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Football«L’état d’esprit d’une équipe, cela se construit»

Sébastien Bichard est le nouveau co-entraîneur du FC Sion, où il a été promu sur le banc de Tourbillon en compagnie de Christian Zermatten. S’il n’a pas connu l’élite comme joueur, son discours séduit. Présentations.

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Sport-Center
Un co-coach par intérim appliqué.

Un co-coach par intérim appliqué.

Keystone

Pour gérer l’après-Henchoz, le FC Sion s’est tourné vers le duo composé du Valaisan Christian Zermatten (53 ans) et du Français Sébastien Bichard (36 ans), nommés à titre intérimaire. Si le premier, fidèle serviteur du club de Tourbillon, est loin d’être un inconnu du grand public, on ne sait par contre pas grand-chose du second. Qui est-il? Quel est son parcours? Quelle méthode compte-t-il utiliser pour relancer une équipe à l’arrêt? C’est ce qu'on est notamment allé lui demander, mercredi, au sortir de l’entraînement.

Sébastien Bichard, qui êtes-vous?

Un dingue de foot. Je n’arrive pas à couper, c’est obsessionnel. Je pourrais presque tomber en dépression quand il n’y a en pas. Le foot concentre tout ce que j’aime dans la vie. Je dirai même que le football m’a éduqué.

S’il fallait choisir trois adjectifs pour vous définir, vous diriez…

Travailleur, passionné, exigeant. Je suis quelqu’un d’extrêmement pointilleux, tendance maniaque. Je peux même être très carré, plus suisse-allemand que français! (Rires)

Ce qui vous arrive avec Christian Zermatten, vous le percevez comme une chance?

En quelque sorte oui... D’un autre côté, je le prends comme quelque chose de normal, alors même que je ne suis encore arrivé nulle part. Je fais juste ce que j’aime, sachant que le football est ma vie et que je lui ai tout sacrifié. A 12 ans déjà, j’entraînais les mômes de mon village. Entraîner, c’est donner. J’ai très vite compris que cela allait être ma voie.

Le foot, à vos yeux, c’est un jeu de quoi?

D’adaptation. Il faut à la fois être mariole pour anticiper et intelligent pour le comprendre.

Cela laisse-t-il encore de la place pour l’instinct?

Bien sûr. Il faut avoir des ressentis, suivre ses émotions. Moi-même, j’observe beaucoup les attitudes, je lis vite les situations pour comprendre à qui l’on a affaire.

Qu’aimez-vous le plus dans votre rôle de coach?

J’aime les autres, m’occuper d’eux en trouvant des solutions, si possible les mieux adaptées au contexte. Chaque jour, il convient de trouver la chose qui se rapporte le plus à ce que l’on va retrouver en match.

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«Lorsque l’on ne connait pas les gens, le premier jugement est souvent faussé»

Dans le couple que vous formez avec Zermatten, comment cela fonctionne-t-il? Qui fait quoi?

On est à la fois deux No 1 et en même temps deux assistants. Alors qu’il a l’expérience et qu’il voit les choses de manière plus ponctuelle, avec parfois le recul d’un observateur, je suis davantage dans l’analyse et dans l’action. Comme je suis plus jeune, j’aime participer aux exercices, j’ai encore le feu de l’ancien joueur. Tout est ensuite partagé, discuté entre nous.

On parle souvent du fameux état d’esprit d’une équipe... Mais cet état d’esprit, existe-t-il naturellement ou faut-il le créer?

Cela se crée, puis cela s’alimente. Vous ne pouvez pas mettre 30 types avec un staff et croire que cela va bien se passer. Il convient d’abord de créer un cadre de vie, de partages. Qui sommes-nous? Qui sont les joueurs? Quel est notre dénominateur commun? Lorsque l’on ne connait pas les gens, le premier jugement est souvent faussé. Il faut donc commencer par apprendre à se connaître.

Justement, on reproche souvent au FC Sion de manquer de caractère ou de ne l’afficher que par intermittence. C’est quoi la vérité?

On a tous un ego, chaque être humain possède son caractère. La seule différence, c’est la façon de l’exprimer. On ne naît pas leader, on le devient. L’état d’esprit d’une équipe, cela se construit. Sauf qu’aujourd’hui, il faut construire vite.

