. A long terme, la crise offre aux villes la chance d'atteindre une répartition plus équitable de l'espace urbain au profit des habitants.

La pandémie a aussi renforcé la tendance au jardinage urbain. Les listes d'attente se sont encore allongées à Zurich. Dans les jardins familiaux bernois, toutes les parcelles sont occupées. La demande a explosé dès le début de la crise.

Les zones de loisirs de proximité, les forêts et les parcours de fitness ont été accaparés pendant le confinement. Cela montre une fois de plus l'importance des espaces verts et de rencontre dans le développement territorial, explique l’Union des villes. Pour Renate Amstutz, la répartition de l'espace citadin devra sans doute être revu avec les changements climatiques et la crise.

Modèles éprouvés repris

Selon elle, la plupart des mesures autorisées maintenant ne seront que temporaires, parce que la base légale n'est pas donnée partout pour des projets à long terme. Mais les modèles qui ont fait leurs preuves durant la crise seront certainement acceptés plus facilement à l'avenir.

Un avis que partage le directeur du centre de compétences Typologie et planification en architecture de la Haute Ecole de Lucerne, Peter Schwehr. Les mesures, stratégies et processus décidés et testés durant la crise livrent des impulsions et expériences importantes pour aménager un monde post-énergie fossile et des villes respectueuses de l'environnement.

Estimation des coûts

Le coût des aménagements de l'espace public liés à la crise du coronavirus ne peut pas encore être chiffré. Selon un premier sondage des villes, la facture pourrait atteindre 500 millions de francs en cumulant le manque de rentrées et les dépenses supplémentaires. Renate Amstutz craint même qu'elle dépasse le milliard.

La situation financière se dégradera aussi dans les années à venir. Mais des modifications de l'espace public ne doivent pas nécessairement être coûteuses.

Le boom du vélo et des déplacements à pied

Au plus fort de la crise, les citadins se sont transformés en cyclistes et marcheurs. Cette avancée de la mobilité douce pourrait changer à moyen et long terme le trafic routier. Le volume du trafic a massivement diminué durant quelques mois. Par peur de contamination, les citadins ont sorti le vélo ou se sont déplacés à pied. En Suisse romande, des centaines de kilomètres de pistes cyclables sont apparus presque du jour au lendemain. En ville de Berne, l'utilisation du deux-roues a augmenté de 180% depuis mi-avril par rapport à février.

Un mix entre transports publics, vélo et déplacements à pied est important en période de crise, explique Renate Amstutz. Selon les situations, l'un ou l'autre moyen de transport prend de l'importance. Pour elle, le vélo ou d'autres formes de micromobilité prendront de l'importance à l'avenir dans les centres urbains. La crise a mis en avant le potentiel du vélo ou de la marche. Ces formes de mobilité doivent obtenir plus de place.

L'Union suisse des villes appelle la Confédération à se montrer plus coulante avec les mesures temporaires adoptées par les villes. Notamment lorsqu'il s'agit de laisser assez d'espace entre les usagers. La législation sur la circulation routière ne laisse que peu de marge de manoeuvre, par exemple pour des réductions de vitesse temporaires.

(ATS/NXP)

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