Commentaire: l’éternel débat sur la fin du ski dans les Alpes

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CommentaireL’éternel débat sur la fin du ski dans les Alpes

Une année chaude, pas encore de neige et de l’électricité à économiser, il n’en faut pas davantage pour relancer le débat sur la fin du ski dans nos montagnes.

par
Eric Felley
Un jour, même les canons à neige ne suffiront plus à faire des pistes de ski, reste à savoir quand.

Un jour, même les canons à neige ne suffiront plus à faire des pistes de ski, reste à savoir quand.

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En 2022, beaucoup de records de chaleurs sont tombés, les glaciers ont fondu comme jamais, tous les mois ont affiché des températures anormalement hautes. À fin octobre, la FIS a dû annuler les courses de Coupe du monde prévue à Zermatt/Cervinia, ce qui a été vécu comme un traumatisme par les organisateurs. Même ce mois de novembre est doux jusqu’à plus de 3000 mètres d’altitude. La saison d’hiver 2022/2023 s’annonce un brin angoissante pour le tourisme hivernal.

Il reste à savoir quand

Il n’en faut guère plus pour que l’émission «Infrarouge» de mercredi sur la RTS réactive le débat sur la fin des sports d’hiver: «Angoisse identitaire au pays de la pente, écrit-elle, le ski sera-t-il un jour condamné?» La réponse est probablement oui, mais il reste à savoir quand et quelle sera la durée de la période de transition. Dans les milieux du tourisme alpin, tout le monde veut croire qu’elle sera la plus lointaine possible et que pour l’instant rien ne change. D’autant plus que l’hiver dernier a été une excellente saison.

Des millions pour Zermatt et Verbier…

Dans ce contexte, le Grand Conseil valaisan vote ce vendredi une enveloppe de plus de 28,7 millions de francs à fonds perdu pour aider les sociétés de remontées mécaniques du canton. Avec l’aide subsidiaire de la Confédération, elles vont recevoir plus de 51 millions de francs pour se relever de la pandémie. 25 millions sont distribués à Zermatt et 8 millions à Verbier. Est-il judicieux qu’autant d’argent public soit donné dans des régions qui évoluent dans le luxe et qui n’ont en réalité aucun problème de liquidités?

…qui s’ajoutent à d’autres millions

En Valais, la question ne se pose pas. Les remontées mécaniques sont considérées comme la «colonne vertébrale» du tourisme valaisan. Tous les calculs vous démontreront qu’un franc dépensé dans ce secteur en produit six fois plus. Avant la pandémie, en 2018, le Parlement valaisan avait déjà voté une loi sur l’encouragement des remontées mécaniques, qui prévoit un fond de plusieurs centaines de millions pour financer les sociétés du secteur. La monoculture des remonte-pentes semble avoir de beaux jours devant elle.

Sans neige

Cela dit, sans neige, la «colonne vertébrale» (actuellement 448 installations pour 42 entreprises) n’aura plus beaucoup de sens. Le conseiller national Christophe Clivaz (V/VS) est un des rares qui ose évoquer cette issue à plus ou moins long terme (il sera à «Infrarouge» ce soir). Récemment, il a suggéré de tirer la prise des remontées mécanique cet hiver pour faire des économies d’électricité. Leur consommation est de 183 gigawattheures, qui équivalent à celle de 30’000 à 40’000 ménages. Inutile de dire qu’il s’est fait recevoir.

Cependant, peu à peu, le tourisme alpin devra faire le deuil de la neige et des sports d’hiver. La magie de la montagne risque d’en prendre un coup, mais sûrement pas fatal. D’autres formes de tourisme perdureront, plus douces, moins mécanisées, moins populeuses, moins pollueuses et peut-être un peu moins rentables.

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