Formule 1 - Les vieux démons de Ferrari et de Mercedes
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Formule 1Les vieux démons de Ferrari et de Mercedes

A Monaco, tant Charles Leclerc (Ferrari) que Valtteri Bottas (Mercedes) ont abandonné sur de simples problèmes mécaniques, du genre de ceux qu’on pensait trop simples pour se produire sur des monoplaces aussi sophistiquées que les F1 actuelles.

par
Luc Domenjoz

Retour au bon vieux temps

Les monoplaces de Formule 1 sont des machines extrêmement complexes, composées de plus de 15’000 pièces détachées (dont 5000 pour le moteur), bourrées d’électronique, de carbone et sujettes à l’attention de centaines d’ingénieurs.

Mais parfois, ce sont les pièces les plus élémentaires, de celles que l’on trouve sur toutes les voitures du monde, qui cèdent. A la surprise générale.

A Monaco, alors que Charles Leclerc (Ferrari) allait partir de la pole-position de «son» Grand Prix, le Monégasque a senti un problème avec sa boîte au virage 6, dans la descente de l’hôtel Fairmont. Rentré aux stands, il fallut constater la rupture de son arbre de transmission gauche. C’était l’abandon avant même le départ.

«On ne sait pas ce qu’il s’est passé»

La veille, le jeune pilote Ferrari avait tapé violemment le rail à la sortie de la piscine. Le samedi soir et le dimanche matin, ses mécaniciens ont examiné sa boîte de vitesses avec soin pour savoir s’il fallait la changer ou non suite à ce choc – un changement de boîte signifiant une pénalité de cinq places sur la grille de départ.

Il ont décidé de garder la boîte – et donc la pole-position. Et ce fut l’arbre de transmission qui cassa. Si c’est un hasard, il est énorme. Pourtant, chez Ferrari, Mattia Binotto, le patron, affirme que la casse de l’arbre n’a rien à voir avec l’accident. «On ne sait pas ce qui s’est passé. On doit maintenant comprendre pourquoi nous n’avions pas détecté ce problème, qui n’existait pas quand la voiture a quitté le garage et qui est apparu soudain au virage 6. Même si nous avions changé la boîte de Charles, la pièce qui a cassé n’aurait pas été remplacée, parce qu’elle n’avait pas été endommagée par l’accident. Ce n’était donc pas un pari de notre part.»

Il est très difficile de croire que le problème de transmission apparu après deux kilomètres de roulage n’a rien à voir avec la boîte. Mais on sait aussi que Mattia Binotto ne se gêne jamais pour raconter ce qui l’arrange en se moquant bien de la vérité…

Le boulon est toujours coincé!

Pour Valtteri Bottas, même punition: alors que le Finlandais roulait en deuxième place derrière Max Verstappen – sans être en mesure d’attaquer la Red Bull de tête –, le pilote Mercedes dut abandonner aux stands au moment de son changement de pneus.

En cause: un écrou récalcitrant qui avait détruit son filetage: «Les pistolets que nous utilisons pour serrer les roues sont très puissants», explique James Allison, le directeur technique de Mercedes. «En montant la roue, le boulon a créé son propre filetage, il était joliment coincé! Et au moment de le changer, quand on est pas juste en face, le pistolet arrache les angles du boulon… on appelle ça «usiner le boulon», c’est un peu comme quand vous utilisez votre tournevis et que vous usez la fente sans parvenir à tourner la vis. Après, vous pouvez utiliser tout ce que vous voulez, vous ne pouvez plus retirer votre vis. Et nous, nous ne pouvions plus retirer le boulon parce qu’il n’y avait plus d’angles pour l’accrocher et le tourner. Ces pistolets sont tellement puissants qu’ils lissent les angles des boulons instantanément si on est pas en face. C’est ce qui s’est passé aujourd’hui. La roue est même tellement coincée que nous n’avons pas réussi à l’enlever ce soir. On va devoir la découper à la scie circulaire quand on sera de retour à l’usine!»

Hamilton en colère

Le week-end monégasque était mal parti dès le samedi pour Lewis Hamilton, Qualifié septième seulement – alors que son équipier Valtteri Bottas était troisième –, le Britannique savait que la course serait difficile.

Mais grâce aux éventuels abandons devant (Leclerc et Bottas en course) et une bonne stratégie de la part de Mercedes, le Britannique pouvait espérer terminer à la porte du podium, si ce n’est sur sa troisième marche.

Il n’en fut rien. Non seulement le septuple champion du monde ne parvenait à dépasser personne sur la piste (ce qui est normal à Monaco), mais surtout, les stratèges de son équipe lui ont fait perdre deux places de plus face à Sebastian Vettel et Sergio Perez, qui roulaient derrière lui en début de course.

Résultat: colère de Lewis Hamilton et cafouillage dans les explications de Toto Wolff, le patron de Mercedes, après l’arrivée: «On a beaucoup discuté de stratégie pendant la course, explique-t-il. Nous avions peur que Lewis reste bloqué derrière le «bouchon» Gasly jusqu’à l’arrivée (ndlr: c’est bien ce qui s’est produit). Nous avons pensé que l’arrêter tôt permettrait de le sortir de là, mais ça n’a pas fonctionné» (en particulier parce que l’écurie Alpha Tauri a tout de suite aussi arrêté son pilote français).

«On ne peut plus se permettre ça»

A la radio, pendant la course, on a entendu Lewis Hamilton se plaindre de perdre des places. «Sérieusement, les gars, qu’est-ce que vous fabriquez? J’économisais mes pneus pour un arrêt tardif, et vous me stoppez tôt!»

Calmé à la fin de la course, le Britannique remarquait qu’il ne faudrait pas que de tels week-end se reproduisent: « Cette saison sera difficile, je le répète depuis le début. Nos adversaires ont une voiture pour gagner le championnat. La saison est longue, et nous ne pouvons plus nous permettre de week-ends comme ça. Cela dit, je suis aussi reconnaissant envers nos mauvais jours, parce qu’ils nous permettent d’apprendre et de progresser. C’est grâce à nos erreurs que nous avons remporté tous ces titres. »

Bottas sera remplacé par Russell

La nouvelle n’est pas encore officielle, mais la décision de remplacer Valtteri Bottas par George Russell, dès la saison prochaine, aurait déjà été prise et même annoncée au pilote finlandais.

C’est du moins ce qu’annoncent en Finlande les journaux proches du pilote Mercedes, et ce que confirment ses propos de jeudi, à Monaco, lorsqu’il a dit que désormais, il « courait avant tout pour lui-même », et non pour son écurie. Il lui reste quelques mois pour se trouver un autre baquet en Formule 1.

L’écurie Mercedes était contrainte de prendre une décision rapidement au sujet de sa deuxième voiture, parce que Lewis Hamilton a déjà dit vouloir se fixer sur son avenir avant l’été. Ajoutant qu’il voulait savoir qui serait son équipier, l’homme qu’il allait devoir battre, avant de choisir de continuer ou de prendre sa retraite.

D’autant qu’il a aussi dit, à Monaco, que le titre mondial, cette saison, n’était que sa deuxième priorité derrière sa lutte pour la diversité dans le monde en général et le sport automobile en particulier. Ça sent de plus en plus la fin de carrière pour le septuple champion du monde.

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