Coupe du monde: Les USA en 8es dans un match politique

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Qatar 2022Les USA en 8es dans une ambiance de chasse aux symboles, l’Angleterre tranquille

L’atmosphère crispante d’Al Thumama a mis fin au parcours dilemmatique de l’Iran. Vainqueurs 1-0, les États-Unis continuent leur route.

par
Florian Vaney
(Doha)
McKennie, Adams et les USA verront les 8es.

McKennie, Adams et les USA verront les 8es.

AFP

L’endroit est le même, le changement de décor total. Le charme d’Al Thumama, immense quartier au style arabe désormais ombragé par un stade de 40’000 places, n’avait rien pour être perturbé lorsque le Qatar et le Sénégal sont venus y jouer un très tranquille match de football vendredi. Même s’il faut bien reconnaître aux tambours sénégalais la capacité de créer un bruit énorme à partir de pas grand-chose, l’idée de voir à l’œuvre la sélection locale n’est pas du genre à émouvoir plus que ça les Qatariens. Alors, d’un vendredi particulièrement calme, le quartier est passé à un mardi de football on ne peut plus crispant.

Dans l’air, le retour de celui qu’on appelle parfois «Match de la paix», ou «Match de la fraternité», entre l’Iran et les États-Unis. En référence au symbolique duel de 1998 entre les deux équipes. Son comité d’accueil: un cordon de sécurité humain aux abords du stade qui a visiblement poussé depuis la dernière fois. Impossible d’essayer de négocier pour passer à travers et gagner du temps: le chemin est tracé et personne ne doit s’en détourner.

Match politique

Climat tendu. Et cela n’a rien à voir avec l’enjeu sportif, pourtant évident, de la rencontre: une place en huitièmes de finale pour le gagnant. S’il ne peut toutes les empêcher, le pays-hôte a largement fait savoir son hostilité envers la plupart des symboles politisés (surtout lorsqu’ils ne lui plaisent pas) qui ne demandent qu’à prendre d’assaut les stades qatariens. Et symboliquement, un Iran-USA, c’est chargé…

Depuis leur entrée en lice, les Iraniens traînent comme ils peuvent la charge politique de leurs rencontres. Tantôt avec courage, tantôt avec résignation. Leur quête à une historique qualification pour la phase à élimination directe d’un Mondial doit se mesurer à la lumière du monstrueux dilemme qui leur est collé à la peau.

Le régime a envoyé beaucoup d’agents ici

Faraj, un Irano-Américain rencontré aux abords du stade

Le message venu du pays semble clair. Lorsque le gouvernement apprécie ce qu’il voit (une victoire et, surtout, peu de signes de protestation face à son autorité), il libère ses prisonniers. Le succès obtenu face au Pays de Galles vendredi aurait permis la libération de 700 personnes. Lorsqu’il ne goûte guère à l’image renvoyée par ses footballeurs, comme lorsque l’équipe a refusé de chanter l’hymne face à l’Angleterre? La réponse vient de Faraj, un Irano-Américain retrouvé en marge de la rencontre face aux USA par Le Monde.

«Si vous regardez autour du stade, vous pouvez voir que le régime a envoyé beaucoup d’agents ici. Il y en a des centaines. On les reconnaît à la façon dont ils sont habillés et la manière dont ils se comportent. Ils essaient de censurer car c’est leur unique possibilité d’agir. Mais le message sort quand même. Lors du premier match, ils étaient moins préparés, lors du deuxième match, ils l’étaient un peu plus et pour ce troisième match, ils sont extrêmement bien organisés.»

Pulisic qualifie les USA


Sur le terrain, la domination américaine laisse peu de place à l’incertitude. L’hymne qu’ils ont de nouveau chanté n’a visiblement pas donné beaucoup de forces aux Iraniens, qui filtrent difficilement les offensives américaines et peinent à se projeter en rupture. Il faut un but annulé in extremis pour que la première mi-temps ne vire pas à la correction. Reste que la réussite inscrite par Christian Pulisic à la 38e suffit largement au bonheur d’un «Team USA» poussé par les «U» - «S» - «A» de supporters venus chercher leur ticket pour les huitièmes sans aucune animosité. Victoire 1-0 pour la «Team USA».

Tout juste ont-ils irrité les hommes de sécurité chargés de la mission que tout le monde reste bien à sa place en tribune. Des travailleurs très agréables en temps normal devenus particulièrement froids le temps d’une soirée pas comme les autres. Qui propulse les États-Unis en huitièmes de finale. Et qui pourrait laisser des traces en Iran…




L’Angleterre fait le travail

L’Angleterre s’est qualifiée mardi pour les huitièmes de finale du Mondial-2022, où elle affrontera le Sénégal, à la faveur d’une victoire tranquille contre le Pays de Galles (3-0), acquise grâce à Marcus Rashford et Phil Foden, convaincants pour leur première en tant que titulaires.

Rashford a ouvert le score d’un coup franc direct à 25 mètres en pleine lucarne, après une faute obtenue par… Foden à la suite d’une accélération foudroyante (50e).

Puis le milieu de Manchester City l’a imité dans la foulée en reprenant un centre bien senti du capitaine Harry Kane après une récupération haute de… Rashford.

Mais l’attaquant de Manchester United ne voulait pas en rester là. Lancé en profondeur sur le côté droit gallois, il a repiqué sur son pied gauche avant de décocher une frappe à ras-de-terre entre les jambes de Joe Rodon et Danny Ward, pas exempt de tout reproche.

Foden (22 ans) et Rashford, deux rivaux de Manchester mais surtout deux talents précoces annoncés très tôt comme la relève de la sélection, ont sans doute montré que leur heure était venue.

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