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Formule 1Lewis Hamilton, le plus grand de notre époque

Champion pour la septième fois, égalant le record de Michael Schumacher, le Britannique devient de plus en plus solitaire, écologiste et mystique. Mais il est aussi le meilleur pilote de notre temps, comme le confirme Sebastian Vettel.

par
Luc Domenjoz
Sport-Center

Un pilote d’exception

Même ses plus farouches adversaires doivent le reconnaître: Lewis Hamilton est un pilote exceptionnel.

Bien sûr, il conduit la meilleure voiture. Bien sûr, il ne décrocherait aucun titre mondial sur une Haas ou sur une Williams d’aujourd’hui. Mais même au volant de la Mercedes, il faut encore savoir se sortir de situations difficiles.

A Istanbul, c’est de la plus belle des façons qu’il a remporté la victoire et son septième titre mondial: parti sixième, en difficulté en début de course, aux prises avec des pneus avant qu’il ne parvenait pas à faire fonctionner, avec des freins qui restaient trop froids, il s’est montré prudent.

Mais après avoir chaussé des gommes intermédiaires, il a survolé les conditions encore très glissantes du circuit d’Istanbul. Preuve de son talent: alors qu’il remportait une victoire nette, avec plus de 30 secondes d’avance sur ses adversaires, son équipier Valtteri Bottas, sur la même Mercedes, terminait… quatorzième, à l’agonie, à plus d’un tour du Britannique et après avoir commis six tête-à-queues pendant la course.

Comme quoi la voiture ne fait pas tout. A l’arrivée, le Finlandais (qui venait de perdre ses dernières chances de remporter le titre mondial) ne savait plus comment il s’appelait, bafouillant des explications sur son volant, «qui n’allait pas droit» après un accrochage au premier virage.

La solitude

Lewis Hamilton, cette saison, a vécu comme un ermite. Depuis plusieurs années, il ne fréquente plus les hôtels proches des circuits. En Europe, il se déplace avec son propre motorhome. D’habitude, il prend ses repas dans le stand de l’écurie, parfois avec un ingénieur, souvent seul, refusant même de parler à quiconque.

Mais en cette saison de pandémie, chacun est isolé par le protocole des bulles et des sous-bulles. En 2020, depuis le début de la saison, en juillet, il a vécu seul, uniquement accompagné de sa préparatrice physique, Angela Cullen, est de ses deux bouledogues. Pas de quoi favoriser des liens avec le reste de la société.

Les combats

Ces dernières années, on a pu observer Lewis Hamilton se chercher un peu. Il s’est essayé à la musique, apprenant le piano et installant un studio d’enregistrement dans une de ses propriétés, à Londres.

Il a aussi beaucoup fréquenté le milieu de la mode, parcourant les fashion weeks, de New York à Milan en passant par Paris. En même temps, il s’est isolé, acquérant un immense domaine dans le Colorado, sa «Mega-zone», où il peut se balader en quad sans voir personne. Il est devenu très croyant, parlant souvent de religion, remerciant le ciel après ses victoires.

Et depuis deux ou trois ans, il s’est lancé dans des combats qui lui tiennent de plus en plus à cœur. Après être devenu 100% vegan, il a commencé à réfléchir à l’impact des hommes sur la planète. Il a vendu son jet privé, et pense que son rôle consiste à rendre le monde plus durable. «Je pense de plus en plus à notre planète», a-t-il écrit en août dernier.

Mais cette année, il s’est surtout lancé dans la lutte contre le racisme. Après le décès de George Floyd, aux Etats-Unis, il a convaincu Mercedes de peindre ses monoplaces en noir, tout en poussant Liberty Media, la société détentrice des droits commerciaux de la F1, à lancer une campagne générale contre le racisme.

«Le confinement a été un désastre en bien des aspects, remarque-t-il. Mais d’une certaine manière, il m’a aussi donné un coup de fouet, plein d’énergie pour me concentrer sur d’autres choses que la course.»

Pour les jeunes

Chez Mercedes, on ne compte que 45 employés (sur 1500) qui ne soient pas des hommes blancs! Lewis Hamilton a décidé d’agir: «Je vais tout faire chez nous, chez Mercedes, pour embaucher plus de gens de couleur, pour plus de diversité. C’est aussi une question d’éducation, c’est pourquoi j’ai lancé la «Hamilton commission», pour étudier comment aborder le problème de la formation. La commission va dire comment changer les choses. »

A Istanbul, juste après avoir franchi la ligne d’arrivée, en train de boucler son tour d’honneur, le Britannique a voulu que ses premiers mots soient pour les enfants: «Vous pouvez réaliser vos rêves», leur a-t-il dit dans sa radio de bord. «Quand on vous dit que c’est impossible, ne le croyez pas. A force de travail et de volonté, vous pouvez y arriver.»

