Football - Lettre ouverte à Vladimir Petkovic
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FootballLettre ouverte à Vladimir Petkovic

Après la missive du sélectionneur à la nation, on a choisi de l’apostropher à notre tour en se fendant d’un message. Pour écrire l’histoire, il faudra commencer par plumer le coq tricolore.

par
Nicolas Jacquier
Contre la France, Vladimir Petkovic sait qu’il peut écrire l’histoire.

Contre la France, Vladimir Petkovic sait qu’il peut écrire l’histoire.

Claudio Thoma/freshfocus

Cher Monsieur, Vlado,

Votre lettre de la semaine dernière m’est bien parvenue; même avec les inévitables lenteurs postales, il y avait peu de chances qu’elle s’égare entre Bakou et les bords du Léman tant votre action était bien manigancée, peu importe de savoir qui en a été à l’origine

Vous avez du reste cru utile de viser large en inondant la Suisse entière de paroles que je pensais d’abord m’être destinées à moi seul. Le sélectionneur qui m’écrit waouh, quel honneur, ai-je initialement pensé. Sûrement parce que j’ai toujours été trop naïf…

Mais ta lettre, Vlado (permets moi cette familiarité, après tout, on se connaît, non?), je ne l’ai pas aimée, même pas du tout. Car beaucoup trop singulière et manquant sa cible. Un peu comme notre papa Sommer national, ayant très mal - bien aussi suivant l’angle - encaissé ses trois buts contre une équipe d’Italie aussi joueuse, ne comptant pourtant aucune star mondiale dans ses rangs.

Et pourquoi cette missive à la nation d’abord? Pourquoi vouloir t’expliquer toi qui n’a pas jugé nécessaire de venir le faire au lendemain du naufrage romain? Parce que tu étais déjà en train de coucher tes pensées, c’est ça? Ou était-ce uniquement pour siffler hors-jeu des critiques jugées inamicales parce que perçues trop violentes? La lecture de la réalité fait toujours mal.

Un rôle de mal-aimé qui vous va mal

Quoi qu’il en soit, ton appel à l’union sacrée est franchement tombé comme un cheveu sur la soupe. Vous glisser, toi et les joueurs, dans le rôle du mal-aimé ne vous va pas du tout. Etonnant ce besoin théorique de proclamer le rassemblement derrière notre équipe nationale alors que dans les faits, tout vous éloigne de cette base populaire dont vous aimez pourtant vous réclamer. Qu’avez-vous fait concrètement pour sentir battre le pouls du pays? Les gestes barrières et l’application des mesures anti Covid ont souvent (eu) beau dos…

A t’entendre ou plutôt à te lire entre les lignes, une partie de la Suisse, retranchée dans des «traditions» de rejet n’ayant plus lieu d’être au XXI siècle, n’aimerait pas cette Suisse-là, trop multiculturelle et ouverte pour réussir à s’y identifier? C’est probablement vrai comme cela l’était déjà avec Ottmar Hitzfeld - il y aura toujours des mécréants, personne ne pourra jamais rien y changer.

Un hymne national qui divise au lieu d’unir

Comme il reste des fâcheries qui nous séparent. L’interprétation feutrée de notre hymne en est une, de nature à nous diviser au lieu de nous unir. Parce que oui, on peut déplorer que l’équipe nationale ne reprenne pas en chœur le cantique suisse sans être taxé en retour d’affreux réactionnaire.

Cela coûte-t-il de l’énergie de chanter? Personnellement, il m’en coûte de voir cette Suisse silencieuse plutôt que d’être portée par les chants de ceux censés l’incarner - je ne dois pas être le seul à envier les frissons que font parcourir les fans de la Squadra Azzurra quand ceux-ci font bloc avec leurs chanteurs préférés. Alors oui, je le confesse: voir Xhaka, Seferovic, Shaqiri & Cie ne pas desserrer les dents avant le coup d’envoi m'horripile au plus haut point. En tant que guide, il te reviendrait aussi de pousser la chansonnette ou d’inciter à tout le moins les autres à le faire. Tout cela n’appartiendrait qu’à la seule cosmétique comme beaucoup le suggèrent? Pas si sûr.

Mais le vrai problème ne réside pas là; il se situe plutôt dans l’art du dépassement de fonctions et de l’envie d’en faire plus que d’ordinaire. Contre la France, c’est dans ce domaine que vous serez jugé lundi soir à Bucarest, c’est là-bas, face à ces Bleus déjà convaincus de vous réduire en charpies, qu’il faudra répondre présent. Compte tenu du potentiel, vous pouvez le faire, j’en suis convaincu, bien davantage que tes protégés ne le pensent sans doute. A toi de leur transmettre ta volonté d’écrire l’histoire.

Si la Suisse entend marquer son territoire, se faire entendre sur la scène européenne en frappant un grand coup, franchir un vrai palier dans sa progression, c’est maintenant, enfin lundi, on s’est compris.

Quand l’ASF «censure» les ambitions de son coach

Me revient d’ailleurs en mémoire, vois-tu, un récent épisode dans lequel ton employeur avait tenu à censurer des propos qu’un membre de ton staff t’avait attribué. Celui-ci se disait en substance convaincu que dans ta tête, tu te rêvais sûrement champion d’Europe. Le service de presse de l’ASF avait préféré y aller mollo en faisant supprimer cet excès d’ambitions. Voilà qui dit beaucoup de ce que la Suisse est et de comment elle se considère sur l’échiquier du foot européen et mondial.

Pourtant, l’histoire est devant vous, qui vous, qui nous tend les mains. Preuve de la confiance teintée d’inconscience qui m’habite, je cours mettre ce jeudi déjà deux thunes sur un titre helvétique au soir du 11 juillet – la cote est à 82,0 contre 4,25 aux Bleus.

Au moment des retrouvailles avec nos amis français, montre la force qui est en toi Vlado. Choisis les mots - pas ceux d’une nouvelle lettre à la nation, on a donné - pour que chacun à sa manière trouve un sentiment d’appartenance à ce qui nous lie, indépendamment des origines, des différences ou des croyances personnelles. Et tous, c’est nous.

Dans un premier temps, plumez-nous déjà ce coq gaulois qui nous exaspère et nous prive de nous réjouir - et pour certains de chanter - depuis si longtemps. Il ne resterait alors plus que trois matches à gagner pour nous donner raison. A toi, à moi. Et à la Suisse de 2021.

Que la force soit avec les Rouges.

PS: imagine seulement les conséquences d’un tel exploit. Tu pourrais sans autre quitter ton poste en ayant réussi ta sortie. Parce que c’est bien ça que tu nous prépares, non?

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