L’ex-boxeur suisse Mauro Martelli jugé coupable d’abus sur une fillette

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JusticeL’ex-boxeur suisse Mauro Martelli jugé coupable d’abus sur une fillette

Le Tribunal de la Veveyse (FR) estime crédible Ana* qui a dénoncé le quintuple champion d’Europe de boxe.

par
Evelyne Emeri
Cagliari, Sardaigne, 1988: le boxeur le plus titré de Suisse remporte son cinquième Championnat d’Europe contre le Sarde Efisio Galici.

Cagliari, Sardaigne, 1988: le boxeur le plus titré de Suisse remporte son cinquième Championnat d’Europe contre le Sarde Efisio Galici.

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La parole de l’un contre la parole de l’autre. Le juge de police fribourgeois Pascal L’Homme a tranché. Il a cru la fillette, âgée entre 10 et 11 ans au moment des faits survenus entre 2018 et 2019. Il a cru les allégations à l’encontre du prévenu qu’Ana* a confiées à sa maman, puis à son papa, puis à la police (ndlr. deux auditions filmées) sans jamais varier. Pour sa part, l’ancienne star du ring, 57 ans, a toujours contesté avoir eu le moindre geste déplacé ou à connotation sexuelle envers sa filleule à laquelle il a donné des cours de boxe et qu’il a reçue chez lui à plusieurs reprises. Il l’a dit et répété en audience le 8 novembre dernier devant le Tribunal de l’arrondissement de la Veveyse, à Châtel-Saint-Denis (FR).

10 mois avec sursis

L’accusation soutenue par la procureure Stéphanie Amara était accablante. Le juge unique l’a suivie s’agissant des infractions d’actes d’ordre sexuel avec des enfants et de pornographie ainsi que de l’entier des agissements retenus par la magistrate à l’endroit de l’ex-champion de boxe. Mauro Martelli est ainsi condamné à une peine privative de liberté de 10 mois, assortie du sursis pendant 2 ans, et au paiement d’une amende de 3000 francs.

Il est également condamné à payer à Ana un franc symbolique pour tort moral et près de 9500 francs pour ses frais de défense. Les frais de procédure de 4400 francs sont également mis à sa charge. Et sa requête d’indemnité a été rejetée. Requise par le ministère public, l’interdiction à vie d’exercer toute activité professionnelle et non professionnelle organisée impliquant des contacts réguliers avec des mineurs a en revanche été écartée par le Tribunal.

Attouchements, photos…

Ana accusait depuis novembre 2019 son parrain d’avoir attenté à son intégrité sexuelle lors des entraînements de boxe qu’il lui dispensait à la demande de son père dans la salle de sport qu’il gère sur la Côte vaudoise. La fillette a détaillé des gestes et des propos inappropriés émanant de son entraîneur du mercredi après-midi durant les sessions d’étirements, des attouchements et des caresses sur ses parties intimes, précisant qu’ils avaient toujours lieu à huis clos ou à l’écart dans ladite salle.

Au domicile du prévenu, la fillette a prétendu avoir vu des photos et des vidéos pornographiques et avoir dû subir d’autres propos à connotation sexuelle. Elle a aussi affirmé que l’accusé s’était déshabillé entièrement devant elle et lui avait demandé de lui faire un câlin. Enfin, qu’il lui avait touché les fesses avant de lui promettre sa maison si elle acceptait de faire l’amour avec lui. 

Complot écarté

Dans son jugement, le Tribunal de la Veveyse constate que «le prévenu nie tous les faits qui lui sont reprochés, sans pouvoir donner des explications aux propos tenus à son encontre par l’enfant. Il laisse entendre qu’elle aurait pu être manipulée par ses parents ou que son père aurait pu manipuler tout le monde. L’hypothèse d’un complot des parents peut être écartée. En effet, au moment de la dénonciation et actuellement encore, leurs relations (du couple) sont tendues et leur entente mauvaise». 

Le juge Pascal L’Homme de poursuivre: «Mauro Martelli niant purement et simplement tous les faits retenus à sa charge, il est difficile d’apprécier sa crédibilité. Lors de son interrogatoire par la police, il a paru parfois surpris. Or, son épouse a confirmé avoir eu connaissance des faits tels que décrits finalement dans l’acte d’accusation et en avoir informé le prévenu en détails».

«Elle n’a pas inventé»

«La seule question qui se pose est celle de la crédibilité d’Ana et des raisons qui auraient pu la pousser à inventer et à charger son parrain, relève le verdict, Ce dernier émet en effet l’hypothèse que, au vu du climat pour le moins tendu, voire violent, qui régnait au sein de sa famille, elle aurait voulu attirer l’attention sur elle. L’on peut douter qu’elle ait eu l’imagination et les connaissances suffisantes pour échafauder ce scénario.» De plus, pour la Cour, «durant ses auditions, la fillette a fait des déclarations suffisamment constantes pour donner une cohérence à son récit».

Le juge d’insister: «Le récit d’Ana apparaît plus crédible encore si on le confronte aux circonstances dans lesquelles la révélation a été faite. Ce n’est en effet pas dès le retour à la maison que l’enfant s’est ouverte à sa mère mais le lendemain seulement, sur insistance de cette dernière qui voyait que sa fille n’était pas dans son état normal. Force est de constater qu’elle n’a pas inventé les faits qu’elle a rapportés à ses parents puis confirmé à deux reprises lors des auditions filmées».

Il fera appel

Reconverti dans l’immobilier et les spectacles de magie, Mauro Martelli coache encore des espoirs de la boxe. Le quintuple champion d’Europe des poids welters nous a fait savoir par le biais de son défenseur Me Denis Schroeter «qu’il ne souhaitait pas faire de déclaration». En revanche, il annonce d’ores et déjà qu’il fera appel de sa condamnation.

*Prénom d’emprunt

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