10.11.2020 à 14:26

PandémieLes USA s’en prennent aux enquêteurs sur l’origine du Covid

Face aux critiques contre l’OMS, lancées notamment par le président Trump, une dizaine d’experts souhaitent analyser comment la communauté internationale a collaboré ou non face au coronavirus.

Le comité co-présidé par l’ancienne présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf et chargé d’évaluer la réponse internationale au Covid va se pencher sur l’utilisation de la science par les États (archives).

Le comité co-présidé par l’ancienne présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf et chargé d’évaluer la réponse internationale au Covid va se pencher sur l’utilisation de la science par les États (archives).

KEYSTONE/EPA/AHMED JALLANZO

Les enquêteurs indépendants chargés d’évaluer la réponse à la pandémie, dont celle de l’OMS, veulent évaluer comment les États ont utilisé les preuves scientifiques. Les États-Unis s’en sont eux pris à une autre investigation, celle sur l’origine du virus en Chine.

Devant les membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’une des co-présidentes du comité en charge de l’évaluation indépendante sur la réponse à la pandémie, l’ancienne Première ministre néo-zélandaise Helen Clark, a relevé mardi que l’investigation qu’elle pilote chercherait à établir rigoureusement toute la séquence des décisions prises face au Covid. Parmi les politiques nationales, celle-ci va se pencher sur «comment les preuves scientifiques ont été utilisées», a-t-elle affirmé.

Lundi, au premier jour de la reprise en ligne de l’Assemblée mondiale de la santé, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus, sans mentionner le président américain Donald Trump, avait félicité Joe Biden pour son élection. Il avait lui-même de nouveau appelé à s’appuyer sur la science, ciblant le «déni» et l’«ignorance délibérée» de certains.

Selon Helen Clark, les réponses nationales seront analysées par son comité pour tirer des enseignements. Une approche selon laquelle un modèle pourrait être pertinent pour tous «est probablement inadaptée», a-t-elle insisté. Mais elle estime utile de partager des expériences qui peuvent être exploitées tout en les réaménageant en fonction de chaque contexte.

Face aux critiques contre l’OMS, lancées notamment par le président américain Donald Trump, la dizaine d’experts devront évaluer si l’organisation peut s’appuyer sur «le bon mandat, le bon pouvoir et les bonnes capacités». Plus largement, ils souhaitent analyser comment la communauté internationale a collaboré ou non face au coronavirus.

Appel lancé par Berne

De leur côté, les États-Unis soutiennent le scénario d’un examen de la situation de chaque pays par ses pairs, validé notamment par Tedros Adhanom Ghebreyesus. Devant les membres mardi, ils s’en sont pris aux responsables d’une autre investigation, celle lancée par l’OMS sur l’origine du virus. Ceux-ci se sont réunis fin octobre pour la première fois avec des experts chinois.

«Les États n’ont connu le cahier des charges» de cette mission internationale «qu’il y a quelques jours», déplore un représentant américain. Celui-ci n’a pas été «négocié» avec les membres et, de même que l’investigation elle-même, il «semble incohérent avec le mandat» donné il y a quelques mois par l’Assemblée mondiale de la santé, a-t-il aussi dit.

Pas moins de quatre investigations internationales sont en cours en lien avec la pandémie. La Suisse a appelé mardi à une collaboration entre elles pour renforcer la «préparation» et la «réponse» de l’OMS et de ses États membres aux pandémies.

Avec trois autres pays, elle a lancé en juin une coalition pour la protection sanitaire de tous. Cette crise offre «une opportunité historique» pour renforcer le rôle directeur de l’OMS sur cette question, selon elle. Elle figure parmi les soutiens d’une résolution, dont les États doivent discuter cette semaine, pour améliorer l’application du Réglement sanitaire international.

Milliards de dollars

Plus largement, il ne faut pas «répéter» les inégalités observées jusqu’à présent face aux pandémies, a affirmé de son côté la co-présidente du comité indépendant avec Helen Clark, l’ancienne présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf. Les citoyens des pays pauvres, notamment les femmes, sont habituellement affectés de manière disproportionnée. «Nous ne pouvons pas laisser cela avoir lieu», estime la Prix Nobel de la Paix, appelant à la solidarité.

L’OMS a aussi à nouveau demandé aux donateurs d’alimenter l’accélérateur lancé contre le Covid. Des dizaines de milliards de dollars manquent pour garantir un accès abordable et équitable pour tous à de futurs vaccins et médicaments.

Le comité indépendant avait été mandaté en mai. Il doit rendre son rapport en mai prochain lors de la prochaine réunion des États membres.

(ATS/NXP)

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