Football – L’étranger, terre pas toujours promise pour les jeunes Suisses
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FootballL’étranger, terre pas toujours promise pour les jeunes Suisses

De plus en plus d’espoirs helvétiques partent prématurément à l’étranger et se retrouvent en difficulté. Au point, parfois, de revenir au pays pour rebondir. Tentative d’explications.

par
Brice Cheneval
En situation d’échec à Genk, Bastien Toma (22 ans) a choisi de revenir en Suisse pour se relancer.

En situation d’échec à Genk, Bastien Toma (22 ans) a choisi de revenir en Suisse pour se relancer.

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Les propos datent d’un peu plus d’une semaine. Dans ces colonnes, Bastien Toma rejetait toute velléité de transfert malgré une situation sportive fragile à Genk. «Je veux rester et essayer de gagner ma place», assurait-il. Depuis, le milieu valaisan s’est visiblement fait une raison. À 22 ans, il a choisi de revenir en Suisse - à Saint-Gall - pour obtenir le temps de jeu dont il ne bénéficiait plus en Belgique.

En début de mois, son ancien coéquipier chez les M21 Anthony Racioppi a lui aussi opté pour le retour au pays. Condamné au banc à Dijon, en Ligue 2 française, le gardien genevois de 23 ans s’est engagé avec Young Boys.

Comme Toma et Racioppi, d’autres espoirs helvétique sont revenus au bercail ces derniers mois: cet été, les attaquants Dan Ndoye (21 ans) et Darian Males (20 ans) ont été prêtés respectivement par Nice et l’Inter Milan au FC Bâle. Dans le même temps, le milieu vaudois Alexandre Jankewitz (20 ans) est passé de Southampton à YB, avant d’être envoyé cet hiver à Saint-Gall pour terminer la saison. Leur point commun? Tous se trouvaient en manque de minutes à l’étranger. Un autre nom pourrait s’ajouter à la liste dans les prochains jours: Kevin Rüegg (23 ans), non utilisé à l’Hellas Vérone et annoncé sur les tablettes d’YB.

Derrière les réussites inspirantes de Noah Okafor (21 ans) et Philipp Köhn (23 ans) à Salzbourg, Jordan Lotomba (23 ans) à Nice ou Simon Sohm (20 ans) à Parme, plusieurs jeunes galèrent hors de nos frontières. C’était le cas d’Andi Zeqiri (22 ans), qui retrouve la lumière à Augsbourg après une saison dernière frustrante du côté de Brighton.

Une concurrence accrue

Il y a 14 mois, la Suisse bouclait sa campagne de qualification pour l’Euro M21 avec un bilan historique: 9 victoires pour 1 défaite. Cette équipe si prometteuse, comparée à la génération Shaqiri finaliste de la même compétition en 2011, symbolise les déboires de la jeunesse helvétique. Sur les 23 «Rougets» convoqués pour la phase finale fin mars, 12 ont évolué ou évoluent encore à l’étranger et seulement 6 ont pu jouir de titularisations régulières (Anthony Racioppi, Philipp Köhn, Jordan Lotomba, Jasper van der Werff, Noah Okafor, Simon Sohm).

Cette situation globale interpelle. Comment l’expliquer? Est-ce dû à un déficit de talent? À un mental friable? Ou plus aléatoirement, à un manque de chance? Les circonstances diffèrent selon les individualités, mais une constante s’impose. «De nos jours, les joueurs ont tendance à quitter le pays un peu trop tôt», pointe Mauro Lustrinelli, sélectionneur des M21 depuis bientôt 4 ans. Et se retrouvent insuffisamment armés. «J’entends souvent qu’on travaille davantage à l’étranger mais les entraînements sont durs aussi chez nous, indique Pierluigi Tami, directeur des équipes nationales. Ce qui fait vraiment la différence, c’est la concurrence. Ailleurs, tu dois te battre à chaque entraînement pour ta place. Et ça, on y est moins habitué en Suisse. Cela nécessite obligatoirement un temps d’adaptation.»

«Ailleurs, tu dois te battre à chaque entraînement pour ta place. Et ça, on y est moins habitué en Suisse»

Pierluigi Tami, directeur des équipes nationales

Bastien Toma confirme: «Quand je suis arrivé à Genk, j’ai été choqué par l’intensité des séances. C’est un autre monde. Lors de certaines oppositions, j’avais l’impression d’être en match. Personne ne te fait de cadeau.»

Revenir pour mieux repartir

Les jeunes sont également confrontés à un contexte moins favorable à leur développement: «Pour des raisons financières, nos clubs ont tout intérêt à mettre en valeur leur formation alors qu’à l’étranger, il y a un impératif de résultats important, donc moins de patience envers les néophytes», poursuit Pierluigi Tami. «Trouver le bon endroit et le bon moment pour partir n’est pas évident», corrobore Mauro Lustrinelli.

Certains ont toutefois montré que franchir un cap ne passait pas nécessairement par l’expatriation. Récemment, Eray Cömert (Bâle), Becir Omeragic (Zurich), Cédric Zesiger (YB) ou Kastriot Imeri (Servette) ont accédé à l’équipe nationale après avoir gravi les échelons en Super League. Pour autant, Mauro Lustrinelli rappelle qu«il faut toujours évaluer les situations individuelles» et que «ce n’est pas toujours un mauvais choix d’opter pour l’étranger prématurément». «Cela peut parfois s’apparenter à du temps perdu mais tu apprends énormément, témoigne Bastien Toma. Tu prends en maturité en tant que joueur et être humain. Personnellement, j’ai gagné en intensité physique, je vois le jeu un peu plus vite, je me sens meilleur techniquement et tactiquement… Plein de détails qui, à l’arrivée, m’ont transformé.»

Et si l’expérience n’aboutit pas à l’issue escomptée, revenir en Suisse ne représente pas forcément une régression. «Si c’est pour jouer, je vois plutôt cette voie comme un pas en avant, martèle Pierluigi Tami. Cela peut te permettre de rebondir pour repartir encore plus haut. D’autres l’ont fait, comme (Kevin) Mbabu et (Djibril) Sow.» Surtout si le tremplin s’appelle YB ou Bâle. «Ce sont des clubs bien structurés, engagés en Coupe d’Europe. Il y a tout ce qu’il faut pour assurer la progression des jeunes», situe Mauro Lustrinelli.

Bastien Toma et Anthony Racioppi ne rêvent que d’en apporter la confirmation.

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