Parachutisme: Leur saut face au Cervin tourne mal

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ParachutismeLeur saut face au Cervin tourne mal

Professionnel de la discipline, un Bâlois s'est tué au-dessus de Zermatt (VS). Il sautait avec trois amis valaisans, tous expérimentés. Les circonstances sont troubles.

par
Evelyne Emeri
Les quatre skydivers rêvaient de chute libre face au Cervin (photo d'illustration). Leur sortie s'est terminée tragiquement. La justice va devoir reconstituer l'accident et définir les responsabilités.

Les quatre skydivers rêvaient de chute libre face au Cervin (photo d'illustration). Leur sortie s'est terminée tragiquement. La justice va devoir reconstituer l'accident et définir les responsabilités.

Stocklib

Les quatre parachutistes professionnels voulaient s'offrir un spot de début de saison face au Cervin, dans un cadre privé. Du freefly – discipline regroupant toutes les positions de la chute libre – en formation avec un saut à une altitude d'environ 4700 m. L'atterrissage était prévu dans la région de Furi à 1800 m. Ils n'y poseront pas leurs pieds et y déposeront encore moins leurs voiles.

Pour effectuer ce vol, le quatuor avait fait appel à la compagnie Air Zermatt. Lundi matin, vers 9 h, les trois Sédunois et le Bâlois se sont jetés dans le vide sans anicroche depuis l'hélicoptère. En plein vol, ils se sont aperçus que leur trajectoire était erronée et qu'ils avaient dévié vers une autre vallée, dans le secteur accidenté du Riffelberg. Quelques secondes pour évaluer la situation et décider d'ouvrir précipitamment leurs parachutes, vraisemblablement pour amortir le choc au sol dans une zone inadaptée et dangereuse, au lieu-dit «Gugle», à 2400 m.

Instructeurs chez RealFly

Le Suisse alémanique de 38 ans, domicilié dans le canton de Bâle-Campagne, a été mortellement blessé lorsqu'il a touché terre. Un des trois Valaisans, âgé de 30 ans, a été héliporté à l'Hôpital de Viège, qu'il a pu quitter hier après-midi. Il souffre de contusions. Les deux autres skydivers s'en sont sortis sains et saufs.

«Il semblerait qu'un élément a perturbé le positionnement des parachutistes. Dès lors, ils n'étaient plus à la verticale de leur lieu d'atterrissage prévu», commente l'employeur des trois Valaisans. Vincent Van Laethem dirige l'entreprise RealFly, basée à Sion. Il choisit de protéger ses trois instructeurs, qui souhaitent avoir la paix, très ébranlés par la perte de leur ami. «Ce sont des personnes compétentes. Ils s'étaient correctement organisés, la météo était bonne, le matériel adapté à leurs niveaux respectifs», poursuit le CEO du premier simulateur de chute libre indoor de Suisse. «Tout cela me surprend beaucoup. L'élément-clé, c'est le largage. Il a dû y avoir un problème à ce moment-là.» Sollicité à réitérées reprises, Air Zermatt ne lâche rien, invoquant l'enquête en cours.

Le parquet saisi

Précisément, sur les circonstances de ce grave accident de parachutisme, rien ne filtre. Le Ministère public du Haut-Valais démarre son instruction. Premier procureur du Haut-Valais, Rinaldo Arnold se limite à quelques conjectures: «Ont-ils été déviés à cause de vents contraires? Un parachute ne s'est-il pas ouvert? Que s'est-il passé à l'atterrissage, et surtout avant? Il est bien trop tôt pour avancer l'une ou l'autre hypothèse.»

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