Actualisé 03.03.2016 à 06:50

FinanceLes vidéos gênantes de la Société Générale

«Les Inrockuptibles» ont obtenu des images de séminaires de formation des traders de la banque.

Humour potache, sketches ultra-cyniques... Des vidéos embarrassantes obtenues par le magazine français Les Inrockuptibles dans le cadre de son dossier spécial sur la Société Générale ont été mises en ligne cette semaine.

Les images ont été filmées entre 2005 et 2007, peu de temps avant qu'éclate l'«affaire Kerviel» en 2008. Elles révèlent notamment la culture de la branche «Dérivés Actions» de la Société générale et le comportement de certains supérieurs hiérarchiques directs de Jérôme Kerviel.

«Truffeur de l'année»

L'un des DVDs auquel le magazine a eu accès capture l'ambiance d'un weekend d'intégration pour les nouvelles recrues de la banque, en 2005 à Djerba, en Tunisie. Lors d'un dîner formel au cours duquel se succèdent les sketches sur une scène, les employés sont appelés à élire le meilleur «tradeur-truffeur» (synonyme d'arnaqueur, «c’est du jargon de banquier», précise un ancien tradeur au magazine). Un «truffeur vendeur», déguisé pour l'occasion, se lance alors dans une démonstration.

«Le but pour toi, comme pour le client, c’est de retrouver la marge». S'en suivent quelques tours de passe-passe, puis quelques secondes plus tard «Elle est où la marge ? Ici, non. Ici, non… La marge, elle est dans ma poooooche». «Fou rire général. Dans cette histoire, le pigeon, c’est le client» soulignent les Inrocks.

Lors d'un autre séminaire à Deauville en 2005, un sketch projeté aux salariés reprend en fond musical la chanson «Au Summum» du groupe 113 et tourne en dérision l'impunité ambiante: «On prend des risques au-dessus des lois, on mise tout! Quand un bon client se présente, on tente tout...»

L'Affaire Kerviel en toile de fond

Si elles ne prouvent rien, ces images apportent un éclairage sur le management de la branche dans le cadre d'une investigation plus large au sujet de l'affaire Kerviel: mardi 2 mars, Mediapartet les Inrocksont fait état d'un possible délit d'initiés autour des pertes attribuées à l'ancien trader.

Pour mémoire, en janvier 2008, La Société Générale avait affirmé avoir été victime d'une «fraude» de 4,9 milliards d'euros dans ses activités de produits financiers dits dérivés. Elle a accusé son trader Jérôme Kerviel d'avoir «dissimulé ses positions grâce à un montage élaboré de transactions fictives», le mettant à pied et portant plainte contre lui. L'ex-trader reproche à la banque d'avoir couvert ses phénoménales prises de risque en toute connaissance de cause. Ce dernier a été condamné à cinq ans de prison dont trois ferme, mais a demandé une révision de son procès le 18 janvier dernier.

«Bluff» de la Société Générale?

Mediapartet Les Inrocks donnent la parole à une journaliste financière qui affirme que Daniel Bouton, ancien patron de la Société Générale, avait informé plusieurs banquiers concurrents du «débouclage» imminent des positions prises par Jérôme Kerviel, bien avant l'annonce officielle du scandale, pour leur demander leur aide. Ébruiter ainsi une opération boursière aussi sensible, qui consiste à solder pour plusieurs milliards d'euros de pertes, avant que les marchés ne soient officiellement informés, reviendrait à orchestrer un délit d'initiés et une manipulation.

Selon une autre information mise en avant notamment par les Inrocks: la banque aurait «bluffé» afin d'alourdir la perte attribuée à Jérôme Kerviel, officiellement 4,9 milliards d'euros, pour masquer d'autres défaillances, sans lien avec l'ex-trader.

La banque a immédiatement annoncé une plainte en diffamation contre les directeurs des deux publications et les journalistes impliqués.

(che avec agences)

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