Accusé d’abus sur mineurs: L’ex-ravisseur vaudois pensait «être un bon samaritain»
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Accusé d’abus sur mineursL’ex-ravisseur vaudois pensait «être un bon samaritain»

Le cerveau du rapt d’un avocat lausannois en 1998 n’a rien fait. Il essayait d’aider des jeunes en conflit avec leurs parents et soutient que tout n’est que mensonge.

par
Evelyne Emeri
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Arrivée du prévenu au Tribunal d’arrondissement de Lausanne ce mardi 9 mars. Le prédateur présumé est en détention préventive depuis décembre 2019 après avoir été interpellé en flagrant délit avec une mineure dans son lit en Valais.

Arrivée du prévenu au Tribunal d’arrondissement de Lausanne ce mardi 9 mars. Le prédateur présumé est en détention préventive depuis décembre 2019 après avoir été interpellé en flagrant délit avec une mineure dans son lit en Valais.

Virginie Lam – Le Matin/20 minutes
Âgé aujourd’hui de 47 ans, le Vaudois vivait dans ce chalet de Vercorin en Valais au moment de son arrestation le 1er décembre 2019. Des soirées à huis clos s’y déroulaient avec de très jeunes gens en rupture avec leur milieu, qui étaient poussés à la dépravation.

Âgé aujourd’hui de 47 ans, le Vaudois vivait dans ce chalet de Vercorin en Valais au moment de son arrestation le 1er décembre 2019. Des soirées à huis clos s’y déroulaient avec de très jeunes gens en rupture avec leur milieu, qui étaient poussés à la dépravation.

Le Matin

«Pourquoi ces jeunes montaient chez vous à Vercorin (VS). C’était une forme d’altruisme?», ironise le président de la Cour, Jean Maytan, en abordant le nerf de la guerre du procès de l’ancien kidnappeur: les abus sexuels sur des jeunes en rupture. «Oui, c’était pour éviter qu’elles se retrouvent fracassées ou violées dans la rue. Parmi ces mineurs, il n’y avait qu’un seul garçon», précise le prévenu de 47 ans qui n’a jamais caché son goût pour les jeunes filles.

Un épiphénomène

«L’image des fêtes et des jeux sexuels est un épiphénomène de ce qu’il se passait chez moi. C’était plutôt une ambiance bon enfant, on mangeait, on discutait, on riait. Je ne leur ai jamais acheté de l’alcool ou de la drogue. Ils venaient avec leurs marchandises et leurs bouteilles. Les miennes, exclusivement du Captain Morgan (ndlr. du rhum), m’étaient réservées. Et ma drogue – cocaïne et ecstasy – était en bas dans ma chambre pour mes amis valaisans majeurs et moi.»

«Elles mentaient sur leur âge»

Le prévenu le dit: «C’est moi qui buvais le plus, j’étais toujours le premier au lit vers 2-3 h du matin, les jeunes vers 5-6 h. La moitié du temps, je n’étais pas là». Comment vérifiait-il l’âge de ses convives, majoritairement féminines? «Je leur demandais, aussi à leurs copines. Je demandais les cartes d’identité, certaines étaient fausses. Elles m’ont toutes menti sur leur âge.» En avril 2019, des mois avant son arrestation du 1er décembre de la même année, pris en flagrant délit au lit avec une ado de 15 ans, l’accusé avait pourtant déjà été averti par les autorités judiciaires vaudoises.

«J’ai été con»

«J’ai pris des risques inconsidérés, c’était complètement débile. J’ai été con», admet l’homme de 47 ans. Dans le box des parties civiles, une seule maman d’une des sept victimes retenues comme telles dans l’acte d’accusation, n’a pas lâché prise. Toutes les autres ont retiré leurs plaintes. Bravement, sans avocat, elle l’interroge: «Vous vouliez les protéger. Combien de fois m’avez-vous appelé, moi ou mon mari si vous étiez si inquiet?». Jamais. Le repris de justice ne se démonte pas: «Vous vous êtes fait passer pour une jeune et vous m’avez proposé une soirée tous les deux. J’ai su que c’était vous. Il m’est même arrivé d’appeler le SPJ (Service de protection de la jeunesse) et de ramener une fille dans son foyer.»

«Des gages et de l’argent»

Le président de céans de reprendre la main: «Et les jeux et les gages?» Le prévenu: «Les deux gagnants donnaient un gage aux deux perdants. Il y avait la version jeu quand mes enfants étaient là; et la version moins soft. Ça pouvait aller très loin. Des fesses nues dans la neige aux jeux sexuels mais uniquement avec des personnes majeures. C’est vrai que je donnais de l’argent, c’était une manière de les aider.» La partie civile non représentée fond en larmes, se rendant subitement compte que sa contre-enquête et que tous les éléments récoltés (photos et vidéos compromettantes) n’ont pas été versés au dossier par la police cantonale.

«Je ne suis pas un prédateur»

Fils adoptif d’un ancien conseiller d’État, le Vaudois ne nie pas avoir eu des relations sexuelles avec deux très jeunes femmes de 15 et 16 ans. Mais pas avec l’adolescente de 15 ans que la police a découverte dans son lit lors de sa descente du 1er décembre. «J’étais bourré, je ne me souvenais pas. J’ai dit que je l’avais touchée pour sortir le jour même, argumente étrangement le quadra, On était habillés, je l’ai juste enlacée. Ça fait 15 mois que je suis en prison. Tout n’est que mensonge.»

«Je suis moralement coupable»

Face à cela, une procureure, Carole Deletra, remontée à bloc avec des allégations précises de six jeunes filles et d’un jeune garçon. Et un abuseur présumé qui risque lourd. Il a découvert en prison avec sa psychiatre qu’il se mettait en danger «même s’il n’y a aucune preuve de trafic de stupéfiants ou d’avoir couché avec des mineurs de moins de 16 ans. Je me voyais comme un bon samaritain. Je ne voyais pas toutes les dérives avec l’alcool et la drogue. Moralement, je suis 100% coupable dans cette affaire.» Le Tribunal d’arrondissement de Lausanne appréciera.

Réquisitoire et plaidoiries mercredi.

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