Plus tard, une fois descendu de sa monoplace, il reprit le thème: «Je rêvais d’en être là quand j’avais 5 ans. Je rêvais d’être en Formule 1. Pour chacun d’entre nous, c’est important d’avoir des rêves, et d’avoir de grands rêves, quel que soit votre âge. Quand j’ai commencé en kart, il n’y avait aucun pilote de couleur, personne qui me ressemblait. Alors, forcément, je pouvais penser qu’il me serait impossible d’arriver en F1, puisque personne n’était comme moi. J’espère que mon succès envoie un message à tous les enfants, pour leur dire qu’ils peuvent y arriver, quelle que soit leur origine, leur ethnie ou leur religion. Vous devez vous frayer votre propre chemin. C’est ce que j’ai fait, et ça a été tellement difficile! Mais mon message, c’est de dire aux enfants de rêver et de ne jamais abandonner…»

Lewis Hamilton en sortant de son bolide dimanche.

Lewis Hamilton en sortant de son bolide dimanche.

AFP

Larmes cachées

A l’arrivée de la course, Lewis Hamilton a fortement ralenti pendant son tour d’honneur. Une fois sa voiture stoppée, le Britannique est resté longuement assis dans sa monoplace, incapable d’en sortir. «Vous savez, je me souviens d’avoir vu d’autres pilotes pleurer, dans le passé. Et je m’étais dit: «Je ne ferai certainement jamais ça». J’ai toujours déclaré que vous ne me verriez jamais en larmes… Mais dès que j’ai passé la ligne d’arrivée, toute ma carrière m’est revenue à la figure, je me suis revu avec mon père, quand on rentrait à la maison, juste après que j’aie gagné le championnat d’Angleterre de karting, quand on chantait «We are the champions» dans la voiture… tout ça m’est revenu, et j’ai éclaté en sanglots. Quand j’ai arrêté la voiture, je ne voulais pas en sortir, parce que je ne voulais pas y croire. J’ai repensé à mon père, à ma mère, à toute ma famille. Et je voulais que mes larmes sèchent avant de sortir…»

Vettel: «Le plus grand de notre époque»

A l’arrivée, Sebastian Vettel - pour la première fois sur le podium cette saison - s’est penché vers le Britannique, encore assis dans sa voiture. «Je lui ai dit que ce moment était spécial pour nous, révéla Sebastian Vettel. Parce que nous voyons s’écrire l’histoire du sport automobile avec son record de titres. Je pense que Lewis est le plus grand pilote de notre époque, c’est certain. On ne peut pas comparer avec d’autres temps, bien sûr, comment voulez-vous nous comparer avec des pilotes comme Fangio ou Stirling Moss? C’est impossible. On serait nuls dans leurs voitures, parce qu’on ferait sûrement dans nos pantalons! Et peut-être qu’eux auraient du mal avec nos monoplaces, parce qu’elles sont trop rapides… qui sait? Ça n’a aucune importance. Chaque période a son pilote, et Lewis est le plus grand de notre époque. Pour moi, émotionnellement, Michael (Schumacher) sera toujours le plus grand pilote, mais Lewis est le meilleur en termes de résultats, il a le même nombre de titres et plus de victoires ou de pole-positions. Il a battu tous les records, et la course d’aujourd’hui, à Istanbul, constitue la plus belle preuve de son talent. Ce n’était pas son jour, et pourtant il a encore gagné. Il mérite sa réussite.»

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20 commentaires
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Hans

17.11.2020 à 08:36

Le fameux pilote moralisateur. Il est moins regardant en acceptant l'argent de Boss (l'entreprise qui fabriquait les uniformes de l'armée allemande et n'a jamais fait son mea culpa).

Ayrtonàjamais

17.11.2020 à 07:19

Hamilton est indéniablement un grand pilote, mais la technique et la voiture, ou plutôt les ingénieurs et la puissance financière d'une marque, font que les désirs sont un peu pipés ! Le reste n'est qu'affaire de sensibilité des uns et des autres, et chacun choisira son héros. Pour moi, Schumacher, Senna ou, en remontant un peu dans le temps, Jim Clark ou Fangio étaient supérieurs à Hamilton et, surtout, la F1 était beaucoup plus intéressante à suivre que maintenant !

bof

16.11.2020 à 19:12

Je n'ai jamais compris en quoi la f1 était un sport?