18.09.2018 à 14:04

Leur main de bronze est unique!

Berne

La jeune Sarah a assisté à une découverte qui fera date: la sculpture trouvée à Prêles (BE) par son beau-père passe pour la plus ancienne d’Europe!

par
Vincent Donzé
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Massimo Beck (ici avec la petite Sarah) avait fait une découverte sensationnelle: une main de bronze ornée d'or vieille de 3500 ans.

Massimo Beck (ici avec la petite Sarah) avait fait une découverte sensationnelle: une main de bronze ornée d'or vieille de 3500 ans.

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Massimo Beck (47 ans):  «Si un pillage a été commis, c'est parce que pendant huit mois, le site a été laissé sans surveillance».

Massimo Beck (47 ans): «Si un pillage a été commis, c'est parce que pendant huit mois, le site a été laissé sans surveillance».

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«Le Matin» avait rencontré Sarah, la petite chasseuse de trésor, en mai 2018

«Le Matin» avait rencontré Sarah, la petite chasseuse de trésor, en mai 2018

Laurent Crottet

Elle a su garder son secret pendant presque une année, pour éviter les pillages: sur les pas de son beau-père Massimo Bech, qui l’a initiée à la détection, Sarah Chiha (13 ans) a assisté l’automne dernier à une découverte qui fera date: une main vieille de 3’500 ans qui passe pour la sculpture en bronze la plus ancienne d'Europe!

Quand elle chasse un trésor au détecteur, son butin se compose d’ordinaire de pièces sans valeur: ici le bouton d’un militaire, là le plomb d’un sac agricole. Mais l'automne dernier, Sarah a bien compris l’importance de la découverte faite par son beau-père, sur le plateau de Diesse: l’écolière de Courtelary (BE) a diffusé sur son blog «Sarah détection» une vidéo intitulée «Notre grande découverte: une main en bronze avec bracelet d’or». Avec en sous-titre: «Découverte dans une tombe, époque celtique».

La confirmation est venue ce mardi par le Service archéologique bernois: «C’est peut-être la plus ancienne sculpture en bronze d’Europe», estiment les archéologues bernois, après l’analyse de la main qualifiée d’«exceptionnelle». Une multitude de questions se posent maintenant quant à son origine et sa fonction.

Un secret bien gardé

À côté de la main sculptée en bronze portant un bracelet en or, on a trouvé une lame de poignard en bronze et une côte humaine. «Les auteurs de la découverte ont remis ces objets au Service archéologique de Berne dès le lendemain», se félicite le Service archéologique. Pour éviter un pillage, une surveillance a été mise en place et le lieu de la découverte n’a pas été divulgué: Sarah a tenu sa langue.

«Les premières recherches ont montré qu’aucun objet analogue n’avait été trouvé à ce jour en Suisse ou dans les pays voisins», précise le Service archéologique. La datation au carbone 14 a permis de déterminer que la main en bronze datait de 1500 à 1400 av. J.-C.

La colle végétale utilisée pour fixer la fine plaque d’or appliquée autour du poignet a été analysée. La datation indique que la côte humaine est plus jeune d’une centaine d’années. Ces deux dates, situées dans l’Âge du bronze moyen, sont cohérentes avec la lame de poignard. Les premières analyses effectuées sur les métaux utilisés pour fabriquer la main confirment qu’il s’agit d’alliages courants à cette époque.

En fouillant les lieux, l’équipe du Service archéologique a mis au jour une tombe contenant les ossements d’un homme adulte au début de l’été 2018. «Elle avait malheureusement subi des dommages importants suite à des travaux récents», déplorent les archéologues. La tombe contenait une fibule en bronze, une spirale en bronze (ornement de coiffure) et des restes de plaque d’or provenant vraisemblablement de la main. La présence de l’un des doigts de la main en bronze a confirmé que la sculpture était bien issue de ce site.

On a découvert sous la tombe une construction en pierres d’origine humaine. Apparemment, l’homme à la main de bronze a été délibérément inhumé au-dessus de cette construction plus ancienne. «Il devait s’agir d’un personnage de haut rang», suppose les archéologues.

Une sculpture «unique»

À la connaissance des spécialistes suisses, allemands et français, on n’a jamais trouvé de sculpture comparable datant de l’Âge du bronze en Europe centrale. Objet qualifié d’ «unique et remarquable.», la main de Prêles est à ce jour la pièce en bronze la plus ancienne représentant une partie du corps humain.

Il est encore trop tôt pour déterminer si la main a été fabriquée dans la région des Trois-Lacs ou dans une contrée plus lointaine. On ne connaît pas non plus la signification et la fonction qui lui étaient attribuées. Son ornement en or donne à penser qu’il s’agit d’un emblème de pouvoir, signe distinctif de l’élite sociale voire d’une déité.

La main est prolongée par une forme creuse qui suggère qu’elle était à l’origine montée sur un autre objet : elle était peut-être une partie d’un sceptre ou d’une statue.Toutes les questions seront abordées lors de l’étude scientifique qui débutera au cours des prochains mois.

«Jamais je n’aurais sa patience, mais la détection lui donne le goût de l’histoire et qui sait, elle trouvera peut-être une pièce qui finira dans un musée», commentait la maman de Sarah, Sandra Chiha. Souhait exaucé, avec l’aide du beau-père: la main de Prêles sera exposée au public du 18 septembre au 14 octobre 2018 au NMB Nouveau Musée Bienne.

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