31.01.2013 à 06:44

ConflitLes villes maliennes libérées risquent des représailles

Après avoir libéré de l'occupation islamiste les villes du centre et du nord du Mali, les forces franco-maliennes laissent derrière elle une population noire en proie à un fort ressentiment envers les populations arabes et touarègues.

Patrouille française à Gao.

Patrouille française à Gao.

AFP

Dans les décombres de Konna, sa ville natale, ravagée par les combats entre l'armée malienne et les insurgés islamistes, Omar Sangaré estime qu'il ne pourra plus vivre en paix avec les Arabes et les Touaregs.

«Ce sont des traîtres», juge-t-il au milieu des gravats.

«Nous avons vu nos anciens voisins, des gens qui vivaient ici et avaient des magasins, parmi les attaquants. Comment pourrions-nous désormais leur faire confiance ?», s'indigne-t-il.

Les quinze millions de Maliens sont en majorité d'ethnies noires: Mandés, Peuls et Songhaïs. Les Arabes et Touaregs, à la peau plus claire, représentent 10% de la population et vivent surtout dans le Nord désertique. Globalement, la population pratique un islam modéré, de tendance soufie.

L'armée du Mali accusée de meurtre

A Gao et Tombouctou, les habitants ont pillé les maisons et les commerces d'Arabes et de Touaregs. L'armée malienne est elle aussi accusée de meurtres à motifs ethniques dans certaines partie du centre du pays.

Les observateurs craignent des représailles ethniques. Les Maliens ont rejoint en grand nombre les milices pour achever la libération du Nord et effacer toute trace des rebelles.

Les Touaregs, qui ont pris le contrôle du Nord en avril avant d'être évincés par des groupes islamistes beaucoup mieux armés, sont accusés d'avoir ouvert la porte aux rebelles islamistes. En outre, plusieurs dirigeants islamistes sont des membres de tribus touarègues bien connues, notamment au sein du groupe Ansar Dine.

Enfin, les Touaregs ont longtemps utilisé des Songhaïs comme esclaves. Cette pratique, selon certaines organisations de défense des droits de l'homme, perdurerait de nos jours, et alimenterait le ressentiment.

Chasse aux «infiltrés»

Dans un camp situé aux abords de la ville de Sévaré, non loin de Konna, un millier d'hommes, la plupart des réfugiés du Nord, s'entraînent à la chasse aux islamistes.

Vêtus d'uniformes élimés, ils vont et viennent au pas cadencé dans une cour très sale. Les quelques Kalachnikov rouillées et lance-roquettes dont ils disposent apparaissent dérisoires face aux islamistes rompus au combat.

Mais leur chef Ibrahim Diallo, qui est en train de les passer en revue, estime qu'ils pourront aider l'armée malienne à chasser les «infiltrés» qui ont aidé les rebelles à s'emparer de leurs villes.

«Nous sommes prêts à combattre. C'est ce que nous demandons depuis le jour où notre pays a été visé par Ansar Dine», déclare Issouf Ah Aguissa, un jeune membre de la milice. «Nous n'allons pas attendre que l'armée accepte de nous prendre à bord.»

Exécutions sommaires

La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) accuse l'armée malienne d'au moins onze meurtres à Sévaré depuis qu'elle s'est vu octroyer en janvier des pouvoirs exceptionnels par le président malien par intérim, Diouncounda Traoré, arrivé au pouvoir après le coup d'Etat militaire de l'an dernier.

«Maintenant que le nord du pays a été repris, le risque de représailles ethniques est encore plus élevé», juge Corinne Dufka de Human Rights Watch (HRW). «La présence des forces françaises a un effet d'apaisement. Elles doivent continuer à surveiller, conseiller et être prêtes à agir pour protéger les civils si nécessaire.»

Soupçons

Le sentiment de soupçon est renforcé par le fait que de nombreux islamistes ayant fui les villes du nord et du centre qu'ils tenaient ont renoncé à leurs robes longues et ont rasé leur barbe pour se fondre dans la population.

Autour de Diabali (centre), les autorités ont mis en place un réseau d'informateurs à la recherche d'étrangers. «Nous obtenons de bons renseignements», affirme Seydou Traoré, préfet du la région de Niono. Il fait état de plusieurs arrestations sur renseignements fournis par les habitants.

«Nous ne demandons pas aux gens de viser aveuglément les Arabes et les Touaregs, mais si quelqu'un arrive qui n'est pas connu de la population, nous devons le savoir, ici», explique-t-il. «J'ai demandé à la population de ne pas se faire justice elle-même.»

(ats)

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