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EtudeL’extrême droite et l’extrême gauche sont plus susceptibles au complotisme

Une étude internationale à laquelle ont participé plusieurs universités suisses démontre que les deux extrêmes politiques ont davantage tendance à adhérer aux théories de complot. Et cela d’autant plus si ces groupements sont exclus des organes du pouvoir.

Pixabay.

Un faible niveau d'éducation ou certaines caractéristiques individuelles, telles que la schizotypie, la méfiance ou un style de raisonnement intuitif, sont des facteurs individuels reconnus comme susceptibles de favoriser l’adhésion aux idées complotistes. En revanche, ce que l’on connaît moins, ce sont les caractéristiques des groupes sociaux qui font le succès de ce genre d’idéologie. C’est une question sur laquelle se sont penchés une quarantaine de scientifiques du monde entier, dont des chercheurs des universités de Neuchâtel, Fribourg et Zurich, indique mardi, un communiqué envoyé par ces établissements.

La théorie du complot, c’est quoi?

Un panel plus large

Historiquement en effet, c’est surtout l’autoritarisme de l’extrême droite qui était associé à des croyances complotistes. Mais des données plus récentes montrent que c’est à la fois l’extrême gauche et l’extrême droite qui y sont associées.

«Cela suggère des processus psychologiques différents à l’origine d’une telle adhésion, en l’occurrence l’extrémisme en soi et non pas l’idéologie de droite en particulier. Or, jusqu’à maintenant, nous ne disposions de données que pour une poignée de pays, et surtout des pays démocratiques», développe Adrian Bangerter, professeur à l’Institut de psychologie du travail et des organisations (IPTO) de l’Université de Neuchâtel, et coauteur de l’étude.

«Les gens qui votent pour des partis qui ont perdu aux dernières élections ont tendance à être plus complotistes»

Adrian Bangerter, coauteur de l’étude

Selon les résultats, qui viennent de paraître dans la revue Nature Human Behaviour, la Suisse fait partie des pays où le complotisme est corrélé à des sensibilités politiques de l'extrême droite. À noter que l’étude s’est fondée sur la compilation de travaux menés dans 26 pays et sur plus de 100'000 participants.

Vision négative et stigmatisante

Les points communs des idéologies politiques des extrêmes sont de promouvoir une perception manichéenne et simplifiée du monde, complétée par une vision plus négative et plus stigmatisante de leurs adversaires politiques, ce qui rejoint les idées complotistes.

Il est aussi prouvé que l’influence d’un certain conservatisme social reste associée au complotisme dans l’extrémisme de droite. «Les données montrent aussi un effet de l'exclusion du pouvoir sur la propagation du conspirationnisme, explique Adrian Bangerter. Par exemple, les gens qui votent pour des partis qui ont perdu aux dernières élections ont tendance à être plus complotistes. Leur adhésion à ces idéologies constituerait une manière d’expliquer et de justifier leur exclusion politique. Ce n'est pas le fait d'avoir des idéologies politiques extrémistes qui prédispose au complotisme, mais le fait d'être exclu du pouvoir.»

(comm/lvb)

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