17.11.2020 à 14:18

SuisseLes ventes d’armes ont permis de créer la collection Bührle

La fortune personnelle d’Emil Bührle est passée de 8 millions de francs en 1938 à 162 millions en 1945. Il a vendu tant aux alliés qu’à l’Allemagne. Le Kunsthaus de Zurich expose bientôt sa collection.

Ce Van Gogh de 1888 appartenant à la collection Bührle était exposé à la Fondation de l’Herbmitage à Lausanne en 2017. 

Ce Van Gogh de 1888 appartenant à la collection Bührle était exposé à la Fondation de l’Herbmitage à Lausanne en 2017.

KEYSTONE

Les exportations d’armes ont permis à Emil Bührle (1890-1956) de constituer sa collection d’art. Les oeuvres de cette collection controversée seront exposées au Kunsthaus de Zurich dès l’année prochaine.

Les ventes d’armes ont fait d’Emil Bührle, qui était originaire d’Allemagne, l’homme le plus riche de Suisse à l’époque. L’historien Matthieu Leimgruber, de l’Université de Zurich, a présenté mardi une étude de 234 pages sur les liens entre les ventes d’armes et la collection d’art. L’étude a été mandatée par la ville et le canton de Zurich.

La conclusion de l’historien sur le lien entre les ventes d’armes et la collection d’Emil Bührle est claire: «La constitution de cette collection d’art de classe mondiale a été rendue possible grâce à l’immense fortune que Bührle avait accumulée grâce aux exportations d’armes avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale».

Opportuniste impitoyable

L’étude dépeint Emil Bührle comme un opportuniste impitoyable dans les affaires. Patron de la Werkzeugmaschinenfabrik Oerlikon (WO), il a fourni des canons antiaériens à l’Allemagne entre les deux guerres mondiales.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il a d’abord vendu des canons aux Alliés pour environ 60 millions de francs. Après la défaite de la France, Bührle a approvisionné l’Allemagne en armes pour environ 540 millions de francs. Lorsque la défaite de l’Allemagne nazie a commencé à se profiler, Bührle a de nouveau fourni des armes aux Alliés.

La fortune personnelle d’Emil Bührle est passée de 8 millions de francs en 1938 à 162 millions en 1945. Il a utilisé une partie de cet argent pour constituer sa collection d’art. Il a commencé à acheter des œuvres en 1936. A cette époque, les expropriations et les persécutions raciales du régime national-socialiste avaient un grand impact sur le marché de l’art.

Art spolié

Entre 1941 et 1945, Emil Bührle a acheté 93 oeuvres, dont 13 ont été considérées après la guerre comme de l’art spolié, selon l’étude. Le collectionneur a dû faire face à des demandes de restitution. Il a rendu des oeuvres à leurs propriétaires juifs. Il a ensuite pu en racheter neuf.

On ne peut pas blanchir Emil Bührle des reproches d’antisémitisme, même si un seul document écrit contient des déclarations antisémites. Mais pour Matthieu Leimgruber, il est clair qu’Emil Bührle a profité avec opportunisme de la situation des juifs persécutés et en fuite pour constituer sa collection. Emil Bührle n’était pas un nazi, mais il a fait des affaires avec le régime nazi par opportunisme, selon l’historien.

600 oeuvres d’art

Au total, Emil Bührle a acheté 600 oeuvres d’art pour 39 millions de francs. En 1960, les héritiers ont constitué la Fondation de la collection Emil Bührle, qui contient 200 de ces œuvres. Ce sont ces 200 oeuvres qui seront exposées dans la nouvelle extension du Kunsthaus.

L’étude a été critiquée avant même sa publication pour son manque d’indépendance. La WOZ a publié un article cet été qui affirme que des membres du groupe de pilotage de l’étude ont tenté d’influencer le rapport sur certains points afin de donner une meilleure image d’Emil Bührle.

Un des auteurs de l’étude s’est retiré parce qu’il estimait qu’il n’y avait plus de garantie pour une recherche libre et ouverte. Selon l’Université de Zurich, Matthieu Leimgruber et son équipe ont travaillé de manière indépendante et au plus près de leur conscience et de leurs connaissances.

Haute qualité scientifique

L’historien Jakob Tanner, de l’Université de Zurich, a attesté de la haute qualité scientifique de l’étude et du respect des règles en vigueur pour ce genre de travail. Mais il souligne aussi que la coopération avec un comité de pilotage est généralement difficile lorsqu’il s’agit de sujets controversés.

La maire de Zurich Corine Mauch a déclaré qu’un tel comité de pilotage ne serait, rétrospectivement, pas constitué de la même manière aujourd’hui. Elle a toutefois souligné qu’il a toujours été clair que la liberté de recherche devait être garantie.

(ATS/NXP)

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14 commentaires
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Frank

18.11.2020 à 08:23

Bon si le commerce de la mort peu égayer le quotidien d’une minorité d’élites bien éduqués.

cilculapraline

18.11.2020 à 04:21

c'était pas mieux de nos jours, voir pire, alors laissons l'histoire sur papier souvenir et que certain balaient devant leurs portes avant de relancer des polémiques absurdes.

Rico1er

17.11.2020 à 17:26

Il y a aussi beaucoup de juifs qui se sont enrichis sur le dos des autres. On en parle rarement.