Crise ukrainienne  – L’Europe a des alternatives au gaz russe, mais partielles
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Crise ukrainienne L’Europe a des alternatives au gaz russe, mais partielles

La Russie fournit plus de 40% des importations européennes de gaz, qui pourraient être menacées avec la crise ukrainienne, même si les experts jugent peu probable un arrêt total des livraisons.

Les livraisons de gaz russe sont un enjeu majeur pour l’Europe (photo d’archives). 

Les livraisons de gaz russe sont un enjeu majeur pour l’Europe (photo d’archives).

REUTERS

La crise ukrainienne pourrait menacer les importations européennes de gaz, dont plus de 40% proviennent de Russie. Mais l’Europe peut compter sur d’autres sources d’approvisionnement pour remplacer au moins en partie ces volumes, tandis que les experts jugent peu probable un arrêt total des livraisons russes. «Des gazoducs viennent de la Norvège, de l’Algérie, de l’Azerbaïdjan, mais ces pays n’ont pas de capacité de production supplémentaire», indique Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de la question.

Washington à la manœuvre

Pour l’Europe, les regards se tournent donc plutôt vers les approvisionnements par gaz naturel liquéfié (GNL), qui peuvent arriver par bateau du monde entier. Les États-Unis ont indiqué travailler à «des approvisionnements alternatifs couvrant une majorité significative des potentielles coupes» dans la livraison de gaz russe.

L’émir du Qatar – premier exportateur mondial de GNL – sera ainsi reçu par le président américain Joe Biden le 31 janvier. L’Australie dit aussi être prête à envoyer du gaz naturel en Europe.

«En matière de volumes de GNL, les trois mastodontes aujourd’hui sont le Qatar, l’Australie et les États-Unis», indique l'expert Vincent Demoury. «Donc c’est majoritairement ces trois pays qui auraient de la flexibilité pour produire plus, ou rediriger vers l’Europe des volumes traditionnellement dirigés vers d’autres marchés.»

Le GNL, solution partielle

«Nous ne pouvons pas remplacer tout le gaz russe par du GNL», prévient toutefois Thierry Bros. Les capacités de regazéification en Europe (Royaume-Uni compris) sont de quelque 19 milliards de m3 (mmc) par mois. Avec environ 8 mmc en moyenne déjà utilisés, il reste environ 11 mmc de capacité qui peuvent encore être mobilisés. Pas tout à fait assez pour compenser les quelque 14 mmc par mois venus actuellement de Russie.

L'hiver complique la tâche

«Si on raisonne en base annuelle, il y a largement la capacité disponible pour remplacer une bonne partie des exportations russes dans les terminaux européens», complète Vincent Demoury. Mais actuellement, en plein hiver, «l’utilisation des terminaux est beaucoup plus haute» que la moyenne annuelle.

Les terminaux français sont par exemple «saturés» actuellement, mais ce n’est pas le cas partout: «il reste des pays avec des capacités significatives disponibles, notamment l’Espagne et le Royaume-Uni», précise Vincent Demoury. Le gaz qui entrerait par ces terminaux pourrait ensuite être redistribué sous forme gazeuse, via le réseau de gazoducs du continent, vers les pays qui en ont besoin.

La Russie risquerait gros

Les réserves de gaz en Europe sont basses cet hiver et l’approvisionnement depuis la Russie parvient à un niveau historiquement faible en ce mois de janvier. Mais la Russie ira-t-elle jusqu’à couper totalement le robinet?

«Une suspension totale des exports gaziers reste le moins probable des scénarios», juge le cabinet Eurasia Group. «Cela impliquerait des risques graves à long terme pour la stabilité financière de la Russie et son influence politique en Europe, car l’UE répondrait probablement de manière agressive en diversifiant son approvisionnement énergétique.»

Créer de la dissension

«Les Russes n’ont aucun intérêt à arrêter les livraisons», abonde Thierry Bros. Outre l’intérêt financier, le maintien de leurs livraisons «permet de créer de la dissension au sein de l’Europe», analyse-t-il: la Russie pourrait continuer d’alimenter certains pays (Allemagne, Grèce, Hongrie…) mais pas d’autres (Pologne, Lituanie). Une situation qui diviserait l’Europe mais du coup compliquerait moins son approvisionnement global. Le GNL supplémentaire pourrait donc suffire.

(AFP)

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