En découvrant ces derniers temps les critiques acerbes de Stéphane Henchoz envers ses anciens joueurs, vous vous êtes dit quoi? Qu’elles correspondaient à la réalité ou qu’elles en étaient éloignées…

Je ne peux pas juger n’ayant pas vécu cela de l’intérieur mais à distance. Et même, je me l’interdis. Je n’aime pas le jugement. Et puis, qu’est-ce que cela amène de parler de choses que je ne maîtrise pas? On a tous nos torts, on a tous nos raisons. On ne peut pas être dans le commentaire, ce n’est pas mon job.

Pour votre prédécesseur, il fallait «caresser les joueurs dans le sens du poil». C’est aussi ce que vous faites?

On doit trouver la justesse. Certains ont besoin d’être caressés, d’autres d’être secoués. L’absence de résultats a plongé le groupe dans le doute.

La supposée unité d’un vestiaire, c’est un clan, au moins en théorie, donc un cercle. Où vous situez-vous? Dans le cercle? A côté? Au-dessus?

Je ne peux être qu’avec les joueurs, quand bien même il existe différents cercles successifs. Il peut aussi y avoir un cercle d’affinités. A la fin, on est tous liés les uns aux autres.

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«Ce que je sais, c’est que la solution existe et qu’il faut la trouver en nous»

Comment convaincre des joueurs que ce que vous leur demandez de faire est juste?

Pour être convaincant, il faut être soi-même. Montrer ses compétences et ses exigences aussi. Les premiers repères se trouvent dans l’exigence du quotidien, au niveau du travail et de la récupération.

En tant que joueur, vous n’avez pas joué à Liverpool, ni même dans l’élite. Cela peut-il constituer un frein?

J’aime apprendre de ce que je vois. Mes compétences sont liées à ce que j’ai vécu, dès mon adolescence, où j’ai très vite quitté ma famille. J’ai été l’un des plus jeunes entraîneurs en Promotion League (ndlr: à Nyon).

Un joueur est-il plus fragile dans son corps ou dans sa tête?

Ah, le mental… Tout part de là, de la gestion des émotions, de l’acceptation de la souffrance, de la volonté d’aller plus loin. En travaillant non pas davantage mais mieux. Quand on travaille en fonction des valeurs établies, le travail finit toujours pas payer. Pour moi, il n’y a jamais de hasard.

Alors qu’il reste trois matches jusqu’à la pause (ndlr: Thoune et Xamax à Tourbillon, Bâle à l’extérieur), Christian Constantin vous a imposé un objectif de 7 points pour éventuellement rempiler en janvier. En parlant d’objectif, quel est le vôtre?

Ce qui m’arrive aujourd’hui, je ne l’avais pas planifié. Au final, seule compte l’équipe, le FC Sion. On a une mission de travail et, en tant que tel, on est des missionnaires. Ce que je sais, c’est que la solution existe et qu’il faut la trouver en nous, et non chez l’adversaire. Tant il est vrai que l’on maîtrise mieux ce que l’on connaît…

Nicolas Jacquier, Riddes

Carte de visite

Sébastien Bichard

Naissance: le 29 mai 1983 à Le Blanc, dans l’Indre.

Parcours: formé à Châteauroux. En tant que joueur, cet ancien défenseur a évolué en Suisse sous les couleurs du Stade-Payerne, de Bulle, Nyon (jusqu’en Challenge League), Meyrin et US Terre-Sainte, où il met un terme à sa carrière en 2014.

Entraîneur: il entame sa reconversion au sein du Team Vaud (M18 puis M21), un premier poste entrecoupé par une expérience sur le banc du Stade Nyonnais couronnée de succès en dépit d’un contexte financier et administratif compliqué. Rejoint le FC Sion le 1er juillet 2018, d’abord en charge des espoirs valaisans. Après une pige effectuée sur le banc de la première équipe avec Christian Zermatten en fin de saison dernière (quatre matches), le duo remplace Stéphane Henchoz à titre intérimaire dès le 5 novembre.

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